AUREL
Aurel est née à Granville. Elle débuta à la Fronde aux dernières années de ce journal. Elle publia d'abord Sans halle, puis les Jeux de la flamme, roman (1906) ; une étude : Comment les femmes deviennent écrivains,' Voici la femme I (Essais) ; une pièce en un acte : Pour en finir avec Vamant, deux entretiens, l'un sur Jean Dolent (1910), l'autre sur Jean Dolent et la femme (1911), Le Couple (Essai d'entente) (1911), la Semaine d'amour, les Saisons de la mort, Rodin devant la femme, etc.
— Le génie, c'est la lecture à livre ouvert dans ce qu'on aime.
— Le secret de la domination pour la femme est de beaucoup demander à son entourage. Celle qui peut se passer de bien des choses n'aura rien.
— On tue comme un parfum l'ivresse qu'on dévoile.
— La vérité pique et banderille les hommes. Elle écorche les femmes.
— Qu'il est bas en humanité celui qui craint d'apitoyer I
— Chaque fois qu'un nouvel ami ouvre mon livre, que j'ai envie de l'avoir écrit autrement !
— Donc, amenez enfin la seule passion alerte et perfectible : l'amitié. Elle seule est étrange et digne du livre. Elle seule est passionnelle étant inexplicable. Pai
LA I'I'.nm'i IBASÇAU I 13
mel miracle vit-on délicieusement avec des gens, sans iens charnels ? On crut que ce problème était celui du :œur, mais il touche à tout l'Etre.
— La seule passion qui n'ait pas un arrière-goût de a peste est l'amitié.
— Mes amours sont en moi comme autant de repro- :hes. Des amours mortes, je n'ai gardé que les gestes, es mots ou les instants d'où pouvait naître une belle imitié.
— Je sais tout ce que j'ai fait pour certains, pour ceux jue j'aime peu. On oublie ce qu'on fait pour qui l'on lime.
— Les désolés sont des harpes tendues dont le moin- Ire contact délivre l'harmonie. La douleur en leurs jeux veille comme une lampe. Eux seuls perdent le pouvoir l'ennuyer. C'est au festin de la grandeur qu'ils me conluisent.
— La vanité, c'est la vertu des dieux ; les grands îommes l'ont tous osée.
— Celle qui peut donner la toute-joie ne donnera jamais le tout-repos.
— Ah ! qui leur donnera la leçon de jeunesse !
— Savent-ils, ceux qui m'ennuient longuement, la pelletée de terre qu'ils ajoutent sur moi.
— Décrire est déchoir de la majesté d'écrire ; décrire 3st l'inverse d'écrire.
— Ce qui fatigue encore le moins, c'est le travail.
— Ma seule existence blesse ceux qui ne veulent pas n'aimer.
i \ il N8ÉE FRANÇAISE
— Le seul plaisir actif de la fidélité à un c'est qu'elle ennuie deux ou trois autres.
— Pour la femme, il n'y a pas de second, car le premier prend toujours tout.
— J'écris l'amour, je l'ânonne, je le déchiffre. Je le dessine pour arriver à le lire.
— Je relis tendrement dans mon livre nouveau ce que chacun de mes amis préfère.
— Entre les heureux et les malheureux je sais enfin qu'il ne faut plus voir même une nuance.
— Il y a les beaux livres que j'aime et les beaux livres que je n'aime pas. Je ne sais lesquels je préfère ; je re-j viens à ceux que je n'aime pas.
— Quel grand souci de moins qu'un bonheur poursuivi qui devient impossible !
— Le meilleur des amours ne console personne : cecij posé, rien ne peut plus nous décevoir.
PRINCESSE KARADJA l
— Ne pas jouer du piano, c'est un talent aussi rare que charmant.
— Le monde est une ménagerie où l'on a omis de séparer les loups des agneaux.
— La poésie est Fart de se plaindre, joliment, d'un chagrin qu'on n'a pas.
— Un cœur qui est à vendre ne vaut pas la peine d'être acheté.
— Il vaut mieux commencer par céder que finir par là.
— Beaucoup de choses valent la peine d'être dites ; peu, d'être répétées.
— On enterre plus souvent ses amitiés que ses amis.
— En amour, plus on parle, moins on dit.
— Ceux qui nous déplaisent le plus sont ceux à qui nous plaisons le moins.
— Il faut être bien jeune pour s'offenser qu'on vous trouve tel.
— Si tu désires faire une chose : prends l'avis de tes amis ; si tu veux la faire : ne consulte personne.
1. Mary, Princesse Ka.ra.dja,. Etincelles, 1 vol. in-8. Paris, Alphonse Lemerre, 1892.
i if'i i.\ pi mal lit wr.Aisi-
— On oublie plus vite un grand chagrin qu'une petite humiliation.
— Regretter un amour perdu, c'est le faire revivre à moitié.
— Le monde ne finira probablement ni par l'eau ni par le feu. Il sera enseveli sous des couches successives de littérature, et le dernier habitant aura péri d'ennui avant d'être submergé.
— S'il existait un homme parfait, il lui suffirait de se savoir tel pour ne plus l'être.
— L'amour périt rarement de mort violente : il s'éteint tout doucement.
— L'expérience est une science bien coûteuse : souvent on la paie plus qu'elle ne vaut.
— Les torts d'un bienfaiteur n'excusent pas l'ingratitude.
— Il faut être bien disgracié pour n'inspirer de l'envie à personne.
— Vouloir réparer une sottise, c'est la souligner.
— Les pensées des hommes sont comme des étincelles : la plupart s'éteignent dans la nuit du temps, mais, parfois, il y en a une qui réussit à allumer un grand feu.
LA HVSKi: FRANÇAI- \ \~