‹ La pensée françaiseChapitre 32 sur 155 · DOMAT · texte numérisé non relu

DOMAT

Cet auteur de pensées n'est autre que le savant jurisconsulte né en Auvergne, à Clermont, le 30 novembre 1625. Les détails de sa vie sont peu connus, mais son principal ravrage : Lois civiles dans leur ordre naturel, est universelement réputé. Domat (ou Daumat) n'occupa jamais d'autre )lace que celle d'avocat du roi au présidial de Clermont. Vers a fin de sa vie, de puissants protecteurs réussirent à le faire ippeler à Paris, où le roi le gratifia d'une modique pension. 1 y mourut, le 14 mars 1693, à l'âge de soixante-dix ans.

« En fréquentant le salon de Mme de Sablé, a dit V. Couin dans son livre sur la marquise, Domat et Pascal luinême y trouvèrent tellement établi le goût des sentences et les maximes, qu'ils n'échappèrent point à l'influence régnante ;t qu'il leur fallut sacrifier au génie du lieu. Les portefeuiles de Valant contiennent plusieurs lettres de Domat et nême des vers de sa façon, par exemple, une inscription en rers pour l'entrée du Louvre. Lui aussi il a fait des pensées1 [ui nous révèlent deux côtés tout à fait nouveaux de l'es- >rit et de l'âme du grand jurisconsulte. Il prit de la com- )agnie de Mme de Sablé l'habitude de s'observer, de s'anayser, d'étudier ses goûts, ses sentiments, jusqu'à son humeur ;t de donner à ses réflexions une tournure vive et piquante [ui contraste fort avec le style simple et uni des Lois ciliés dans leur ordre naturel. »

1. Bibliothèque Nationale. Recueil manuscrit de Marguerite Périer, >. 273.

— Il y a une infinité de lois qui ne subsistent que parce qu'on n'a pas le temps de les réformer.

— Les passions sont des lois que les juges suivent.

— Nous faisons dans le palais, qui est le temple de la justice, ce que faisaient les marchands dans le temple.

— Le superflu des riches devrait servir pour le nécessaire des pauvres ; mais, tout au contraire, le nécessaire des pauvres sert pour le superflu des riches.

— Cinq ou six pendards partagent la meilleure partie du monde et la plus riche. C'en est assez pour nous faire juger quel bien c'est devant Dieu que les richesses.

— Les événements sont hors de nous, notre volonté seule est à nous ; ne pouvant régler aucun événement, nous devons nous mettre en état que nul événement ne nous trouble et ne nous empêche d'être heureux.

— Il y a une différence extrême entre la manière dont nous sentons les injustices qui nous regardent et celle dont nous jugeons de celles qui ne regardent que le prochain.

— Les louanges, quoique fausses, quoique ridicules, quoique non crues, ni par celui qui loue, ni par celui qui est loué, ne laissent pas de plaire ; et, si elles ne plaisent pas par un autre motif, elles t plaisent au moins par la dépendance et par l'assujettissement qu'elles marquent de celui qui loue.

— Aujourd'hui, la dévotion et la vertu sont choses fort différentes.

— Ce n'est pas une petite consolation pour quitter ce monde que de sortir de la foule du grand nombre des sots et des méchants dont on est environné.

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— Toutes les sottises et les injustices que je ne fais pas m'émeuvent la bile.

— Un peu de beau temps, un bon mot, une louange, une caresse, me tirent d'une profonde tristesse dont je n'ai pu me tirer par aucun etYort de méditation. Quelle machine que mon âme, quel abîme de misère et de faiblesse !

r.A PENSÉE FRANÇAISE

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