LES FORMES DU PLURIEL
tira-t-on à dire des saci à ierrCy des canif % époiniés, en détruisant, par fldélité à l'orthographe, T effet des lois instinctives qui avaient fait disparaître ces groupes dans la langue des ancêtres ? Ce sera du pédantisme et le triomphe de l'ignorance. Que deviennent, dans ces conditions, les vers de La Fontaine : Le gibier du lion, ce ne sont pas moineaux Alais beaux et bons sangliers^ daims et cerfs bon$ et beaux (Le lion et V Ane chassants) ? Ou celui-ci,de Racine : mes promesses aux uns éblouirent les yeux (Bril,, 1153) ? Et les simples expressions : deux heures et quart, des chars à bancs, des pots à eau, des boites aux lettres ? Il ne s'agit pas de proscrire les liaisons, mais il convient d'enseigner à ce sujet quelques règles :
I. Ne pas se fier à la versification. Elle a une influence fâcheuse sur la diction en prose.
IL Ne pas se régler sur l'exemple des acteurs.
IIL Ne pas s'en rapporter à certains pamphlets récents de l'Académie, où il est question de v langue forte » (1).
En principe, dit Martinon. les substantifs ne se lient guère au singulier qu'en vers on dans la lecture (le temps est beau pour la saison).
Après r, prononcer s serait grotesque : un corpz ensanglanté, prendre le mors aux dents. Au contraire, au pluriel, on dit fort bien : deux corps ennemis.
En parlant, on ne fait pas toujours la liaison avec s du pluriel, tant s'en faut. On dit dos à dos, de temps à autre. Mais on ne doit pas dire : net à nez, du riz au tait, ni Paris est grand. On ne dit pas deux moulins ont survécu ; — deux cents soldats Ont péri. Il faut, pour qu'on entende z qu'il y ait un étroit rapport syntaxique entre les mots : il y a là des hôtels achalandés ; que voulez-vous faire avec des soldats exténués ? Encore cette liaison n'est-elle pas très nécessaire ni très usuelle. Dans une foule de cas, elle est absolument proscrite, ainsi après les mots en / ; des œufs au lait. De même l'éviter après c : sues amers, saes en tas, après r ; des velours à côte, des morts amoncelés.
Conclusion. — La vérité linguistique qu'il faut retenir au sujet des pluriels est celle-ci : la plupart des noms français n'ont plus de forme du pluriel. L'idée du pluriel est dans les mots qui accompagnent nécessairement le nom : articles, noms de nombres, possessifs, etc.
Malgré toutes les contraintes auxquelles on soumet les enfants pour leur enseigner la première règle de la langue écrite, le résultat linguistique ne peut être que très médiocre. Un signe d'écriture ne remplace pas une forme. Nous avons gardé une s de convention. Elle peut avoir son prix, mais elle demeure comme extérieure à la langue, si bien qu'elle est souvent négligée, el que de grands écrivains s'en affranchissent même à l'occasion : de ce passé la présence est si forte. Que je vous tends les bras, que mon âme m'emporte Vers vous et dans le sein d'autre fantôme cher, Que je crois les revoir (i.AM., Joe, 5 mai 1798).
(1) Voir KAimNON. Comment on prononce, 372, 385.