‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 427 sur 586 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LA PHRASE COMPARATIVE

Coordonnées. — Il arrive souvent qu'on compare en se servant de propositions coordonnées : autant je l'estimais jadis, autant je le méprise maintenant.

Compléments de comparaison. — Mais on se sert ordinairement de compléments ou de propositions subordonnées : je vous respecte autant qu'elle ; — je le méprise autant que je l'estimais jadis.

De ET que dans le complément. — L'ancienne langue construisait le complément du comparatif avec de : meillurs vassal n'out en la ciirl de lui (Roi., 775) ; on retrouve cette construction jusqu'au XV <? s. : plus grandes d'elle (coMM., i, 338, éd. Mand.) ; — nul n'est moindre de toy {Intern. cons., 127) ; — nul mieux de toy (du bellay, ii, 419).

Elle est surtout fréquente avec mesme : ils s'aident des mesmes raisons des atheistes (vigor, Serm. cathoL, 249 = que celles des athéistes).

Aujourd'hui encore on dit avec les noms de nombre : plus de cinq, moins de douze (1).

Sauf cette exception, on construit le complément du comparatif, quel qu'il soil, nom, adjectif, proposition, avec que : plus grand que moi, moins habile qu'heureux ; — Qu'est-ce que le Seigneur va donner â cet homme. Qui, plus grand que César, plus grand même que Rome, Absorbe dans son sort le sort du genre humain ? (v. h.. Chants crép., Nap. II); — - Folle qui prétendais à de meilleurs destins Que de servir de proie aux riches libertins (aug.. Av., Il, 8).

Comme et que. — L'existence de la ligature comme faisait que les mots exprimant similitude tendaient à se faire suivre de ce comme. On se souciait peu du pléonasme. D'où aussi comme, ainsi comme, qui ont été en usage jusqu'au XVII^ siècle.

En voici quelques exemples classiques : Le crime qu* Alcidor a fait contre sa foy Vous offense... aussi bien comme moy (racan, i, 74) ; — Berger aussi parfait comme il est malheureux (id., i, 34). Les grammairiens d'alors condamnèrent en général ainsi comme (vaug., i, 381 ; ii. l., m, 610).

(1) Avec à demi, à nwHié,\a langue hésite : plus d'à moitié fondue ou plus quW moitié : et mort plus qu'à moitié (v. h., I^g., Après la Bat.) ; — La fournée était plus d*à moitié écoulée <K.\RR, Tilleuls, 18).

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Jusqu'à la même date, on a rlH aussi autant comme : Qu*it faatte autant pour soî comme fr fuis pour lui <corn.» Pot,, 9t2) ; — Cr ttrtiu feu imast m^miftc autant comme ^7 mus bnVr (id., Hodog., 979). Dfins. la dcuxu-mc nioitit' du sièrks llorneilk' reniplaya en plusieurs endroit?» autant commr pur autant que. Et que Tuttv ih)U.s piitint autant comme il vous aime {Hor.. 1 M>8 var.) dc\int en 1660 : Et quv /r vous en plaina autant qoe /> nous atmr

Xuus dirions aujourd*hui atast quf\ autant qur^ ele, Liï, poux m'anrz fait gràc(\ ainsi que dans un rêve [w w.. Lr roi s'am.. i. "j) ; ^ Lr ^eui jait de î'ui^oir approctw drin-nait un avantage décifti/, de la même manière qu*aprrs la mort de Mahomet, tes femmnt et les fîttes du prophète,,, furent de grandes autorités (rkn\. Jês,. eh. tx) : — If me dit t>ien mcor que son mnl est extrême. Mais il ne le dit plUS de même Qu'/V me te disait autrefoif, (ut:siîoi L., L.) < l »,

Composition du complément. Il laul rappeler îei que nous companin^ terme j terme avec beaucoup plus de rigueur qu/aulrefois. Avant que cetiti eût \ms possession rie suri rôle moderne, on disait, comme en latin : Ses raisons sont meilleures que ses adversaires^ ou bien : sont meilleures quf de ses adversaires. Vaugelas et ses successeurs trouvèrent là trop peu de rcj^ularili. cl demaîidèrenl d'at>ord la répétition du nom. et ensuite^ comme cela était lourd, le (iémonstratif celui. On commença donc à écrire : meHleures que les raisons de ^es adpersaires, pub Mnatemenl : r/r/f celles de ses adversaires. C'est notre usage (h. l,. îik 497).

CependanU considérons encore une phrase coninie la suivante : on sent que tu sêiw coule dans les artères, et que tes hert)es poussent arec ta même forer et le même njttunv que les pierres s'écaillent et que les murailles s'affaissent {PLAi/B., Par les Champs, ch. ii). C'est «'ocore la syntaxe ancienne. Sinon. il y aurait : que celle avec laquelle les pierres, elc On évite ainsi d'insupportables lourdeurs.

