‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 510 sur 586 · CHAPITRE PREMIER LA RELATION D'OPPOSITION · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LA RELATION D'OPPOSITION

Au lieu que deux idées se présentent comme associées ou enchaînées par un lien de conséquence, elles s'opposent. 11 s'agira par exemple d'une double caractérisation : une toilette tapageuse^ fnaia laide ; un jeune homme qui 86 distrait» mais qui travaille aussi.

Les oppositions peuvent résulter de la nature des choses : blanc et noir; énergie et faiblesse; se souvenir et oublier. Le pi ils souvent, c'est Tespril qui, suivant les circonstances, de simples distimUons fait des contrastes. 11 n'y a pas d'opposition entre une robe de laine et une de coton. Mais si on les compare dans leur usage, leur prix etc., les oppositions naissent.

Oppositions et concessions. — Dans une loule de cas, on n*adniet une idée que temporairement, par déférence, on par procédé de discussion, sauf à y revenir ensuite pour opposer des faits et des arguments. Par exemple : Admettons qu'il ait eu tort dans la forme^ ses intmlions étaient excettentr:^. On se résigne à la reconnaissance du premier fait, pour lui en opposer ensuite d'autres, qui modifient l'impression, les conclusions* etc,

U est souvent assez délicat de distinguer les oppositions de ces concessions. Considérons la phrase : Sans être artiste, André goûtait les bettes choses (DE RÉGNIER, Flomb., 21). Cc peut être une simple opposition. Mais mettez cette phrase dans une discussion. Supposez qur ce soit la mère d'André qui la prononce, pour défendre son fîls. Le sans cire artiste manquera de conviction. C'est chose qu'elle veut bien reconnaître, mais elle ne TafTlrme pas vraiment, on est en présence d'une concession. Le ton seul sufBt à marquer la différence.

De même la phrase : Tout timide qu'il est, il sait faire ses affaires, peut

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LES OPPOSITIONS

être dite de deux façons : Il peut s'agir d'une simple constatation, mais si la voix s'élève sur qu'il est, c'est une concession.

Opposition entre une cause et une conséquence. — L'opposition entre deux faits est souvent l'opposition entre un fait-cause, qui devait avoir une conséquence, et une conséquence différente ou contraire. Je dis : Comme elle habite en pleine campagne, elle n'est naturellement pas au courant des incidents de la vie parisienne. Voilà une cause et sa conséquence. Mais si je dis : pour habiter en pleine campagne, elle n'en est pas moins au courant des incidents de la vie parisienne, il y a opposition entre la cause et le fait que je constate. La cause n'a pas produit son effet : Comparez : Recevez tous les compliments d'une femme qui, pour habiter le iiordy n'est pas tout à fait une barbare (a. dumas, AfJ. Clém., xxvi, 57).

Aussi retrouve-t-on ici la préposition de cause pour, transformée en préposition d'opposition : Ne perdez point courage pour toutes CCS manières désagréables (sév.. Le//., mu).

En particulier pour, suivi d'un infinitif, se rencontre dès le plus a. f. : jà pur mûrir /e camp ne guerpirunt {RoL, 1909). L'évolution de sens est d'autant plus à noter qu'en prenant le sens dérivé, pour a conservé l'ancien : elle est malade pour avoir supporté trop de misères ; — pour avoir supporté tant de misères, elle est encore bien vaillante. On connaît le vers : Ah I pour être dévoty on n'en est pas moins homme. Les exemples analogues sont très nombreux : des reproches qui, pour être lancés comme des généralités... n'en avaient pas moins d'aigreur et d'amertume (g. sand, Ind,, 60) ; — Pour ne s'attacher à aucune des formes qui captivent l'adoration des. hommes, on ne renonce pas à goûter ce qu'elles contiennent de bon et de beau (ren., Jés., Intr.).

Pourtant a de même signifié d'abord : pour autant, pour cela, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Il a suivi la voie du simple ; par l'opposition des deux phrases, il est devenu adversatif : Vous n'irez pas ? Pourtant c'est votre devoir.

Les autres compléments de cause deviennent de même des compléments d'opposition : Pourtant, en dépit de tout» avec ses nombreux talents, ses doubles muscles et l'estime du brave commandant Bravida, Tartarin n'était pas heureux (a. daud., Tart, Tar., Marp. et FI., 23). Comparez la locution ; avec tout cela : C'est très joli, mais avec tout cela nos affaires n'avancent pas.

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