Le Gucz de Balzac, Œuvres. Paris, Lecoffre
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famille, formulait devant nous le regret (il pensait à ses enfants !) qu'il n'existât point un livre, mieux, le livre contenant d'utiles règles pour se conduire dans la vie, une sorte de « moyen de parvenir » honnête et point trop cynique ! Reprenant un mot célèbre de M. Jules Lemaitre, nous eussions pu lui dire : — « Relisez le catéchisme! » — Nous n'avons point osé. Nous eussions pu aussi nous moquer : — Pas de règle de vie qui soit absolue. Ce qui vaut pour toi, ne vaut pas pour moi. — Mais pourquoi ce scepticisme? Et, simplement, comme nous projetions d'écrire ce livre nous l'avons prié d'en attendre la parution.
Ce livre, il est fait. Aux lecteurs pressés que sont la plupart des lecteurs d'aujourd'hui, il offre un maximum de substance dans le plus petit nombre de lignes. Ajoutons, ce qui ne gâte rien, qu'à rassembler les éléments de cet ouvrage, nous avons connu la plus pure et la plus désirable ivresse. La plupart de nos maximistes sont, en effet, gens d'esprit. Or, quoi qu'en puissent penser certains pauvres, l'esprit, n'est-ce point ce qu'il y a de meilleur dans la pensée française ? L'esprit, ne nous resterait-il que cela, ce suffirait encore à faire de nous le premier peuple du monde ! L'esprit, on ne s'en lasse jamais, c'est la précieuse liqueur, mieux que divine, humaine, dont on est prêt toujours à s'abreuver !
Et, c'est avec joie que nous avons convié aux honneurs de ce spicilège, un certain nombre d'auteurs, de moralistes oubliés, dont les traits méritent d'être remis au jour, d'autant qu'ils n'ont rien perdu de leur actualité. Certains même sont à ce point méconnus ou inconnus que, malgré de laborieuses recherches, nous
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n'avons pu découvrir le moindre élément permettant d'établir leur biographie : mais leurs pensées n'en sont pas moins bonnes ' !
Quand ils auront pris connaissance de ce recueil, crudits et critiques ne manqueront point de constater l'omission, par nous commise, d'un certain nombre d'auteurs de maximes ou d'écrivains généralement réputés tels, en tant que moralistes. Par avance, nous nous excusons des oublis dont nous avons pu nous rendre coupables involontairement : depuis le xvie siècle, il fut tant écrit de maximes et de pensées que nous ne pouvons prétendre offrir au public une nomenclature absolument complète des écrivains qui ont pratiqué ce genre littéraire. 11 est, par ailleurs, certaines omissions que nous avons commises volontairement : il est, en effet, des auteurs réputés comme « moralistes » que nous avons cependant écartés de cette anthologie, parce qu'ils ont complètement négligé « ce raccourci » dont nous parlons plus haut, ces phrases brèves, concentrées et synthétiques, qui sont caractéristiques et méritent seules le nom de maximes. Ces auteurs ont écrit des essais, des traités dogmatiques, des « moralités » aux chapitres étendus ; partant, ils ne sont point nôtres. Ainsi, nous avons éliminé les Essais de Montaigne, les considérations sur F Amitié de La Boëtie, le traité de la Sagesse de Charron, les Considérations sur les mœurs de Duclos, les Considérations sur le génie et les mœurs de ce siècle, anonymes, parues en 1767 ; tous ouvrages qui ne sont assurément point des livres de maximes. Nous insis-
1. C'est le cas, notamment, de Paul Auguez, Basta, d'Yzarn-Freissinet, de Livry, de l'abbé Sergé et de quelques autres.
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tons sur ce point : la maxime-type, c'est la maxime de La Rochefoucauld, brève et concise. La maxime, c'est la sentence absolue et décisive, le jugement juste ou injuste, peu importe, formulé sur l'homme et sur le monde. De la bouche du sage ou de celui qui se veut tel, elle tombe et s'affirme. Elle se présente, en général, nue, ne cherchant point à s'orner de vaines images. Qu'elle soit une affirmation paradoxale, une boutade, ou une vérité de La Palisse — cela arrive ! — elle fait figure autoritaire. Cet autoritarisme, cette sécheresse, qui choquent parfois et amènent à s'insurger le lecteur, qui pense : « De quel droit ? », sont appréciables quand le jugement porté sans appel est bref. Sa brièveté fait excuser le caractère tranchant de la formule. Le lecteur pense : « L'auteur exagère, mais n'abuse pas ! » — 11 sourit et il pardonne ! Cette indulgence s'évanouit quand la sentence s'adorne de raisonnements verbeux, diffus et filandreux, car une telle sentence ne mérite point d'appartenir au genre rapide, partial, injuste et paradoxal, mais si français, qui est le genre des maximes !
