JULES LAFORGUE
Jules Laforgue naquit à Montevideo, en 1860. La vie lui fut assez dure. En novembre 1881, il obtient le poste de lecteur de T Impératrice d'Allemagne. En janvier 1883, il rencontre miss Leah Lee qu'il épouse à Londres, le 31 décembre 1886. Il revient à Paris : lui et elle sont malades et au moment où il a vaincu l'idée de la mort, où il se croit « sauvé », il meurt, le 20 avril 1887, à vingt-sept ans.
Cet exquis et subtil poète avait publié : Les Complaintes, Paris, 1885, in-12 ; V Imitation de Notre-Dame la lune, Paris, 1885, in-12 ; Le Concile féerique, Paris, 1887, in-8 ; Moralités légendaires, Paris, 1887 ; Les derniers vers de Jules Laforgue, Laon, 1885. Ses œuvres complètes ont été réunies en trois volumes et, dans le Mercure de France des 15 octobre et 1er novembre 1912, M. Paul Escoube lui a consacré une remarquable étude.
— Le bonheur — tous nous le voyons réellement dans l'avenir, et nous nous rappelons réellement ses échappées dans le passé. On n'a jamais entendu personne, nul l'a jamais pu se dire : « Le voici, j'en ai, en ce moment, ians le présent. » C'est le contraire de la sensation de dvre. Et en fin de compte, nous n'aurons pas été heueux ; nous n'aurons pas vécu.
1. Œuvres complètes de Jules Laforgue. Mélanges posthumes.- Paris, Tercure de France, 1903.
— Cette frousse réflexe, devant la mort — qui fait que nous sanglotons, secoués de pardons, devant un ennemi agonisant, que nous trouvons génial un artiste qui vient de trépasser, et notre mère une sainte, etc. — Quand est-ce que nous nous montrerons adéquats à la valeur des phénomènes et vivrons-nous justes de Ion ?
— C'était un caractère cousu d'incertitudes. Il ne se décidait jamais. Ira, ira pas. L'aimera, l'aimera pas. Ceci est sans doute la marque d'une organisation supérieure, d'un être qui, dédomesiiqué des ambiances, n'est influencé en aucun sens, ne se décide à rien et est, par conséquent, un être sur le seuil du libre-arbitre.
— Un cabinet de travail. — Quelque chose comme la cage d'un ascenseur.
— Les larmes. — Homme ou femme, la preuve la plus forte que l'on puisse donner de son amour, ce sont de vraies larmes. Ah 1 les larmes devraient être une vn> ginité que l'aimée nous réserverait et que nous crèverions comme l'autre...
— Le signe de l'amour. — A quoi reconnaît-on qu'un homme et une femme passant en couple dans la rue nei sont pas mariés ? C'est quand ils s'occupent l'un de l'autre.
— La pierre de touche. — Tu reviens de votre voyage de noces : certes, tu ne connais vraiment pas encore tî femme. Mais voici la pierre de touche ; c'est la façoi dont elle va comprendre et goûter tes amis, tes cher amis choisis et éprouvés à loisir, — ceux-ci ne sont-il pas, en effet, autant d'exemples de ce que tu aurais p et voulu être si tu n'étais pas toi-même.
— L'éternelle formule pour renouer une liaison ble; sée, c'est de supplier l'objet aimé de vous accorder ub| « dernière entrevue ». On n'est pas plus innocent.
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