PAUL MASSON
M. Paul Masson, auteur des Pensées d'un Yoghi ', ancien magistrat colonial qui servit successivement à Chandernajor, à Pondichéry et à Tunis, ancien attaché à la Bibliothèque Nationale, est plus connu sous le nom de Lemice-Terrieux et même de Trissotin, son pseudonyme pour le Sottisier :1e la Plume de Deschamps. Né à Strasbourg- en 1846, il mourut dans la même ville en 1896 accidentellement : son ?adavre fut retrouvé dans 1' 111 -
Les Pensées d'un Yoghi, au nombre de 350 ne contienîent qu'une faible partie des innombrables pensées de Paul basson publiées dans la Plume, Y Ermitage ou en volumes, ious des pseudonymes bizarres, par exemple le Carnet de eunesse du prince de Bismarck paru chez Savine. Quelquesines de ces pensées non recueillies dans les Pensées d'un Yoghi auraient mérité d'y figurer, par exemple, celle-ci :
« Les fonctionnaires sont comme les livres d'une bibliohèque : les plus haut placés sont ceux qui servent le moins'.»
— Je n'écris que par aphorismes. J'ai remarqué, en fîet, qu'on lisait rarement un article d'un bout à l'autre ; me pensée, toujours.
1. Les Pensées d'an Yoghi, sans nom d'auteur. Paris, Léon Vanier
2. Nous devons tous nos remerciements à M. Henri Mazel qui nous aurait les éléments de cette notice.
35 î LA PI NSél i B INÇAISS
— On m itai .. femme du monde si .suacieu.se d< l'étiquette que ce qui la choquait le plus dans le péché d'Adam et d'Eve, c'est de penser qu'ils n'avaient pas pelé leur pomme.
— La beauté est la clé des cœurs, la grâce le passepartout, la coquetterie le rossignol, et le flirt la pince-monseigneur.
— Toutes nos jalousies n'évitent la férocité que pour sombrer dans le ridicule : elles sont à guillotine ou à tabatière.
— Sur le menu de l'amour on trouve encore par-ci par-là celui du prochain, mais parmi les plats froids.
— L'amour est une harpe éolienne qui résonne d'ellemême ; le flirt, un harmonica nécessitant l'emploi des mains ; le mariage un harmonium qui ne marche qu'à coups de pied.
— On blâme beaucoup ceux qui n'ont ni queue ni tête. Et pourtant ne serait-ce pas là tout le secret du bonheur ?
— La plupart des femmes entendent le mot constance comme le lac de ce nom dont les eaux limpides baignent quatre pays différents.
— On recommande d'éviter l'esprit facile. Quant à l'esprit difficile son nom le condamne. A quel genre alors se vouer ?
— Il est des gens qui ne dépouillent jamais leur orgueil. Leurs fautes, s'ils les passent en revue, c'est à cheval.
— Allons, encore quelques siècles, et on nous appellera le moyen âge. Il faut avouer que nous ne l'aurons pas volé.
i \ PENSÉE FRANÇAISE 355
— Le sort Je l'amour, cette passion tragique, dépend d'un tout petit pli du visage ; il naît d'un sourire, niche dans une fossette et meurt d'une ride.
— Par la parole l'homme est supérieur à l'animal ; par le silence à lui-même.
— Sur le manuscrit de l'amour, l'homme surcharge, la femme biffe.
— Les gens bien doués sont condamnés d'avance à brûler plus longtemps que les autres dans le Purgatoire, étant plus riches en phosphore.
— Y a-t il rien de plus mélancolique que de voir un couple de canards s'égarer dans un champ de petits pois?
— Je ne sais pourquoi la foi du charbonnier me paraît toujours un peu intéressée. N'aura-t-il pas à alimenter les feux éternels ?
— Il en en est des idées comme des femmes. Dix coûtent moins à nourrir qu'une seule à habiller.
ACHILLE T0UIIN1EU
M. Achille Tournier, préfet honoraire, né à Livry, en Argonne, en 1847 est l'auteur des Pensées d'automne.
Les Pensées d'automne l, publiées d'abord à Gray (Bouffant frères, éditeurs-imprimeurs, 1 vol. in-32),en 1888, avec préface de Maurice Boukay, ont été rééditées en 1897 chez OllendorlT, dédicacées au statuaire Boucher, avec introduction de M. Jules Guillemot.
Outre ces maximes, Achille Tournier a publié : Abraham Lincoln, 1 vol. in-8 ; Les Syndicats ouvriers, 1 brochure in-8 ; Le Scrutin d' arrondissement et sa politique, in-8 ; Discours et conférences.
— Il n'y a rien de plus intéressant que la conversation de deux amoureux qui se taisent.
— Quand une femme parle souvent d'un homme c'est qu'il lui plaît ; quand elle cesse d'en parler, c'est qu'il lui a plu.
1. Pensées d'automne par Achille Tournier, 1 vol. in-32, Paris, Ollendorf, 1897, avec ces épigraphes :
Savoir pour prévoir ; aimer et penser pour agir.
(Devise cTAuguste Comte).
L'art de douter est le meilleur secret pour apprendre.
Bacon.
La septième édition a paru en 1910.
LA PBNSBE FRANÇAIS] 357
— Les bouderies sont des entr'actes qui préparent les rentrées dans la comédie de l'amour.
— Quand les beaux yeux de la femme sont voilés par les larmes, c'est l'homme qui ne voit plus clair.
— L'aiguille d'une jeune fille qui coud est un bâtonnet de chef d'orchestre qui bat silencieusement la mesure au fol essaim dansant des pensées d'amour.
— C'est au contact des femmes que l'homme le plus fin acquiert encore plus de linesse.
— L'amour fécond est le seul défi que nous puissions porter à la mort.
— C'est à l'école que l'on commence à cesser d'être soi.
— J'excuse les indiscrets. Ils punissent les bavards.
— Gens d'esprit ne décriez pas trop les imbéciles et songez que c'est surtout la plaine qui donne du relief à la montagne.
— Il faut être bon non par amour des hommes mais pour rester en paix avec soi-même.
— Démocratie, médiocratie.
— Pour gouverner les hommes, il faut à la fois les connaître, les mépriser et les aimer.
— Le démocrate est volontiers grossier, car il considère l'impolitesse comme de l'indépendance.
— Ce qui rend le suffrage universel si dangereux, c'est qu'il peut fournir un piédestal à toutes les nullités et une absolution à tous les crimes.
— Les politiciens font de la politique comme les filles publiques font de l'amour, par métier.
LA PI -i i FRANÇAISE
— Si les femmes étaient vraiment sincères dans leur amour pour le mari et dans leur crainte de plaire à d'autres hommes, elles s'enlaidiraient pour aller dans le monde et s'embelliraient pour rester à la maison.
— La femme est le seul mammifère auquel il faille rappeler qu'on doit allaiter ses petits et que c'est même dans ce but que la nature l'a pourvue de deux mamelles.
— Le plus grand miracle des religions est la foi qu'elles inspirent à leurs adeptes.
— Si le mépris soulage souvent, il ne console jamais.
— La mort du riche venge le pauvre.
— Entre honnêtes gens les promesses sont des dettes et entre politiciens des amorces.
— Quel parlementaire eût fait Judas 1
i k ! , NSI i I