COMPARAISONS
appliquée à la qualité. Ainsi dans : Un homme de quarante ans est en général plus résistant qu*un de vingt ; — deux frères ont eu ta typhoïde. L'aîné l'a eue plus fortement que le cadet.
Quand la comparaison porte ainsi sur des caractéristiques, les caractéristiques peuvent appartenir à des individus divers : Ce papier est plus blanc que celui que vous m'aviez présenté.
Ou i)ien elles appartiennent au même individu : // s'est montré plus raisonnable dans cette afjaire-ci que dans les autres.
Il peut arriver encore qu'on compare une des caractéristiques d'un même individu à une autre. Ainsi : // est plus travailleur qu'intelligent.
La comparaison a alors pour objet, ou des étals existants, ou des états en train de se produire : cette eau est plus pure que celle du puits : — donnez encore quelques coups de pompe. Peau devient plus claire.
Autrement dit, la comparaison porte, en certains cas, sur des mouvements, qui aboutissent à une augmentation ou à une diminution de tel ou tel caractère.
Rôle stylistique et sémantique de la comparaison. — Il est
intéressant de considérer que, d'une part, la comparaison fournit à l'esprit humain une des formes essentielles du travail scientifique, l'équation, et qu'elle est en même temps un des éléments les plus importants du style. A prendre les choses d'un peu haut, x^ -f px -f q = 0 est une comparaison d'égalité, tout comme : Comme au creu.v du rocher vole P humble colombe. Cherchant la goutte d'eau qui tombe avant le jour. Mon esprit altéré, dans P ombre de la tombe. Va boire un peu de foi, d'espérance et d'amour (v. h., Haij. et 0., Dans le cim. de D.).
Nous avons déjà fait .allusion au rôle que joue la comparaison dans la langue popultiire, où elle fournit des types auxquels on rapporte actions et manières d'être : dormir comme une souche, sourd comme un pot. C'est là un fonds qui se renouvelle constamment, où l'imagination de la foule apporte l'appoint journalier de ses aperçus.
Dans le style, le rôle de la comparaison est immense : La naïveté qui leur est restée (à beaucoup d'Allemands) à un certain âge est prise, comme on prend l*eau d*un canal, à la source de leur jeunesse... Schmucke avait gardé toute sa naïveté d' enfant, comme Pons gardait sur lui les reliques de l'Empire, sans s'en douter... Il habitait Paris comme un rossignol habite sa forêt... (balz.. Cous. Pons, 11-12).
En poésie, c'est mieux encore. V. Hugo a semé des comparaisons plus imprévues, plus éclatantes que jamais écrivain ne l'avait fait. Il n'est besoin que d'un exemple : L' Expiation. Les comparaisons s'y succèdent et s'y pressent : Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine: — l'horizon, sombre comme la mer ; — Gouffre où les régiments, comme des pans de murs. Tombaient, où se couchaient, comme des épis mûrs... — Comme fond une cire au souffle d'un brasier ; — Comme si quelque souffle cwait passé sur eux ; —
HELAT lOSS SOS LOGIQUES
Comme s*emmh ati vent unt^ paille enflammée. On reniiir<]iuT;ï que presque toutes sonl des oompi^raisons trorii^ine commune vl ])apulaire, élevées à la hauteur du stylo épique.
Le rôle que |K'u\ent et doîvcnl joiier ces éléments dans le style ne fait pas partie de notre sujet, Mais it importe d'expliquer lïrièvenienl d'oij virnl leur valeur expressive* Il est bien évident ipreUes n'îiioulenl pas d'exaetilude à Texpression direcle, toujours plus précise qu'elleii* Mais elles y rijoutent de la forée. Dans le morreau cité plus haut, quand Hugo dit : Napoléon Its int a'êcotiler comme nn fleuve^ il serait ridicule de prétendre que la Grande Armée coula comme une eau. Le poêle n'a pas son^çé il un rapprochemenl exact entre deux acl ions, dont Tune expU(iucraiirautre,IÎ s'agissait d'évoquer l'image de choses luyantes, en contraste avec Tidée rie « ces régiments de granit et d'acier « (Comparez ailleurs : r Toutes ces choses sont passées Comme Vond^ et comme ie nent O- Il n*cst même pas besoin, pour mettre en jeu llinagînation, que le rapijort se fonde sur des visions réelles. Des enlités arrivent a suïTire. Il n'est que de penser à la fameuse strophe : Contre r Europe entière m^ec ses eapitaines. Avec ses fantassins... L'cnuméralîon est résumée dans la comparaison : Tout entière debout comme une hydre vivante. Or qui a jamais vu wni* hydre ? I /effet est produit pourtant, et cela est d'autant plus à noter que le mot hydre était usé par uîi Um^ ahu<i.