LES SEXES ET LES GENRES
d'élevage. Comparez rhomine qui s'écrie : Oh I le beau chien ! le joli chat !
Dans le langage de la tendresse, ces confusions sont communes. Le mari appelle sa femme : mon petit, mon chéri. Dans Le Poulailler de Tristan Bernard, il y a une scène comique, où la notion de sexe semble ainsi renversée ù dessein. D'un usage l'auteur fait un moyen dramatique. Au contraire les distinctions seront soigneusement maintenues par des chasseurs (ils ne tuent pas les femelles) entre le coq faisan et la poule, le brocard et la chèvre, le cerf et la biche,
3^ £n outre, il s'en faut bien que tous les êtres vivants soient considérés comme appariés en couples. Nous ne faisons aucune différence de sexe entre les petits animaux : la mouche, la puce, l'escargot; de même pour les oiseaux: Vhirondelle, le pinson. Cf. les poissons, les grenouilles, etc. De même encore pour les animaux sauvages ou exotiques : le blaireau, le lynx, le chacal, la panthère, le vautour. De même enfin pour les animaux fabuleux : le sphinx, l'hydre, la licorne, les dragons. Après bien des hésitations, les conciles ont fini par décider que les anges n'ont pas de sexe.
Nous connaissons aujourd'hui les procédés de reproduction des plantes. Mais c'est là une notion scientifique, qui n'est à peu près pas entrée dans la langue. Fougère mâle est appliqué à une espèce spéciale dans le langage courant. La plante reste, comme un objet quelconque, asexuée.
On peut dire en somme qu'en ce qui concerne la plupart des êtres — l'homme mis à part — la distinction du mâle et de la femelle est peu régulière, et n'a lieu que lorsqu'une raison spéciale appelle l'attention sur le caractère sexuel.
Les genres. — Il est impossible au Contraire de ne pas donner aux noms leur genre, et les formes correspondantes aux mots qui accompagnent le nom. Quoique table et tableau n'aient pas de sexe, il est impossible de dire un table, une tableau, La notion linguistique de genre est donc fort souvent à part de la notion de sexe, elle a une tout autre valeur et une tout autre importance.
Il ne faudrait pas croire que cette distinction de genre soit nécessaire au langage. En Indo-européen, dit Meillet, l'opposition du masculin et du féminin se marque uniquement dans l'adjectif qui se rapporte à un substantif, non dans le substantif lui-même (Mém,, S. Ling,, n^ 61 clxxxix).
Dans les langues anciennes, il y a un genre pour les inanimés : le neutre. Mais l'attribution de ce genre aux noms n'était pas plus régulière qu'elle ne l'est en allemand, où le neutre existe. Des êtres avaient le genre neutre : (lat. : fumentum, la bête de somme) et des choses avaient le genre masculin ou féminin (lat. : murus, le mur ; conscientia, la conscience). Le genre neutre a disparu dans les noms à l'époque du passage du latin au français ; les neutres ont été entraînés par diverses analogies dans les féminins (Jolia > la feuille) ou dans les masculins (vinum > le vin). 11 en résulte qu'en français tous les noms de choses, tous les noms d'idées ont, soit le genre masculin,