‹ La pensée françaiseChapitre 107 sur 155 · P.-J. STAHL · texte numérisé non relu

P.-J. STAHL

P.-J. Stahl n'est autre que l'éditeur Jules Hetzel, né à Chartres, en 1814, mort en 1886 à Monte-Carlo l. Après avoir fait son droit, il fut attiré vers la librairie et publia, en 1835, l' Histoire parlementaire de la Révolution française de Bûchez et Roux. Après les événements de 1848 il fut chef du cabinet du ministre des Alîaires étrangères, puis du ministre de la Marine et secrétaire général du Pouvoir Exécutif. Son attachement aux idées libérales le fit proscrire après le coup d'Etat de 1851. Il se retira en Belgique jusqu'à l'amnistie de 1839 ; il y publia les Châtiments, les Contemplations et la Légende des Siècles de V. Hugo. Revenu à Paris, il composa des livres pour lajeunesse.il écrivit en collaboration avec Alfred de Musset : Le voyage où il vous plaira et seul, Amours d'un notaire. L'esprit des femmes et Les femmes d'esprit, Le Diable à Paris, etc.

— On peut tout dire à une femme d'esprit quand on sait parler et se taire.

— Les femmes ont généralement de l'esprit. Il est assez rare d'en trouver qui en soient absolument dépourvues.

iSur ce petit nombre, très peu s'en rendent compte, heureusement. Comme il est dans la nature des femmes de

1. P.-J. Stahl. Les opinions de mon ami Jacques. L'Esprit des femmes et les femmes d'esprit. Paris. Michel Lévy frères, 1851.

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ne savoir point se passer de ce qui leur manque, celleslà, essaient d'en avoir ; et, de simples bêtes qu'elles sont, elles passent sottes et deviennent ainsi insupportables.

— On peut être une très jolie femme sans avoir la moindre beauté.

— Une femme d'esprit a grand'peine à être toujours et tout à fait bonne ; quand elle y réussit, elle a un grand mérite.

— Un homme d'esprit ne montre jamais son cœur tout entier. Une femme d'esprit en montre volontiers un peu plus qu'elle n'en a.

— On a grand tort de s'étonner que les maris aiment presque toujours les amants de leurs femmes. Quoi de plus complaisant, de plus officieux, de plus prêt à tout, de plus servile, de plus plat d'ordinaire, que l'amant d'une femme dans ses rapports avec le mari qu'il trompe. Ce dont il faut s'étonner ce n'est donc pas du rôle que joue le mari mais de celui que joue l'amant.

— « Je ne l'ai pas oublié, disait MmJ X... de M. A... qui avait failli mourir de son abandon ; seulement je n'ai plus pensé à lui. »

— Là où il y a un mot de trop, il n'y a plus d'esprit.

— Une Parisienne a bien du mal à se décider à être tout à fait laide et il faut qu'elle soit bien maladroite pour y parvenir.

— Il n'y aurait pas grand mal à aimer un peu trop les femmes en général. Le vrai danger, c'est qu'on vient toujours à en préférer une.

— Les femmes méritent tous les éloges et toutes les injures ; on a toujours à la fois tort et raison contre elles.

— Il y a des arbres dont les feuilles tremblent et frémissent à l'approche d'une jeune fille.

— Je ne suis pas faiseuse de corsets, mais je ne crois pas me tromper en disant que le nombre des bossues est infiniment plus grand qu'on ne pense.

— Rien n'est plus coquet qu'une femme laide qui n'a pas sincèrement donné sa démission. Rien n'a, il faut le dire, la coquetterie plus malheureuse. La plupart des femmes laides manquent de goût.

— 11 y a des hommes à qui il a suffi pour n'être pas bêtes, de prendre pour femme une femme d'esprit, et dont on ne découvrira la nullité que quand ils seront veufs s'ils font la sottise de ne pas précéder leur femme dans la tombe.

— « Ne dites pas de mal des monstres, me disait une jolie femme qui avait fini par se dégoûter des jolis garçons ; ils ont du bon ; ils sont reconnaissants. Rappe-

ez-vous l'histoire de la Belle et la Bête. Quand on peut appeler son amant Azor sans le fâcher croyez-moi, il ne ui manque rien. »

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BOUGEARD

Alfred Bougeard, professeur libre, naquità Paris en 181."). Outre ses maximes l il a publié les ouvrages suivants : Danton (Bruxelles, 1861, in-8) ; Les hommes de la Révolution française , en collaboration avec Aymar-Bression(1841,in-18). Il n'a paru que deux livraisons de cette publication, les auteurs ayant été menacés de poursuites ; Marat, V Ami du peuple (Bruxelles, 2 vol. in-8, 1865), pour lequel l'auteur fut condamné à quatre mois de prison et cent cinquante francs d'amende ; les Moralistes oubliés (Hetzel, 1858, in-32) ; Tout ou rien (Paris, 1840, in-32) ; Danton (Arcis-sur-Aube, 1879, in-8).

— Rien ne se paye plus cher que Faudace de dire tout haut ce que chacun pense tout bas.

— Nous nous connaissons si bien que nous ne haïssons rien plus que les clairvoyants.

— Nous ne louons franchement que ceux qui s'élèvent sans nous dépasser.

— Il faudrait être de si peu de valeur pour n'avoir pas d'ennemis que je ne conseille à personne de s'en vanter.

— Si les vieillards valent mieux, c'est qu'ils peuvent moins.

i. Alfred Bougeard. Pailles et poutres. P.ris, 1877, in-12.

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— Le bonheur rassemble, mais le malheur réunit.

— Un ennemi tient plus de place dans notre tête qu'un ami dans notre cœur.

— Je lis dans chaque épitaphe cette règle de conduite : Voulez-vous qu'on dise du bien de vous ? Faites le mort.

— Le manque de tact a des prétentions à la franchise.

— Le génie crée, le talent reproduit.

— Quand une femme consent à vous quitter, soyez sûr qu'elle sait où aller.

— Demandez à bon nombre de femmes ce que c'est qu'un sot et vous saurez où la plupart placent l'esprit.

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