‹ La pensée françaiseChapitre 137 sur 155 · COURTELINE · texte numérisé non relu

COURTELINE

Georges Moinaux dit Courteline, né à Tours le 25 juin 1860, un de nos plus grands écrivains contemporains. A écrit : Les Gailés de l'Escadron (1886) ; Le blQ Chasseurs (1887) ; Le train de S heures 47 (1888) ; Madelon, Margot et Cie (1890) ; Lidoire et la Biscotte (1892) ; Bouhouroche (1893); Les Facéties de Jean de la Butte (1893) : Messieurs les Bonds de Cuir (1893) ; Un client sérieux (1897), etc.

Au théâtre : Lidoire ; Le Droit aux Etrennes ; Ilortense, couche-toi ; Monsieur Badin ; Les Boulingrin ; La Cinquantaine ; La Paix chez soi ; La Conversion d'Alceste ; etc.

A consulter les études de Paul Acker, Ernest Lajeunesse, Marcel Schwob (Spicilège) et l'excellente biographie de Roger le Brun (Sansot. Célébrités d'aujourd'hui, Paris, 1906)..

— Sganarelle et La Palisse sont peut-être de tous les hommes (moi compris) les seuls qui ne me paraissent pas ridicules.

— Les hommes ne sont pas très rares qui aiment à faire payer les services qu'on leur rend.

— S'il fallait tolérer aux autres tout ce qu'on se permet à soi-même, la vie ne serait plus tenable.

1. La Philosophie de Georges Courteline, avec un périrait. Paris, Ernest Flammarion, 1917.

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— La douceur de l'homme pour la bête est la première manifestation de sa supériorité sur elle.

— On change plus facilement de religion que de café.

— La jeunesse est le plus grand des biens ; la vieillesse la pire des disgrâces.

— Il vaut mieux gâcher sa jeunesse que de n'en rien faire du tout.

— Je rougis d'avouer que les femmes dont on dit qu'elles ont été belles ont à mes yeux le même intérêt que les pièces démonétisées dont on dit qu'elles ont été bonnes.

— La femme est meilleure qu'on le dit : elle ne blague les larmes des hommes que si elle les a elle-même fait couler.

— La femme ne voit jamais ce que l'on fait pour elle. Elle ne voit que ce qu'on ne fait pas.

— Le fait du véritable artiste n'est pas de se méplaire en ce qu'il fît, mais de le comparer tristement à ce qu'il avait voulu faire.

— Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet.

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ALBERT GUINON

Albert Guinon, né à Paris, en 1863, publie régulièrement, dans le Figaro, des pensées sous ce titre : Remarques. Auteur dramatique, il a fait représenter : au Vaudeville : Les Jobards (avec M. Denier) ; A qui la faute ; le Joug (avec J. Marni) ; le Partage, et Décadence ; au théâtre Antoine : Seul, et le Bonheur ; à l'Odéon : Surprise (avec M. Bouchinet). Ces diverses pièces ont été publiées par la Librairie théâtrale.

— Combien il est plus facile d'être bon pour une femme qu'on n'aime pas que pour une femme qu'on aime !

— Le vrai secret du bonheur c'est d'exiger beaucoup de soi et très peu des autres.

— Quand nous demeurons attachés à une femme qui nous rend malheureux, c'est moins par fidélité amoureuse que par un calcul inconscient du cœur qui court après sa mise.

— La plus sûre marque d'une nature inférieure, c'est de vouloir ne paraître étonné de rien.

— Certaines femmes ne sont satisfaites d une preuve d'amour que si l'homme en est abaissé.

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— Lorsqu'on aime passionnément une femme on n'arrive jamais à s'habituer à elle.

— La grande habileté des humanitaires consiste à renier les devoirs nettement définis pour éviter de les remplir et à créer des devoirs nouveaux qu'ils espèrent bien devoir toujours être impraticables.

— Aux yeux de bien des gens, la morale, c'est simplement les précautions qu'ils prennent pour l'enfreindre.

— Il semble que la chute d'une seule honnête femme porte atteinte à toutes les autres.

— La fierté ne nous paraît vraiment une qualité nécessaire chez une femme qu'à l'heure où nous rompons avec elle.

— Dans la discussion, le propre des femmes est de se rendre à chacun de vos arguments successifs, puis d'échapper d'un seul coup à la conclusion.

— En amitié, il faut plaire ; en amour, il faut dompter.

— Parfois, un seul mot révèle tout un caractère comme un- éclair suffit à illuminer tout un ciel.