Nous avons, de même, écarté de cette anthologie, les recueils d'Anas, qui parurent en grande quantité au cours des xvne et xvui6 siècles, encore que ces recueils renferment mainte boutade qu'on pourrait qualifier maxime. Nous avons proscrit de même, — notre cadre étant limité, — les ouvrages intitulés l'Esprit de Thomas, l'Esprit de Voltaire, de Jean-Jacques Rousseau, ou bien encore certains recueils de Pensées arbitrairement composés, tels par exemple, les Pensées sur divers sujets de morale et de religion de Massillon. Ces ouvrages, en effet, pas plus que ceux qui, à leur imita-
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tion, ont été composés de nos jours1, ne sont des livres (l<i pensées ou de maximes. Ce sont des recueils de pas- Bages extraits d'œuvres générales, telles que romans ou pièces de théâtre et qui prétendent représenter la quintessence des ouvrages d'un auteur donné. Rien de plus arbitraire : nous avons dû ne considérer comme livres de maximes que ceux publiés par leurs auteurs sous cette forme. A cette règle, nqus avons, d'ailleurs, apporté quelques exceptions qui s'imposaient, notamment pour Balzac, Barbey d'Aurevilly et quelques autres. Nous estimons, en effet, que c'est une malhonnêteté littéraire que d'isoler dans un texte compact un certain nombre de phrases et de les intituler « maximes » alors que Fauteur n'eut jamais la pensée de les présenter sous cette forme. A séparer ces phrases du contexte, on en dénature fatalement le sens. C'est là un crime de lèse-probité littéraire. De même nous n'avons pas cru devoir citer de pensées de Berlioz ni de Baudelaire, qui en écrivirent cependant de fort belles et fort originales. Celle-ci est de Berlioz: « Elevons-nous au-dessus des misères de la vie et chantons d'une voix légère le gai refrain si connu : Dies irae ! » et c'est Baudelaire qui a dit :
— Le premier venu, pourvu qu'il sache amuser, a le droit de parler de lui-même.
— Je comprends qu'on déserte une cause pour savoir ce qu'on éprouvera à en servir une autre.
— il serait peut-être doux d'être alternativement victime et bourreau.
1. C'est ainsi qu'ont paru des Pensées extraites de l'œuvre de MM. Alfred Capus. Henry Bataille, Jean Lorrain, de Curel, Romain Rolland, Marcel Prévost etc.
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— Il y a dans tout changement quelque chose d 'infâme et d'agréable à la fois, quelque chose qui tient de l'infidélité et du déménagement.
Cela suffit à expliquer la Révolution française.
— La musique creuse le ciel.
— Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste... etc. l.
Mais, ces pensées ont été extraites de manuscrits inédits. Qui sait si Baudelaire les eût publiées telles ? N'étaient-elles pas de simples notes qu'il eût un jour modifiées ou interprétées ?
Nous avons, par considération analogue, négligé tels aphorismes, d'ailleurs médiocres, attribués à Alexandre Dumas fils, et certaines pensées de Renan écrites en 1847 et 1848 en vue d'un roman qui demeura inachevé. Entre autres réflexions, Renan disait:
— La vie est trop courte. 11 faudrait une vie pour aimer, une vie pour savoir, une vie pour bien agir, hélas ! et si on veut aimer, il faut presque renoncer à savoir et si l'on veut savoir il faut presque renoncer à aimer. Gela est cruel !
— La femme peut être considérée comme devant conserver à jamais dans l'humanité le sens esthétique, même au sein de la plus affreuse barbarie.
— La plus belle poésie est celle qui n'a pas été mise en vers. Le sentiment réel de deux cœurs qui ne se sont pas soucié de l'exprimer. Car, par là même qu'il est exprimé, il perd.
— Je meurs dans la religion de l'avenir. —
Et nous avons aussi laissé de côté tels extraits de
1. Extrait de Fusées et de Mon cœur mis à nu. Ch. Baudelaire, Œuvres posthumes. Paris, Mercure de France, in-8, 1905.
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l'œuvre de Frédéric Le Play et de Joseph de Maistre, jouvent cités, à tort, comme des « pensées ' » et de .nême en dépit de leur virilité, telles phrases lapidaires de Napoléon 1er.
Les critiques ne trouveront pas davantage ici de pen- :ées de la comtesse de Maure, généralement considérée omme auteur de maximes et qui n'en a jamais écrit : ;'est, du moins, Victor Cousin qui l'affirme'.
D'autre part, pour diverses raisons dont la principale ut la nécessité de nous limiter, nous n'avons pu faire dace dans notre anthologie à tous les maximistes pasés ou présents. Toutefois, à l'intention de ceux de nos ecteurs qui seraient « pris » pour le genre des maximes e cette folle passion laquelle, au dire de Sainte-Beuve, évit vers 1663, nous fournirons, à titre complémenlire, les titres des principaux ouvrages de l'espèce, aniens ou récents, parvenus à notre connaissance, d'abord, ûcueils collectifs, et ensuite œuvres individuelles, dont ous n'avons pu donner des extraits :