‹ La pensée françaiseChapitre 141 sur 155 · MARCEL LENOIR · texte numérisé non relu

MARCEL LENOIR

Marcel Lenoir, né à Montauban en 1872, est non seulement un peintre, — un « enlumineur » ainsi que l'a dit excellemment AI. René Ghil *, — c'est aussi un penseur et un poète ainsi qu'il l'a montré en 1908, en publiant : Raison ou déraison *.

— L'homme naît aveugle et meurt myope.

— Ne te mets pas au pied des montagnes si tu veux en voir les sommets.

— L'homme d'affaires réfléchit, le sage pense.

— L'amour, un échange de deux procédés plus ou moins convenables.

— Tout bienfait cache une mauvaise action.

1. René Ghil. Marcel Lenoir. Elude lue devant la Société « L'art pour tous » en l'atelier de Marcel Lenoir. Paris, 1906.

2. Raison ou déraison du peintre Marcel Lenoir, petit in-4, Paris, « l'Abbaye », 1908. Avec cette épigraphe :

Morlels ! plaignez-moi.

J'ai peine profonde !

Sur quoi donc se fonde Tout mon piètre moi...

— Le courage physique est le complément de la lâcheté morale.

— Le génie n'a cure du talent.

— Nous passons plus de temps à parler de nos ennemis qu'à dire du bien de nos amis.

— Quand on ne sait écrire, il ne reste à dire que de belles choses.

— On a toujours trop de faux amis et jamais assez d'ennemis sincères.

— A qui croire, si Ton doute de soi !

— L'homme n'a recours à la vérité qu'étant à court de mensonges.

— Sur l'enfant : de tous ses jouets le plus méprisé par lui c'est l'homme.

— Je croirai à la justice le jour où elle n'exercera plus.

— Si tu veux faire de grandes choses, intéresse-toi à ce que les uns et les autres dénomment de petits riens.

— Accompagner un des siens à sa demeure dernière,, c'est prendre conscience de sa propre existence.

— On se croit grand quand, en soi, la notion de la mesure disparaît.

— Dès son berceau, Fenfant assiste à la marche au tombeau des siens.

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CHARLES RÉGISMAXSET

Charles Régismanset, né à Paris, le 22 juillet 1877, a fail paraître, outre ses maximes, publiées en quatre séries sous le titre de Contradictions, lre et 2e série, 1907, 1909, de Nouvelles contradictions (3e série), Paris, 1911 et Le Livre de mes amis, 1921 l ; Sensations coloniales (1900) ; Le Ministère des colonies (1902); La femme à l'enfant, roman (1904) ; Reflets, réflexions, paysages, poèmes (1904) ; V Ascète, roman (1907) ; Essai sur la colonisation (1907) ; Philosophie des parfums (1907) ; Le Gardien du silence, poèmes (1908) ; Les Conseils coloniaux métropolitains, législation comparée (1909); Bibliographie de VAbyssinie (1909); Les Fonctionnaires (1911); La Vaine Chanson, poèmes (1912); Questions

1. Contradictions, lra série, Paris, Sansot, 1906. Avec cette épigraphe :

« J'aime beaucoup les recueils de pensées « morales, même médiocres. Elles me font « faire une espèce d'examen de conscience. »

Stendhal.

Contradictions, 2" série, Paris, Sansot, 1909. Avec cette épigraphe :

« La meilleure philosophie relativement au « monde est d'allier, à son égard, le sar- « casme de la gaieté avec l'indulgence du « mépris. »

Chamfort.

Nouvelles contradictions, 3" série, Paris, Sansot, 1911. Avec cette épigraphe :

« Que rien ne t'inquiète ! Que rien ne « t'épouvante ! Tout passe ! »

Sainte Thérèse.

1 10 LA i'i M8ÉB i ■ w;aisi:

coloniales (1912) ; Le Bienfaiteur de Ut ville, roman (1912) ; Les lauriers salis, roman (1913) ; L'ombre sanglante (Poèmes), 1919; Un fou parmi les hommes, roman, 1920.

El en collaboration, avec G. François : L'Afrique Occidentale à l'Exposition de Bruxelles (1910) ; avec Charles Lisant : Manuel du candidat (19i)6) ; avec Louis Carlo : La concurrence des colonies à la métropole (1906) ; L'Exotisme, la littérature coloniale (1911), avec G. François et Fernand Rouget, Ce que tout Erançais devrait savoir sur les colonies (1918).

— L'homme fait volontiers partager ses peines à autrui ; jamais ses joies.

— Optimisme, cécité.

— L'homme agit d'abord. Il forge, ensuite, des motifs.

— On peut persuader quelqu'un. Le convaincre, jamais.

— Dis-moi qui tu hais, je te dirai qui tu hantes.