— Pour certains hommes, le contact de la femme est délicieux et sa présence insupportable.

— Les passionnés1 soulèvent le monde et les sceptiques le laissent retomber.

— En amour, dans la jeunesse, on est contrit de ses défaites, et, dans l'âge mûr, de ses victoires.

— Quand une femme dit d'un homme : « C'est lui seul qui m'aime », on peut être à peu près sûr que c'est celui-là qu'elle n'aime pas.

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— Les gens qui voudraient supprimer la haine de ce monde et ne garder que l'amour ont la vue bien courte. La haine est à l'amour ce que le balancier est à la pendule.

— Les femmes qui ont pensé trop jeunes à l'argent sont tristes pour la vie.

— A force de donner des droits à tout le monde, la démocratie est le régime qui tue le plus sûrement la bonté.

— L'homme vraiment digne de ce nom, quand il cesse d'être aimé d'une femme, espère au moins cette dernière joie d'être détesté par elle.

— Les Français sont le peuple qui a le plus fortement l'instinct des choses nouvelles et l'horreur d'en adopter l'usage.

— Quand vous voulez faire le bonheur des hommes par pur désintéressement, commencez par les convaincre que vous y avez un intérêt ; sans quoi ils se défieront de vous.

— L'avare éprouve à la fois tous les soucis du riche et tous les tourments du pauvre.

— Ce qu'il y a de très savoureux chez les méridionaux, c'est qu'ils ont renversé les conditions ordinaires du mensonge : chez eux, c'est le menteur qui croit ce qu'il dit et l'auditeur qui ne le croit pas.

— Le fruste plébéien est d'une honnêteté ou d'une malhonnêteté totales. Les gens des classes plus élevées, au contraire, glissent de l'habitude des nuances intellectuelles à l'habitude des nuances morales, c'est-à-dire à la pratique des petites vilenies intermédiaires.

l.\ PENSE] FRANÇAIS!

— Un peuple qui a la liberté de la presse et la liberté du théâtre arrive à tout supporter de ses gouvernants. Car ces deux libertés-là sont comme le virus atténué des révolutions.

— En dépit de la vaine apparence, l'originalité n'est généralement que de la logique supérieure. Et c'est justement ce qui la rend trop forte pour l'illogisme effaré des esprits médiocres.

— Quand une femme vraiment méchante a l'air de s'amender, c'est qu'elle craint de vous amener à ce degré d'indifférence méprisante où sa méchanceté ne porterait plus.

— Un des caractères propres de la jeune fille est d'accomplir avec passion des actes indifférents.

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JULES RENARD l (1864-1910)

Jules Renard naquit à Chalons (Mayenne) en 1864 et mourut à Paris en 1910. Parmi ses œuvres, citons : Crime de village (1888) ; Sourires pinces (1890); YEcornifleur (1891) ; Coquecigrues (1893) ; La lanterne sourde (1893): Le Coureur de filles (1894) ; Poil de carotte (1894) ; Histoires naturelles (1896) ; La maîtresse (1896) ; Bucoliques (1898). Jules Renard écrivit plusieurs pièces dont une,/e Plaisir de rompre, connut en 1897 un vif succès. En 1919, la maison Crès a publié de lui un roman posthume, les Cloportes, dont M. Henri Bachelin a commenté l'histoire avec une fervente émotion.

— Faites-donc du théâtre ! Si vous ne devenez pas un bon auteur dramatique, ça vous formera toujours le caractère.

— Xon seulement les auteurs n'acceptent que les éloges, mais encore ils exigent qu'on ne dise que la vérité. Comment faire?

— Çà et là, un four purifie l'auteur à succès.

— Quelle jolie pièce aimable, humaine, généreuse ! on dirait un acte de contrition.

1. Jules Renard. L'œil clair. Edition de la Nouvelle revue française. Paris, 1914.

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— Un critique ne doit dire que la vérité. Il doit aussi la connaître.

— L'auteur : vous feriez mieux de faire des pièces. Le critique : vous feriez mieux de n'en pas faire.

— Jeudi soir, à neuf heures, première représentation de... Prière de n'envover ni Heurs ni couronnes.

— L'auteur : Enfin, considérez que je suis jeune !

Le critique : Ça m'est égal ! ayez du talent 1 Un jeune qui n'a pas de talent, c'est un vieux.

— On est toujours bon critique pour quelqu'un: pour l'auteur ou pour ses amis.

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