‹ La pensée françaiseChapitre 102 sur 155 · SAINTE-BEUVE · texte numérisé non relu

SAINTE-BEUVE

Charles-Augustin Sainte-Beuve naquit à Boulogne-sur-Mer le 23 décembre 1804. Après avoir fait de bonnes études à la pension Landry, d'où il suivit les cours du lycée Charlemagne, puis du collège Bourbon, il entra à l'Ecole de médecine. Il y était depuis un an, lorsque son ancien professeur de rhétorique, M. Dubois, qui venait de fonder le Globe, lui offrit d'y écrire des articles littéraires. C'est à l'occasion de l'un de ces articles que Sainte-Beuve fit la connaissance de V. Hugo. Il fit dès lors partie du cénacle romantique et s'essaya dans la poésie : Poésies de Joseph Delorme (1829) ; Les Consolations (1830) ; Les Pensées d'Août (1837). En 1884, Sainte-Beuve donne un roman, Volupté, « œuvre de peu d'amusement, dit M. Lanson, mais qui devra rester comme une des plus fortes de ce temps ».

Mais, bientôt, le goût de l'histoire le prend tout entier. Il entame son Histoire de Port-Royal (1840-1860), 5 vol in-8 ; et il publie en même temps, dans la Revue de Paris et la Revue des Deux-Mondes, une série d'articles qui seront réunis

1. Portraits littéraires, tome III. Causeries du Lundi, tome XI Paris, Garnier frères, s. d., in-12. et Portraits de femmes à la suite du Portrait de la Rochefoucauld, le seul portrait d'homme qui s'y soit glissé. Sainte-Beuve présente ainsi ses pensées : « on a rassemblé dans les pages suivantes un certain nombre de pensées qui ont paru plus ou moins analogues de forme ou d'esprit aux Maximes. Si au premier vent qu'on en eut. l'envie en prenait comme un rhume vers 1665, rien d'étonnant que nous l'ayons gagné à notre tour par un long commerce avec un livre trop relu. Il faut y voir surtout un dernier hommage à l'auteur et même d'autant plus grand qu'on y aura moins réussi. » (15 janvier 1840.)

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en volumes sous Le titre de Critiques cl portraits littéraires (1832-1839), 5 vol. in-8, et Portraits contemporain* (1844). En octobre ISIS, il alla professer à l'Université de Liège où il resta une année. De ce cours il Lira Chateaubriand et son (jroupe littéraire (1860) 2 vol. in-8°. En outre pendant quinze ans, au Constitutionnel et au Moniteur universel, Sainte-Beuve écrivit chaque semaine de remarquables articles de philosophie, d'histoire et de littérature, groupés dans les Causeries du Lundi (1851-1862), 13 vol. in-12, et les Nouveaux Lundis (1863-1869). 11 vol. in-12.

11 convient de citer encore le Tableau de la poésie française au XVI0 siècle (1828) et Y Etude sur Virgile (1867), esquisse des leçons que Sainte-Beuve devait faire au Collège de France dans un cours de poésie latine interrompu à la suite de manifestations politiques. Sainte-Beuve mourut en 1869. Il était de l'Académie depuis 1845 et sénateur depuis

— J'aime encore beaucoup à respirer les fleurs, mais je n'en cueille plus.

— Comme Salomon et comme Epicure, j'ai pénétré dans la philosophie par le plaisir. Gela vaut mieux que d'y arriver péniblement par la logique, comme Hegel ou comme Spinoza.

— Je suis arrivé dans la vie à l'indifférence complète. Que m'importe, pourvu que je fasse quelque chose le matin et que je sois quelque part le soir.

— Je ne demande plus aux hommes qu'une chose : c'est de me laisser beaucoup de temps à moi, beaucoup de solitude, et pourtant de se prêter quelquefois encore à mon observation.

— Chaque jour je change ; les années se succèdent, mes goûts de l'autre saison ne sont déjà plus ceux de la

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saison d'aujourd'hui ; mes amitiés elles-mêmes se dessèchent et se renouvellent. Avant la mort finale de cet être mobile qui s'appelle de mon nom, que d'hommes sont déjà morts en moi.

Tu crois que je parle de moi personnellement, lecteur ; mais songe un peu, et vois s'il ne s'agit pas aussi de toi.

— Je pense sur la critique deux choses qui semblent contradictoires et qui ne le sont pas :

1° Le critique n'est qu'un homme qui sait lire, et qui apprend à lire aux autres ;

i.0 La critique, telle que je l'entends et telle que je voudrais la pratiquer, est une invention, une création perpétuelle.

— En critique, j'ai assez fait l'avocat, faisons maintenant le juge.

— Il faut du loisir pour l'agrément de la vie ; les esprits qui ont toute leur charge ne sauraient avoir de douceur.

— La Rochefoucauld a contre lui tous les philosophes grandioses : il a osé mettre le doigt sur le grand ressort du joujou humain, et on ne lui pardonne pas.

— Continuons de nous donner cette vue : les rivaux jugés par les rivaux.

— Ceux qui, en tout sujet, ont par l'éloquence une grande route toujours ouverte, se croient dispensés de fouiller le pays.

— Exprimer ce que nul n'avait encore exprimé et ce que nul autre que nous ne pourrait rendre, c'est là, selon moi, l'objet et la fin de tout écrivain original.

Avec cela on n'a pas besoin d'avoir toutes sortes de

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lecteurs, mais seulement les lecteurs qui vous sentent et vous goûtent : les autres n'ont que faire de vous.

— Il y a une infection de goût qui n'est pas compatible avec la droiture et l'honnêteté de l'âme.

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