‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 62 sur 586 · LES CHANGEMENTS DE GENRES · texte numérisé non relu

LES CHANGEMENTS DE GENRES

tombeau). Le mot image se rencontre ainsi très souvent au masculin, et il ne peut être question de retour au latin, puisqu't/na^e est féminin en latin.

De nos jours le phénomène inverse se produit et fait passer des mots masculins au genre féminin. Œ {un) se dénasalise. A Paris, on entend, ou e (nasal), ou u + n : u + n homme, comme une âme. D'où un(e) ouvrage, un(e) enterrement, où un se prononce comme une devant erreur. Sous cette influence on considère ces noms comme féminins, et ils gardent ce genre, même là où ils ne sont pas précédés immédiatement de un, une ; cette grosse orage, de la belle argent, une grande enterrement (1).

30 Influence du sens, — Le sens exerce lui aussi une forte influence sur les genres : ainsi été, automne, sont devenus masculins d'après printemps et hiuer. Personne a été originairement féminin, comme il l'est dans une personne âgée, mais forte (de même rien). En devenant des nominaux, personne, rien sont devenus masculins ou neutres : personne n'est plus fort en grec, rien n'est plus cruel.

Gens eût certainement suivi le même chemin, si le changement eût commencé plus tôt. Mais les grammairiens l'ont' arrêté. D'où les bizarres contradictions de la règle : tes vieilles gens : les gens du Nord sont en général grands et forts.

Le plus bel exemple qu'on puisse donner dans la langue actuelle est celui des noms en oir, oire ; un arrosoir, une mangeoire. Ayant même sens et même son, ils se brouillent complètement : battoir et battoire. On essaie en vain d'en faire deux mots.

(1) On hésite sur antichambre, échappatoire qui commençant par voyelle et terminés en consonne, ont double raison de rester féminins. Épiderme (m.) hémisphère (m.)« sont des mots savants, sans racine dans la langue.

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