‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 69 sur 586 · CHAPITRE III LE PLURIEL ORTHOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LE PLURIEL ORTHOGRAPHIQUE

Le pluriel n'ayant cessé d'être une réalité pour la phonétique et pour la morphologie qu'à l'âge où la langue cherchait à se faire une orthographe, c'est-à-dire une règle commune et constante d'écriture, il n'était guère possible qu'on abandonnât les signes qui marquaient le pluriel. Après avoir eu une forme du pluriel, on a eu une marque du pluriel. C'est l'âge du pluriel orthographique. Il a commencé au XVIle s. Il dure encore.

Z. X. S. — Le pluriel se marque en français dans l'orthographe, tantôt par Zy tantôt par a, tantôt par s.

Nous avons vu l'origine de ce z, primitivement équivalent à ts. Quand l'élément dental disparut, au XIV® s., z resta comme signe et on l'utilisa pour éviter les confusions. Au XV I« s., derrière un e, il marquait que cet e était é fermé : vous dictes, dictez. Après l'introduction des accents, il devenait inutile. Mais on le conserva longtemps, en concurrence avec s. On écrivait : ez ou es. Il est aujourd'hui confiné dans les verbes : vous restez (cf. 1/5 sont restés).

Origine de x. — L'introduction de x comme signe de pluriel est due à une erreur graphique : le groupe us était représenté au moyen-âge par des signes abréviatifs, qu'il suffisait de bien peu de chose pour transformer en une X. Aussi le prit-on pouî z : cbevals s'écrivit donc chevax. Puis on éprouva le besoin de réintégrer dans le mot Vu que l'on n'y reconnaissait plus, d'où : cheuanx, ensuite, comme l'étymologîe latine d'une part semblait méconnue, que de l'autre le rapport avec le singulier cheval cessait d'être marqué, on ajouta une / ; chevSLUlx. De telle façon qu'à un certain moment (XVl^ s.,) Vu se trouvait en somme trois fois représenté (u, 1, x =s us). Cette orthographe se maintint assez longtemps.

La langue ne s'est pas complètement débarrassée de ce pluriel extraordinaire : il est encore admis dans des aulx. Il est vrai qu'on ne l'emploie guère, on dit surtout de Cail.

Quant à l'x, elle est toujours de règle (sauf dans le mot landaus, qui, étant étranger, a échappé à la règle). On n'en voit pas bien l'utilité. Pourquoi cadeaux avec x? A quoi bon feux et pneus ? poux et fous ? Un acte de courage nous débarrasserait d'une complication absurde et inutile (1).

(1) n n'y a que quelques mots en oux : bijoux, cailloux, choux, genoux, foujoux, hiboux, poux.

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