‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 437 sur 586 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

MOYENS D'EXPRESSION

Moyens intrinsèque s, — Il arrive que le rapport temporel se trouve

implicitement conlcmi dans le mot lui-mênie, Anlidaier une lettre^ c'est lui donner une date antérieure à la date réelle (Cf. flntichainbre). La postdater est faire le contraire. Mais ce sens est si obscur que le premier mot s'emploie pour le second.

n faudrait, dans cet ordre d'idées, rappeler les mots formés avec pré, avant, pro^ après^ puis, sur, syn, tels que : prévenir (cf. préavis, prémourant) % prévoir^ prémunir^ prodromt\ avant-coureur, anant- propos ; oprès-midi^ après-souper ; postdater (cf. postface), post-scriptum, métagramme ; sarme, survivre ; syndrome, synchronisme (l).

Moyens extrinsèquea. — Les rapports temporels relatifs s'expriment par les mêmes moyens que les rapports au temps où l'on parle, t^ On se sert ffad verbes : auparavanl, ensuite, puis, alors : Il Faiiua d'abord par vanité, puis it l*aima par avarice ; — Je portais avec moi du campfire pour la peste ; je le partageai avec ta malade ; on ramit nourrie de raisin^ fapprouvai le régime, Enflfl nous priâmes Christos et la Panagia et je promis prompte gaérison (chat., Ilinér., 110).

Ces adverbes sont très nombreux : précédemment, antériearemenf, pins haut, préatablemeni, prématurément, poster le ureme ni, ultérieurement^ prochainement, consécutivement, subséquemment...

Succession immédiate. ^ — 1<^ Quand deux actions se suivent immédiatement, soit dans le passé, soit dans l'avenir, on Findicfiie à l'aide d*exprcssîons adverbiaJes telles que immédiatement, sur-le-champ, sans tarder, sans désewparer^ aussitôt. Oit disait jusqu'au XVII« s. incontinent : it s'en alla incontinent. Cf. Incontinent après que César fut parti dWtexandrie (corn.» lix. de Pompée) (2).

On se sert aussi de tout de suite. Mais dans le langage populaire, tout de suite est remplace par de suite, qui proprement signiûe Fun à la suite de t'aulre. Cette faute de langage a été combatlue par tous les observateurs

{1} Four l€î»lr»li*rs'all(*s. nu se M*rt ilf entre et *lc mter : entracte, iiUerrt'gne, interrompre* t.'in*^^* cation du lemp« peut erilrer iJaiis le rarlicdJ m(^mc des mots^ : dev»nrfr fes ttemandes ; tû mofttrr rttarde.

(2) O mol uppsiriiit en n>. f. : ICf rfpottnnirent Incontlnont (*** hel et grand tHxLsaean et pun orchtTâ (FituiHs., i, 1, 121» L.).

MOYENS D'EXPRESSION

depuis près de cent ans ; leurs critiques n'ont pu l'empêcher de se répandre. On la trouve jusque chez des écrivains très purs, tels que Renan.

20 On se sert de compléments, prépositionnels ou non, le lendemain, la veille, après deux jours écoulés, au même moment, à la minute : Avant de monter sur le char qui devait la ramener en arrière, la reine des Goths s'arrêta au bord de laroute (thierry, Réc, Mér., i) ; — Mais après s'être COmplu quelque temps dans le calcul de toutes ces richesses, il cessa d'y trouver du plaisir (id., ib.).

30 De propositions coordonnées : je l'avais rencontré mercredi. Je l'ai revu hier.

4<> En subordination, on se sert de conjonctives ou de conjonctionnelles : Le malade, qui avait fait trois pas, s'arrêta brusquement ; — le malade, après qu'il eut fait trois pas, s'arrêta brusquement.

Les conjonctions sont : dès que, aussitôt que, en même temps que, après que,,, nous les verrons en détail.

Formes temporelles spéciales. — Pour marquer les dates relatives, soit dans les coordonnées, soit dans les subordonnées, directes ou indirectes, le verbe a des formes spéciales. A Tindicatifd'abord: Cependant Frédéric n*étB\t paLSTetourné chez les Dambreuse, Les capitaux lui manquaient. Ce seraient ^es explications à n'en plus finir; il balançait à se décider (flaub., Éduc, 11, 41) ; ■ — // avait disparu que Freydet regardait encore,,. Désormais, en regardant l'Institut, sa figure prendrait toujours cette expression-là (a. daud., Imm,, 40).

Quelques temps relatifs existent aussi hors de l'indicatif. Ainsi il y ia un passé de l'infinitif : Après avoir bientôt épuisé ses modiques épargnes, il lui fallut vendre pièce à pièce ses meubles d'abord; un passé du participe : Ayant perdu beaucoup d'argent, il se guérit de sa passion du jeu. Mais ces formes ne sont pas spécialisées, et servent indifféremment dans le passé et dans le futur.

Les formes verbales de temps relatifs, n'existent, bien entendu, que pour le passé et pour le futur. Au présent, contemporanéité, postériorité, antériorité par rapport à une action sont contemporanéité, antériorité, postériorité par rapport au moment de la parole. Ce sont donc les temps absolus qui servent en ce cas.

Quand le présent n'est employé que par figure, la langue a hésité. Il arrivait souvent, en langue classique, qu'on employait le temps relatif qui eût convenu avec un passé : // marche... sans que personne le voie, à cause de ce nuage qui /'environnoit (rac, Rem, sur Od., vi, 121) ; — Ulysse est reçu comme un roi, sans qu'on le connût (id., Ib., 58). On emploie aujourd'hui de préférence les temps absolus. mOme si le présent est en réalité un passé : Au moment où le prêtre laisse sa trame ténébreuse éclater au jour. Voltaire ne peut manquer de sortir aussi du caveau (michel., Rév., m, 20).

Nous donnons ci-dessous un tableau des temps relatifs en usage à l'indicatif. Il nous a paru inutile d'y joindre un tableau pour les autres modes du verbe. On trouvera les indications nécessaires ci-après.

LES HELAT lOXS CHIlOSOLOGiQUES

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