CHAPITRE nu L'ANTÉRIORITÉ DANS LE PASSÉ
Passé antérieur ©t pi us-qu©- parfait, ^ Pour ranlérioritt» dans
le passé» le français a deux temps composés. le passé dit antérieur vi le plusque-parfait. Eu a, i. le premier élail de beaucoup le plus fréquent : Soneni h Pidrent e li pedre e ia medre E fa pufcfie qued il OUt esposede {AL, XLviii, 236) ; — M ara aie s nie ni pur mi une uaiée Od sa granl hosl que i! ont as emblée {RoL, lil9).
On trouve cependant Taulre dès les premiers textes : A son seignor qu*it aveit iant servit {AL, i.xvn, :rA\}.
L histoire de ces deux temps a suivi l'histoire des formes qui y entrent. Au fur et à mesure que le passé a cédé à Fim parfait, le passé antérieur, son composé, a cédé au plus-que-parfait in. h., i, 34(ïK Eu moyen-français, les deux trmps sacheiuincut flèjâ nettement vers l'emploi que chacun a en langue morlerue : Comme irdiet due eust sejoumé là irais ou quatre joum, vint de par ie Ray le cardinal Biiluc (comm-, i. 12(i, Miyid j : — // recorda.., toiii le voiage qu'il avoit fait ei les passages où ii avoit passés (Ftioiss.. Chron.. i\\ fi, ï^.); — il avoit faict publier ladite paix à Paris, (roi/s moifs après quil fui de retour en son roynulnte <comm., i, 176, Mand. ; h. l.. i, Hi7-t6H>.
Depuis l'âge classique, les lliéoririens oui essayé de marquer les difTérences d'emploi entre ces deux formes,
A) Le passé antérieur ne reste ])ossihle que dans tles plirases de subordination : mais, lorsque le long âge Eut glacé le puupre animaL La même eaisine alla mal (la font.. Fabl, L x, 3) : — Quelques jours après qu'il eut dîné chez elle, il fiL.. réloge d'une nouvelle que Raymond... venait de publier (i>LR., Uniss,, 258).
r.es propositions principales ne l'admet! en t que dans quelques cas peu noml>reux : je /'eus à peine entrevu, qu'il me sembla te eonnaitre depuis longlcmps ; — je ne /'eus pas plus toi ent^iïûu que je me sentis adiré oers fui. Il est impossible de <lire : le Seigneur eut tout donné à Job, il lui reprit loiit (1).
B) On a dit que le passé antérieur uiarquait autcriorité imniédiale. Il est vrai qu*on le trouve souvent avec des locutions Idlcs que : a peine, des que, aussi toi gue, pas plus tel que : dès qu*/7s eurent dépassé la banlieue, ils
<1> Lp pii-^so antérieur sc^ CQn**tryiHan nulrrfofs avec rfmun^. C'est un tour disiianu Cnfttfiif un tua 9\ït raporté tftfim chùtettiu.. fs^inii imprftutblp. il ttrnmmtu i\UL., ApopftL. 30) ; — rtjJïiHir ht prison et te tHtnnlsnement îiii 0ar6ftt fait rilioa de tmis rttti fini .^i'étoient ouDrrtrment tmnd^* cftnlre ttti, il cnmnteri'çu à mr trottiner assez trimint't (i.a imciiEP.» ii. 44Q).
i:AXTf:îiioiUTf: daxs le PAssfi
rvgardèrt'nt /** ptnjsagt par la ft'nêire ; — A peine eut-il été instruit (fe ses espérances qu^it raiyerttt tf offrir aiîlvurs ses servîtes (i:. soiv,, Clttir,^ 8).
C'est eiu'ore le sens qu'on pmil observer dans l'exemple suivanl, où Hugo veut évhleninuMil iinpfiqLier l'idée irune chute soudaine : Quand Fenfanl fie cet homme Eut reçu pour hochet ta courtmnv de Rnme : Lorsqu'on l'eut revêtu d'un nom qui retenltt : Lorsqu'on eut bien montré son Iront mgal qui îremtflc Au pvupte émerveittê qu^on puisse tout tnsembic Être si grand et si petiL.. Un costitfue survint qui prit fenftmi en croupe Et /'emporta tout effaré (V. H., Chants Cré}K, Nap. II).
Mais il n'y a là rien d' obligatoire. Un peut dire : iongtemps, des années, après qu II t'eut quitté, // tut icririt que... Et inversement, on se servira fort lïien du plus-que-parfait [mur marqm*r îa succession immédiate : ù peine le four avait-U paru, qu'il entra précipitamment.