— Tu méprises tes semblables, quel mal leur as-tu fait ?

— Tout s'imite, tout se peint, surtout le naturel.

Le Livre de mes amis (Contradictions, 4e série). Paris, Sansot, 1921, avec ces épigraphes :

« Vous le dirai-je ? Mesdames et Messieurs, « ce que j'admire le plus en Montaigne c'est « le don qu'il a de se contredire en tout ce « qu'il dit. A ce signe on reconnaît un esprit « heureux et bienfaisant... On ne peut être « souvent d'accord avec soi-même quand on « est, à soi seul, un monde... »

Anatole France.

« Si ces pensées ne plaisent à personne, « elles pourront n'être que mauvaises; mais « je les tiens pour détestables si elles plaisen! « à tout le monde. »

Diderot.

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— Ce qu'il y a de plus vicieux dans la femme, c'est l'homme.

— Si l'homme ne mourait point, il n'aurait jamais inventé l'Eternité.

— Je ne crains pas la mort... d'autrui.

— Tu dis : « Je veux, donc je peux. » Il faut dire : « Je peux, donc je veux. »

— La prière use la foi.

— Il n'y a aucun mal à se regarder vivre pourvu qu'on se regarde « bien vivre ».

— Quand nous voyons certains individus s'emparer de notre opinion et la défendre, nous éprouvons aussitôt le désir d'en changer.

— Nous sommes indulgents pour les autres dans la mesure où ils nous sont indifférents.

— L'homme d'esprit torturé par une femme peut toujours se consoler en pensant qu'il sera vengé par un imbécile.

— L'homme a la rage de conclure. La nature ne conclut jamais.

— Nous attribuons au sort tous nos malheurs ; jamais notre prospérité.

— Se distraire, c'est le plus souvent changer d'ennui.

— La reconnaissance du ventre est peut-être bien la seule légitime.

— J'ai connu une jeune femme qui ne riait jamais afin d'éviter les rides. Elle est morte à vingt-cinq ans.

— Il n'est pas donné à tout le monde d'être méchant.

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— Solidarité ? Morale de pauvres.

— Ne dis pas : « Je n'aime pas la danse. » Dis : « Je danse mal. »

— Les poètes d'aujourd'hui ont tous du génie ; mais bien peu ont du talent.

— Est-ce bien « les puissants du jour » qu'il faut dire ? Serait-ce pas plutôt « les impuissants d'une heure » ?

— Ne réfléchis pas. Tu dirais une sottise.

— Tu me demandes à quoi servent les vipères ? Et toi, à quoi sers-tu ?

— Mes maximes t'ont fait penser, dis-tu ? Ne te vante donc pas !

— L'homme qui supporte mal la société des sots se trouve souvent seul.

— On peut faire faire bien des choses à un homme bête en invoquant son intelligence.

— Il est plus aisé pour une jolie femme d'être sage que de passer pour telle.

— Etre toujours mécontent de soi, c'est la pire des hypocrisies.

— 11 ne faut pas être trop aimé pour être heureux.

— Un homme plein de lui-même est toujours vide.

— Donner sa confiance à quelqu'un est imprudent. La lui prêter suffit amplement.

— Il faut beaucoup d'orgueil pour se croire obligé d'être modeste.

— Quand un homme a triomphé d'une femme, il rappelle sa maîtresse.

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— L'âge d'or ? C'était l'âge où l'or n'existait pas encore.

— Le malheur s'augmente et le bonheur s'amoindrit à la réflexion.

— Lorsque G... veut nuire à quelqu'un, il suflit qu'il en dise du bien.

— Tu te résignes, dis-tu. Avoue donc que tu es impuissant.

— Les médiocres doivent obéir à la règle : c'est pour eux'qu'elle fut édictée.

— Arcas t'ennuie, dis-tu. Mais toi, crois-tu que tu l'amuses ?

— Soyons avares de notre mépris : c'est ce qu'il y a de meilleur en nous.

— Vaincre mes passions ? A quoi bon ! Si, seulement, je pouvais les satisfaire !

— Les Anglais admireraient-ils autant Napoléon Ier s'ils ne l'avaient pas vaincu ?

— La méchanceté est presque toujours spirituelle. Hélas 1 on n'en peut dire autant de la bonté !

— Combien de gens nous aimeraient moins si nous les aimions davantage !

— Il me suffit de posséder Festime des autres et de moi-même, me dit cet homme.

— Il faut savoir se contenter de peu, lui répondis-je.

— Ce n'est pas ce qu'on dit, mais ce qu'on fait entendre et imaginer qui est important lorsqu'on formule une pensée. Partant, plus le lecteur est intelligent et meilleur lui paraît un livre de maximes.

•Il \ LA l'iNSl'.l. FRANÇAISE

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