Ne dans les propositions compléments de comparaison* ^ Dani»

les phrases qui uïarquent une inégalité, on voit apparaître le ne dont nous avons iiarlé déjà, ancienne négation. Ti^iidis qu un écrit : Pierre est aussi riche que Paui, ou que peut fétre Paul ; un dil d*antre part r Pierre est plus riche que n'^est Paut. Ce ne est très antien, H vient très eerlainement d'une opération de resprît qui se ccnn prend assez bien ; que n>st Paul sîgnîtîe que Paui n'a pas alteinî le même deqrè que Pierre. En somme, on affîmic en faveur de Tun. on nie aux ttépens de l'autre. On arrive ainsi à la coneeplion snivanle : Pierre est plus tfrtuul et Paul n'est pas si graud. Ce n'esl pas Ui du tout un arliJlre des grammairiens, une i analyse « ; le ne n'a pas été Inventé et inifmsé par une volonté extérieure, le lour est vieux comme la langite (2) (h. [.., iH. 62 l).

O) Pour Jfi. umL niarquatil un iumt dogrô. voir à ta Camctèrisatwn, p. 691. 12> d'il Ja mmif coneeplion qui Jiiif qu^. lor3>>qu*U n'y k pa* de verbe, et est rfinplticf par nt inil en a. I. : Pin» ite fait fitrs que Uiitf 00 feuparz (Ho/., 11 M>,

LA PHRASE COMPARATIVE

Ne pas ET non pas. — Le sentiment que nous venons d'appliquer devint même si fort, à un moment donné, que ne affaibli fut remplacé par ne pas (h. l., II, 472 ; III, 623). On disait, comme on le fait encore en beaucoup d'endroits, particulièrement à Lyon : J'ai plus d'argent qu'il n'en a pas. Vaugelas, qui devait faire cette faute en arrivant à Paris, recommande de se garder de cet usage, dont on trouve trace chez tous les écrivains du XV 11^ s.: Un étranger que je ne pourrais aimer, quand il serait encore plus riche qu'il n'est pas (scarr., Rom. Com., ch. xiv) ; — il faut avoir P esprit plus libre que je ne l'ai pas (rac, Lett., xxxiv ; H. L., m, 619).

Cette tendance s'était accentuée aussi dans les compléments sans verbe, si bien qu'on trouve non pas employé presque régulièrement au XVI^ s., dans le complément d'un comparatif d'inégalité : Luy rendait plus de fruict que non pas une grande quantité de celles de ses voisins (paliss., 16) ; — mes fours Devraient plustost finir, que non pas son discours (ïkkgs ., Sa/., viii). Au XVIJe s., Oudin dit à ce propos : En une comparaison, lorsque la dernière partie se termine par un infinitif, il y faut mettre non pas : il aime mieux n'avoir rien, que non pas avoir du bien mal acquis... Quand il n'y a pas de verbe, la négation est indifférente : Les tromperies se connaissent mieux par les evenemens, que par les apparences, ou que non pas par les apparences ; et le premier est tousjours meilleur (Gr., 291). Les exemples sont communs: J'aurais bien plus peur de me tromper et de trouver que la religion Chrestienne soit vraye que non pas de me tromper en la croyant vraye (pasc, Pens., ii, 64, Molin.) ; — Vespérance est bien plus capable de retenir les hommes dans le devoir que nOB pas la reconnaissance (rac, Not. hist., v, 89); — Ils f agent plus sûr que Dieu approuve ceux qu'il remplit dans son Esprit, que non pas qu'il faille observer la Loi (pasc, Pens., xxiv, 14) ; — Quand il a fallu qu'il (Dieu) ait paru (dans l'incarnation) // s'est encore plus caché en se couvrant de r humanité ;il était bien plus reconnaissable quand il était invisible, que non pas quand // s'est rendu visible (pasc, Lett. à Mlle de Roannez, 2, L.).

Il n'est pas besoin de marquer à quoi servait ce non pas. Il jouait un double rôle ; d'abord il empêchait deux que de se rencontrer, ce qui eût entraîné l'élimination de l'un d'eux ; d'autre part il niait le deuxième terme, exactement comme le ne dont il a été question.

Toutefois certaines des phrases ainsi construites étaient bien gauches : vous allez fuger, s'il ne faut pas plutôt dire, qu'il a mal copié Cicéron^que non pas qu'il a un peu trop voulu le copier (s* ré al, De la Crit., 98-9).

Tendance inverse. — suppression de ne. — Si nous disons encore à peu près régulièrement : // gagne plus d'argent qu'il n*en gagnait autrefois, il faut reconnaître qu'il y a eu beaucoup de flottement dans l'usage, et que ne manque souvent. H y a des exemples depuis l'a. f. et il y en a en abondance à l'âge classique.

A) LA proposition principale est négative :

Ils n'eurent non plus de nouvelles les uns des autres qu'ils en avoient eu

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