Chaque fois que les deux actions sont dans des phrases indépendantes,, le seul temps possible étant le plus-que-parfait, on comprend très bien son dêYcloj>pemcnt dans les récits de faits qui se succèdent. Que! que soît l'ordre des phrases, à lui seul ce temps nous donne le sentiment de Tordre chronologique des actions. Comme l'imparfait, ainsi que nous le verrons, prend une place de plus en plus grande, le plus-que- parfait lui sert d*an térieur : // se rappetaiL C'était en hirer... Lui... it lui avait ÎBit quitter ses fmitfons... La mère avait dû être eontenle dans sa tombe de voir sa fît te porter son deuit,.. Il pensait à cette forêt de Montfermeil ; ils /'avaient traversée ensemtdc (v. it., aXUs., J. Valj., vi, 3) ; — L'ingénieur avalt-U découvert quelque noui^etle combinaison de mécanique... qu*ii en écrivait a son ami (fab., M^^ Fust,^ 34).
On peut avoir une série de fait^ passés antérieurs les uns aux autres, on se sert alors de plus-que-parfaits en série : ta maison n*avait pas changé depuis le temps où te grand-père /'avait construite ; — Le rot, qui, depuis le moment où on /'avait mis à vhemtl jusqu'à son arripée au bagage, n*avait pas dit un seul moL demanda alors ce qu* était devenu te comte Piper (volt,, CharL XIL U\\ 4 h
Certaines phrases semblent mettre en relation un passé antérieur et un^ imparfait. Ainsi i Quand ette eut achevé de prier, f//f voulait rester à ueitter auprès de ce triste chettet. Je t'en empéctiai (BouiHi,, Corn-^ 160). En fait, la phrase à rimparfait ne fait qu'interrompre un instant la succession ; c'est fe Pen empêehiti, qui marque la suite de Tact ion, un manient suspendue.
Formes surcomposées. — Aujourd'hui une très forte eoncnrrence
est faite an passé antérieur par le passé surcomposé : dès qu'il a eu acheté ce costume, it Fa regretté ; ~ dès que son chef de bureau lui a eu accordé une première permission^ it tui en a demandé périodiquement. On trouve même ce surcomposé au passif : dés qu'it a eu été nommé, it n'a plus élé te même fïomme. Dans les provinces et les milieux où il n'y a plus de passé simple^ c'en est fait du passé antérieur, qui en dérive.
LES RELATIONS CHRONOLOGIQUES
L*action par rapport à laquelle on marque rantériorité* — L'action qui a suivi dans le passé celle dont on parle peut être exprimée dam un participe ou un substantif : On y foae des pantomtnvs. on y danse, on y chante, on y rc présente dm proturhes : tes proofrbes avaient déjà pris faveur dans tes sociétts avant rétablissement des cafés (m»*'' d'epinay, Leit,, Uv. 1765)» Elle peut aussi être dans une autre phrase : Eife eut encore un ùb s tac te à surmonter. Ses parents, instruits de son prochain départ avaient failli en perdre te sens (mïchel,, IL de F., liv. x. ch. ui). Elle peut n'être pas exprimée du tout : D'un coup d*œiî, elle s*étâit assurée ffue rien ne manquait plus (zola, Rêt>e^ ii, 55) ; — un ennemi avait entrepris de perdre te cétèbre girondin (Michel., Rév,, vi, 158).
Antériorité dans le passée directeizient opposée au présent* —
11 peut arriver qu'on oppose une action exprimée par le pUis-que-piirruit directement au présent, cl non point à un autre passé : j'avais toujours eru que je pourrais m* entendre aiyec lui. Je vois que je me suis trompé. Encore y a-i-il ici un futur dans le passé inlcrniédiaire ; pourrais. Cet intermédiaire peut ne pas exister : j'avaîs toujours cru pouimir,.. j*avai$ cru à une entente possible, je n'y crois plus; — La tagique spêculatiife avait fusqn* alors consisté à raisonner, d'après des principes confus, qui, ne comportant aucune preuve suffisante, suscitaient toujours des débats sans issue. Elle reconn< désormais, comme règle fondamentale... (a. comte, Espr. pos,, 19) ; — Ah / rofis me contraignes à nf expliquer, à me démasquer, avant Vévènement que j*avais envisagé ! (herv.. Cours, fi., i, 15) ; — Je ne vois plus cette borne que vous aviez dressée contre mon impatience (id,, Ib., i. 3).
Hors de l'indicatif. — Au Subjonctif. — L*antérionté se marque par le plus-que-parfait : on ne m*aifail pas dit qu*\l eût acheté cette terre, avant d'aclieter te c fiât eau ; — Je ne saïuiis pas que Sabine vous eût écrit a ce sujet (herv., Cours fl,, i\\ 1).
En langue moderne, on remt)!ace souvent le plus-que-parfait du subjonctif, atteint» lui aussi, de décadence en raison de l'imparfait dont il est formé, par le passé composé : on ne mouvait pas dit qa*it ait acheté cette terre, avant d^aooir vendu ta sienne.
On voit souvent paraître une forme surcomposée : // nUi rien voulu dire jusqu'à ce qu'on lui ait eu juré de pas révéler son secret.
