CHAPITRE III LES LIGATURES
Les prépositions et conjonctions héréditaires. — A. — Dans les compléments de but et de destination, une des prépositions les plus anciennement employées, est à : assiette à dessert, poète à frire, tabac à famer.
Pour. — On trouve fréquemment aussi pour : pain pour chiens ; — remède pour l'usage externe ; — robe pour le soir ; — un livre pour lire en voyage ; — taitteur pour dames ; — Je trouve deux raisons principales, pour lesquelles Dieu étend son bras à des opérations miraculeuses : la première, c'est pour montrer sa grandeur, et convaincre les hommes de sa puissance ; la seconde, pour faire voir sa bonté et combien il est indulgent à ses serviteurs (boss., 2® Panég. Fr. de Paule, 3« p.) ; — J'aurais porté des paquets sur le dos dans Paris pour pouvoir me reposer le soir dans mon lit blanc (champfi.,. Cent., 343).
Beaucoup de verbes, tel destiner, ont hésité entre les deux prépositions : destiner à a prévalu (h. l., m, 637). En revanche, on n'écrirait plus, comme l'Académie a reproché à Corneille de l'avoir fait : Venaient m' offrir leur vie à venger ma querelle (Cid, 1082, var.).
A CE QUE, POUR CE QUE. — De d s'était formée la locution à ce que <V. p. 705). Elle a vécu jusqu'au XV I« s. De pour sortit pour ce que. On le trouve dans le Psautier et les IV livres des Rois, mais la locution ne s'établit définitivement que chez Chrestien de Troyes,
Pour que. — Une forme nouvelle naquit ensuite : pour que. Quelques grammairiens du XVII« s. la considéraient encore avec dédain, Oudin iGr., 304), Vaugelas même. Ce dernier dut cependant reconnaître qu'elle était courante: « Ce terme est fort usité, particulièrement le long de la... Loire et mesme à la Cour, où une personne de tres-eminente condition (Richelieu ?) a bien aydé à le mettre en vogue » (i, 72). La locution fit dès lors son chemin, tout en fournissant encore matière à discussion. Au XVIII« s., elle était définitivement établie.
De. — Certains compléments avec de indiquent aussi la finalité, la destination : compartiment de dames seules ; — cours d'adultes ; — toilette de soirée. Mais on remarquera que ce complément peut-être analysé d'auti'e façon plus vague. Un compartiment de dames seules peut se traduire : où montent les dames seules.
Que. — En a. f., la conjonction est assez souvent que : El camp estez, que
ne seium venciit (Roi., 1046) ; — uenuz est Hélges que il me oded (/ V« Liv. /?., III, 315) (1).
Ce que a survécu en langue moderne : leuez-vous, que Je mette ceci sous vous (mol., Mal. Im., i, 6) ; — tends-moi la main, que Je me relève (gaut., Jeun. Fr.y 3).
Que exprimant la finalité dépend presque toujours, comme on le voit par ces exemples, d'un verbe à l'impératif. Mais ce premier verbe peut n'être pas exprimé, quoiqu'il soit dans la pensée de celui qui parle : Que Je te présente à ces dames ! — Où est-il ce magot-là que Je lui parle? (gonc, g. Lac, 22).
Forznation de locutions spéciales. — Afin — 0 a été longtemps une réunion de mots juxtaposés, (a fin). Puis les éléments se sont groupés en un seul mot, afin, qui, suivi de la préposition de, se construit avec des infinitifs : je Deux me faire un gendre et des alliés médecins, afin de m'appuijer de bons secours contre ma maladie (mol.. Mal. Im., i, 5) (2) ; — // faut donc que vous me promettiez de tenter sur vous-même un effort salutaire. ..^ afin de conduire sagement les choses (muss., On ne saur, pens, à t., 12).
Afin que. — Afin, suivi de que, est devenu une locution conjonctive : « ...il y a... des bornes à l* étendue qu'il peut avoir, afin qu*i7nc soit ni trop grand... ni trop petit (3).
Il existe d'autres locutions analogues :
A l'effet de. — n est encore blâmé comme terme de pratique par Wey(/?c/n., 1,200-201), qui déclare qu'il serait avantageusement remplacé par : dans le but de.
En vue de. — N'arrangez point votre maison en vue i*étonner et de rendre envieux les passants (m. prévost, Let. à Fr. mariée, 72).
Dans le but. — Gette'expression, analogique de : dans la pensée, ne choque plus personne (stapfer, o. c, 212). Elle était encore condamnée par Littré. On la trouve dans les meilleurs écrivains^ depuis Chateaubriand : Mais aujourdhui pour qui ? Dans quel but? (muss., Prem.poés,, Vœux stériles) ; — dans quel but, tout cela ? (loti, Pêch., 77) ; — ce roman dans quel but l'a-t-il fait?... A ce qu'il paraît dans le but de concourir à l'abolition de la peine de mort (v. h., Dern. Jour, Comédie) ; — et dans le but p/u5 noble de se rendre utiles {zola, Romane, 203); — Dans quel but arriveraitil à cette nomination ? (flaub., Lég. de Si Julien l'Hosp., 52) (4).
(1) Le sens de que est très étendu. II faut l'interpréter par : demandant que, craignant que, etc.. A Looîs le conoierU enveier, Qqe 11 nos viegne et secoure et aidier (Cor. L., 363); — Dune junnnt li compaignun David que mais ne uendrtit od eh en hataille^ que par mesavantnre ne fust esleinte la lumière de Israël (iv liv. r., ii, 203) ; ( -= d« peur que).
(2) Cf. envoyer un dossier aux fins dVxamen.
(3) Peut-on commencer par afin de et continuer par que ? le mr rcha:d fait des montres pour donner de sa marchandise ce qu^il g a de pire ; il a le caii et les faux fours, afin d'en eaeliar ks défauts, et qu'elle paroisse bonne (la br.. Car., Biens de fort., 43). Littré trouve que cette construction a parfois de l'élégance, parce qu'elle apporte quelque variété.
(4) On a blâmé aussi remplir un but. Et en effet l'image serait absurde, s'il y en aii-alt une. Poursuivre un but n'est guère plus heureux.