CHAPITRE VII DEGRÉS DE DÉVELOPPEMENT ET CONSÉQUENCES
La conséquence peut résulter de ce que le développement d'un état ou d'une action a atteint un certain degré. Nous l'avons montré en parlant des causes.
n n'est pas toujours facile de savoir si la conséquence dépend de la manière ou du degré. Soit la phrase : Les Allemands ont attaqué avec de si gros effectifs qu'ils ont remporté des avantages partiels ; si gros marque la quantité ; avec de si gros effectifs marque la manière. La conséquence s'explique-t-elle par la manière dont ils ont attaqué, ou par la quantité d'effectifs que les assaillants y ont affectés ? Il serait bien téméraire de le trancher. Les deux ordres d'expressions sont du reste souvent associés : // fit tant et si bien que, six mois après, quinze prêtres frappaient à la porte du noviciat du Jugement dernier (fab., Mme Fus/., 160).
A) Le développement est indiqué comme ayant été poussé très loin , le caractère a atteint un haut degré. — On accompagne le verbe, l'adjectif, etc. de tant, tellement : Et leur plus haut éclat fait tant de mécontents. Que peu de vos Césars en ont joui longtemps (corn., PoL, 1189) ;
— Frédéric avait tant de confiance en Deslauriers qu'i7 se sentit ébranlé (flaub., Èduc.y I, 30); — J'ai tellement de choses à faire que je ne sais par où commencer ; — L'étrangeté de notre situation nous embarrassait tellement Vun et r autre que nous restâmes longtemps sans trouver rien à nous dire (lam., Raph., 75) (1).
On se sert aussi des locutions : A tel point que, a telles enseignes QUE, AU POINT QUE : Stephen entendit les cris, à tel point qu'// allait descendre (a. karr, tilleuls, 45).
Si. — Quand il s'agit du degré d'une qualité ou d'une manière, et que l'expression de quantité doit accompagner un adjectif, un adverbe, une caractérisation quelconque, c'est si qui joue le rôle essentiel : Lui seul rétablit l'ordre et gagne la victoire. Mais si belle, et si pleine, et par tant de beaux faits, Qa*on nous offre tribut, et nous faisons la paix (corn., PoL, 310) ;
— afin que les choses n'allassent pas si loin qu'e//e n'ouvrit les yeux (balz.. Pays., 299) ; — Le coup passa si près que le chapeau tomba. Et que le cheval fît un écart en arrière (v. h., Lég,, Après la bat.).
(1) Le pcaple dit : si tellement que : Je vous prenais pour un camarade, si toUtmtllt qut je vous at appelé agneau (noriac, Le ]01« Rég., éd. ill., 120).
,1. Il
LES COXSÉQL'E\Ci:S
L'a. f. employait non seulement si, mais aussi^ tant, que les adverbes fussent seuls ou bien accompagnassent des mots marquant manière d'être, etc.. Ce n'est qp'au XVII« s. que les règles actuelles ont été posées et que la distinction a été faite : Tant chevalchierent Guenes e Blancandrins Que Funs a Valtre le sue feid plevit (Roi., 402).
L'expression si bien que est sortie de cet emploi de si près d'un adverbe de manière : il est enveloppé de deux escadrons, et si bien enveloppé, qu'on ne sait ce que tout cela est devenu (sÉv., Lett,, cccxxxi) ; — mon escapade s'était si bien perdue dans la désolation générale que personne n'y pensait plus (a. daud., Cont,, Le Pape est mort) ; — Pourquoi, quand je suis à Paris est-ce que je passe tout mon temps chez toi,., si bien que j'ai cessé à cause de cela de voir bien du monde (flaub., Corr,, 2« sér., 397) (1).
Adjectifs remplacés par tel. — L'n mot joue dans les phrases consêquentielles de cette espèce un rôle tout à fait spécial, c'est le mot tel, qui marque à la fois quantité et façon d'être, et par suite remplace radjecliî et l'adverbe de degré : telle est la contagion, qu*z7 n'est plus de retraite assez obscure (g. sand, Ind., 64); — .,.et il menait les chevaux d'un tel train, que le vieux cocher répétait.,, (flaub., Éduc, i, 16) ; — Telle est la faiblesse de l'esprit humain que les meilleures causes ne sont gagnées d'orJinaire que par de mauvaises raisons (h en., Jcs,, xvi).
Constructions du complément ou de la proposition conséquen- TiELLE. — Nous avons vu, en parlant de la caractérisation, qu'il existe une masse d'expressions reçues et qu'il s'en crée constamment, où, pour indiquer le développement d'une qualité, on marque qu'il doit entraîner, qu'il est capable d'entraîner une conséquence, fou à lier, laid à faire peur : Toute mon œuvre funambulesque est logique à désespérer Aristote (champfi... ConL, 296) ; — son œil bleu avait des éclairs froids à déconoerter l'aplomb des hardiesses (g AVT,, Frac, i, 165) ; — Oh ! bonnes lignes... qui ne m'attirerez point de lettres vengeresses à inquiéter mon sommeil, ou louangeuses à surexciter ma vanité (kag., Théât, ConL, 1888, 45).
Les noms, par analogie, donnent naissance à des expressions du même genre : une noce à tout casser ; — une nuance à faire le désespoir d'un peintre ; — il est homme à nous faire un esclandre (aug., Ai;., m, 2).
De même après les verbes : il baillait à se décrocher la mâchoire; — La femme... soubresauta... à faire basculer la maison roulante... (richepin. Miarka, 13) (2).
Quant aux propositions, nous avons noté plus haut qu'un que suffit à les introduire. C'est ainsi qu'il faut expliquer les nombreuses phrases populaires, où une proposition de conséquence est rattachée à un mot dont la valeur se fait sentir dans le ton : // maigrissait, que c'était une pitié ; —
(1 ) Les classiques disaient : si... de : Car Je ne pense pas que vous soyez si làehe De vouloir Vipottser (MOL., Éc. des Mar., 991).
(2) Comparez les phrases où entre jusqu'à : Comment leur prêter de rimportimee Jusqu'à désirer les eontraindrt au respect ? (p. adam, Myst. des /., x, 19); — Jusqu'à manpie une Umitr. par conséquent une mesure.
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