A 1/ Éventuel. — On emploie le plus-que- parfait du subjonctif : si OD eût pu te joindre auparavant et lui parler, il aurait {eût) peut-être accepté. En même temps, comme te conditionnel est impossible après si, on se sert du plus-que-parfait de Tindicatif : ifr jVavais pu ta joindre auparavant, je t^ aurais sons doute décidée ; — // aurait complété sur terre et sur mer cette défense des pays chrétiens,., sll n*avait pas été constamment réduit à se tourner vers d*autres desseins par d'autres dangers tMioNET, Cti. Quint, Conclus.).
L'ASTÈRÎORITÉ DAXS LE PASSÉ
Miiis la valcuf U'Uiiiorellt^ est liés peu iielle. On peut fort bitui, sans y rien changer, Lrans^porter seinbtablc phrase dans le futur. On dira le dimanche : Si vous aviez pu être ta mardi provhain, yen aurais été bien heureuse, IJ suffi l cjue l'hypothèse soit irréelle pour que ces furmes convienne ni.
A L* Infinitif, raction iintérieure à une iuitre éluit souvcul exprimée, jusqu'au XVII^^ s,, par Hnflnitif t>a.ssé seul : Paniogntvh uvoit t'niiï-rvmvnL conquesté le paijs de Dipsodie, en ieeltuif înin^porla une colonie de Utopiens <nAii., L îiï, eh, î ; cf. h. t,,, u. -161).
On pouvait aussi le faire précéder de diverses prépositions de temps» telles que depuis. Aujourd'hui on dit encore avec aprî^s : Les insurgés... abandonnaient une bftrriradf.,. après avoir fait feu (v, h., 3f/«., Id. et Ep., Hv. X, eh. 1); — Après avoir affermi ses éiabtissemenis en //ii^iV, renouvelé ses victoire s en France,,, it marctia en A t te ma g ne Imïgni:t, C/ï. Quint, Conclus,).
Au Participe.
Le piirlicipe a une ftjrnie composée spéciale pour marquer Tautériorité : Alors, s ^é tant versé de Peau dans un verre, Rodolpfie if trempa son doigt (FLAIB,, Bov,y II, 225),
Mais on se sert aussi du participe passé simple :
Le participe peul être rapporté à un des termes lie la phrase : ,4 peine lancé, te lièvre s'arrêta pour écouter ; — silôt arrivé, it voulut repartir ; — entré dans t^iniérieur, on est surpris (flaub.. Par tes Cliamps, 76).
On ajoute souvent une fois: te //épr^*. UDe fois lancé, ctierche d'abord à monter.
Le participe peut être en construction * absolue n , Ces observations faites, W/c se relira ; Ce renseignement donné, Gavroelie ajouta {\\ h., Mis,^ J. Valj., I, VIII); — La tranchée prise, ta tigne de tiraitteurs s'avança ; — Pierre entra potir,,, (aire disparaître tes restes du festin, si répugnants, la faim satisfaite {a ut., Fmc, i, 59) ; — Je me précipitai, aussitôt mes cahiers déposés rf mes mains lavées (uoirg.. Corn., lu» ; — Une fols ses marchandises repliées, son café une fois bu, it se teva. Toutefois cette consl ru et ion ne s étentl pits à tous les parlieipes.
Autrefois on rapportait souvent le participe à un nom compJénient de préposition. Des écrivains modernes ont repris cette construction : après la loi tuée (v. h,, Ctiât., Déjà nommé, iv, viii) ; — après chaque lame passée
(UJTI, Pêei}., 79-80).
En moyen français, le participe était souvent mis eu lête. et suivi d'une conjonctive : Arrivé gue fut tediei conte (gomm., i, 21t^ Mand. ; cf. sot que je suis).
Antériorité immédiate* — - L'antériorité immédiate se marque par sitôt^ à peine ; sitôt dit, Sitôt fait f — en subordination par sitôt que : Sitôt
LES RELATIONS CIUK^XOLOGIQCES
qu'il Fa vu, // s'est priripité pers lui ; — Mais, sitôt qu'on avait franchi porU\ on se Iroitiujit dans une' mtsfe cour (flaih.. P. eiwis., 183, Snî.i ; — A peine sortions-nous des parles de Trézène.
Quanti Faction oatérieure doit éln- présent ce comme très récente, on se sert aussi fîes jjériphrases dont nous avons parlé anx formes temporelles : U saisit le pisloleU i'I un faible ciifitieiis annonça ffa*i] venait de Farmer (v. h„ Mis., J, Valj.. liv. i, xviiï) ; — CIopîs et ses guerriers senjoRi;aient dans le pagSf ballaienl les rois et les armées.,, rei>enaienl ensuite, emmenant des tsclawfir, des Irésors,.. sans avoir en aueune façon incorporé à la monarchie franque te lerriloire qu'ils venaient de parcourir (nvvior^ Ess, sur tllist, de Fr„
Aspect D'AccoMPLissEMiiNT. — ïl y a une fomie surcomposée pour: marquer l'accomplissement d'une action récente : Dès qu'il avait eu mis /a dernière main à son dessin, il s'était levé pour sortir.