CHAPITRE PREMIER CARACTÉRISATIONS MODIFIÉES EN QUALITÉ
On modifie la caractéristique en l'accompagnant d'additions ou de corrections de toute sorte. Soit l'idée fondamentale de bleu. Combien comportet-elle de nuances : bleu foneé, marine, pâle, paon, nattier, etc. I On va du bleu rose (ZOLA, Ab. MoUr., 1921, 87) au bleu verdi du couchant (m., 76., 90).
Mots composés. — Ce besoin de nuancer les caractéristiques, de les approprier plus exactement, s'est traduit par la formation de mots composés. Les uns réunissaient deux idées diverses, les autres deux idées opposées. Parmi les derniers de ces mots, quelques-uns sont encore de l'usage courant, comme aigre-doux. D'autres appartiennent à l'usage littéraire. Le XV Je s. en avait fait un emploi qui touchait à l'abus : humble -fier, doux-grief. Dieu est appelé par Du Bartas triple un (h. l., ii, 195). La mode de ces antithèses a cessé dans le premier tiers du XVIP s.
Quant aux composés non antithétiques, ils sont en nombre immense : rouge clair, jaune rouge.
Modifications par adverbes. — Sans former de composés, on modifie de toutes façons les caractéristiques. Aux adjectifs on joint les mots si improprement nommés adverbes : les feuilles de /'ar^re légèrement dorées ; — une dame étrangement blonde ; — j'y ai trouvé une satisfaction purement morale ; — il s'était senti ardemment curieux de savoir la cause de cette anomalie (g. sand, Elle et L., ch. i, 16) ; — A l'austère devoir pieusement fidèle (ARVERS, H. perd., son. im. de l'ital.).
Modifications par adjectifs. — On ajoute aussi des adjectifs ou des participes. En a. f., il était d'usage courant de modifier un adjectif par un autre adjectif. On trouve employés de la sorte : beau, bon, cher, clair, coi, court, demi, dur, droit, fin, frais, grand, haut, long, mal, menu, nouveau, pur, teL vieux, tout : toz est mudez (AL, 4) ; — Set anz tUZ pleins (RoL, 2) ; — Conques ne moustier ne chapele Ne fu plus bêle encourtinee (g. coincy, p. 222, 440) ; — e fu hardis et drois alans Et délivres et remuans (Parton., 9635 ; Voir TOBLER, Verm. Beitr,, i, 63).
Nous avons perdu un certain nombre d'expressions de cette catégorie :
MODIPICATIOXS AUX CAnAaTÊmSATlOSS
beie fta\ bonne rz/m- (hîcn hniivusi >. rtc". Mais nous en avons ^ardê (Vaulres: haut entornê, coiiTt véitK fraîche tiur. Irais émouiiu grand ouuert, liantpenhé, haché menu, nouveau-/ï^\ vieux coupé, tout stul ; — dfs pâtnragrs uerts ou frais moismnnés (a. daid.. Tari, Alp.. 123).
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Syntaxh de ces aojectifs. — La sj^iilaxe des adjectiiî* ainsi employés
a heaut'ouf» varié. En ancien français, le plus souvent ils s'accordaient* comme le montreni les exemples. On les trouve quelquefois, il est vrai, inviinahles : Mcmit /tiî bon née (trubert. G.) : — it lace Veume (le heaumu), i^ui si ju dur tenprez ino\c.. 36. L.). A^^Vl** s. de même : VincrcdiiUU rsf m haut enracinée.., au cœur drs hommes (calv., //î.s/.. 431, L.).
Cependant Tusafîe de faire l'accord persistait encore au XVI* s. : ses naseaux hauts ouverts (d'aubignê» Trag,. K m).
In peu plus tiird les [triuiiniairiens. déroutés parles contradictions de l'usage, firent une règle d'après la logique. Au ticu de considérer la nature du moU ils considérèrent sa fonction, C/étaît celle d'un adverbe. On décréta Fin variabilité en Fègle générale : une penirîx Qn grasse.
Les \ieillcs expressions ne pouvaient pourtant être refaites : une porte grande omuriv, une ctiillc fraîche tuée. Elles restèrent : parles fenêtres grandes mtprrtes, l'or de ce soleU au dêeUti se diffusait partout (Loxr, Afat., 10). — D'où les conlradirlions du français moderne (h. l.. iti. 4t>7. 4G9).
Demi avait déjà une raison de rester invariable. (J*ai expliqué, p* Ci45. cette raison plnmélique.) Il s'en ajouta une autre, et on garda denii* ihurr. Mais nouoeau eut inu" double régie : des nouveaux nés. des en/ant$ n 0 u veau-/7 es , une fl ile n o u veau-ncf .
*rnrT. — {\v mot éluil partieuliéreinenl embarrassant. On entendait le ^ dans tous istunnez, la syllabe tes dans toutes iv^/unnérv. Il était impossible d'aller eonlre îe témoig^nagf de roreille. Vaugelas admil des régies contradictoires, qui ne prévalurent i>as tonl fie suite, mais furent consacrées par r Vradcmie en 17t>L II est liien évklenl f[ue toute dans toute droite et dans toute tdiurie joue exact cm en l le même rôle. On se dispense cependant de l'accorder <lans |r second exemple. C'est toujours le même compromis. La u logitjue " n'a piis Irirnnphé entièrement, mais elle n'est point Initlue non plus.
L'âge suivant lit le reste, cl nous donna les exceptk)ns acluelleK :
tout rriminel qu'il est, toute tf (pitHte rat,
tout « qu'ils Simt,
toutes — tef qii'eîles sont.
tout inexcusnble qu'il est, tout — qu'elle est,
tout — 5 qtiUts sont,
tout — s qu'eltet sont {Xh
La langue ti'a cependant ])as tout ]KTdu h ces ergoteries. Nous distinguons, là où r* an ci en français confondait : Li cfienaiier issirent des nés ttdt armé
i 1 > Les clj)>$iquos ni* »ui\-iiioiit pns îii rente ; une imprtnxkm toutt tfpii*>sét à ht conctusitm (i*asc. ProïKt 11. Dans l«?s éditions <lr Ptièdtv puhUèc» dn vivant tlt» Hacine, on Ul : C*-*! VénuM tOBli entière A sa proie atitirhée (.10*5 ).