‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 426 sur 586 · DIFFÉRENCES, INÉGALITÉS. DISSEMBLANCES · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCES, INÉGALITÉS. DISSEMBLANCES

Quant à moindre, au sens malériel, on lui préfère plus petit : cet enfant f'st plus petit que son frère. Ce n'est qu'au sens moral que moindre est employé : son audace est moindre que sa vantardise ; — son courage est moindre que je n^aurais supposé ; — avec une valeur moindre (1).

Meilleur seul est toujours sans concurrent ; plus ne se joint pas immédiatement à bon. On dit plus ou moins bon, non plus bon. Le neutre mieux est adverbe : il se présente mieux ; — ça va mieux. Il se dit seul, à l'excliision de plus bon : la lumière de la chambre d'Henry s'éteignait de bien meilleure heure que par le passé (flaub., Éd. sent., 138) ; — soyez mieux élevé (ID., i7>., 143).

Moins est également vivant : Qui peut le plus faille moins; — Prenez le moins clier.

Nouveaux comparatifs synthétiques. — Il faut ajouter que la la gue moderne n emprunté des formes comparatives, telles que ultérieur. Ce sont :

a) extérieur, intérieur, supérieur, inférieur, citérieur ;

b) antérieur, postérieur.

Les premiers de ces adjectifs avaient originairement rapport au lieu, les seconds au temps. Mais le sens de plusieurs s'est étendu : inférieur à sa tâche, et ils ont, en certains cas, le sens d'un adjectif ordinaire, ou ^'un adjectif j)urté à un haut degré : Venceinte extérieure de la place, la dette extérieure, du chocolat supérieur. Ils n'ont pas fait souche. Le type de comparatifs synthétiques n'a pas été réassimilé.

Les adverbes correspondants ont la forme en ment : antérieurement. Rien du type hit in.

Les comparatifs avec plus. — Pour plusieurs séries d'adjectifs, le latin classique lui-même se servait d'adverbes de quantité préposés à l'adjectif : magis idoneus. Le roman, puis le français ont étendu le système : L'amour qu'il ressentait pour M^^^ Aglaé, moins ardent et moins furieux que celui de Mendès, mais plus intime et plus profond, était tourné chez lui en une manie acharnée (flaub.. Éd. sent.. 149) (2).

Choix entbe plus et mieux auprès des adjectifs. — Il y a une différence entre plus et mieux. Il est certains cas où elle demeure très marquée : Un homme est mieux mis qu'un autre, ou plus mal. On ne pourrait dire plus mis. moins mis. Mais ce qui fait sentir la fragilité de la distinction, c'est qu'il suffit de remplacer mis par habillé, pour que plus et moins deviennent possible : Une dame est moins habillée, chez elle que dehors, pour laisser à ses invités la possibilité de l'emporter en élégance. On dit indifféremment

(1) On dit aussi des avantages moindres. Encore, dans beaucoup de régions de la France, moindre a-t-il pris le sens de chétif : Un enfant moindre.

(2) Iaï répétition de l'adverbe n'est pas toujours nécessaire : // était d'ailleurs plus sombre, maheiUnnt et irascible que jamais (id., Éduc. n, IM).

RELATIONS SON LOGIQUES

(Ml il peu près : un devoir plus so/^nif, on tnieux soigné; — mon travail vaut plus tf II f cela nu mieux qur cela. Au cours de riiisloire de la langue, de fréi|uenteH eonlnsions ont elé fiiiles. Ce n'est pas une riaison pour qu*on les Imite. La langue y perdrait <le tines nuances. Un livre peut être plus écrit fiun.s être pour cela mieux écrit ; îe style a été plus travaillé» il n'y a pas gagné. Quantité et quaîile sont deux choses dislîncLes.

Comparaison par opposition. — L'a, f, opposait un tertne au temio conipare à 1 aide <le : vers, rnvers, contre, en comparaison, au prix, auprès, près. Nous avons encore le nnoyen d indiqiier ainsi ou la supériorité ou l'infcriorité. Nous gardons dons la phrase la forme ordinaire, et nous ajoutons au coHipléniênt soit : en comparaison. so]l quelque lernu' analogue : Je suis peu de chose en comparaison, A comparaison a cédé la place a en cornparaisnn, dans les temps niodernes. De même : auprès de a remplacé au prix de. qui était très classique, et que Vaugelas soutenaîl (H. l,. m, G45): les steurs (ilandières Ne /aisoient que brou î Ut r au prix de celle-ci (la font.. Fab., \\\\ V, 6) ; — Virgile, au prix de lui, na point d'invention (Bort... A, P., m, 325) ; — Cf. Les accessoires de la vie y sont insignifiants auprès du plaisir f/*' vivre (rkn.. Jés., x).

Uni rou ve aussi près de : Et près de vous ce sont des sots t/ue toufi les hommes (MOL., r«r/., 350) ; — Pour vous régler sur eux que sont-ils près de VOUS? (RAt:., Esth., 596) ; — Troie, Argos, Sicyone, Xe sont rien près d^Éphèse (v. H-. Lég,, Sept Merv.).

On ni© la supériorité ou rinfériorité, — I/aMeienne laniiue disait mm pins que : lempirr de ht rtuson el de la justice n'est non plus lyrannique que celui de la dèleclation (pascal, Pens,, vi, 40) ; — Se me déguisez rien, noiï plus que /> déguise (cous.. Sert., Lî77) : — un goût de leur amonrpropre, dont on ne doit noiî plus dispider que du goût de la langue Ha RUCHKF.. 1, 50K

Du jour oïl pas a élé installé dans ta lauj^iM\ tion />/f/.s que a ete reniphKT par pas plus que.

Pas plus lui que vous a fini par être un exclusif qui signifie ni l'un ni i\îutre. Pour lui laisser son ancien rôle, il faut (pfun adjcetif ou un adverbe soit intercalé : pas plus éh gonuîirnl que nous.

Les préférences. — Les préférences sonl des comparaisons d'iné^îilité. On aime plus, mieux, on pré/rre la campagne à la ville : — le Dieu des Juifs préférait les hommages d' Ahel à eeux de Caïn. Toutes les constructions dont nous venons de parh r s'iipi>lif[uent aux phrases de préférences, sentimenlales ou non : J'aimerais mieux,,, que ma fille mourût entre mes brasl^û^ de l'en savoir frappée (dickh., Rithordson. éd. Jann./Jlâ); — J*aime mieux

le vroirr que d^admettre que l'tnstdle soit encore plus grande (Dl'MAS, L Èir.,

ni).

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