PASCAL
Pascal (Biaise) naquit à Clermoni, le 19 juin 1623. Son père l'amena de bonne heure à Paris et, pour mieux s'occuper de son éducation, se démit de sa place de premier président de la Cour des Aides. Doué du génie mathématique, sur une simple définition de la géométrie, Pascal parvint, dit-on, sans maître et sans secours, jusqu'à la trente-deuxième proposition d'Euclide. A seize ans, il composa un Traité des sections coniques ; à dix-neuf, il inventa la machine arithmétique ; à vingt-trois, il répéta les expériences de Torricelli sur le vide et, en 1649, il publiait la solution d'un problème proposé par le Père Mersenne et que n'avaient pu résoudre les premiers mathématiciens du temps. Fatigué, usé par ses études, il se retira à Port-Royal-des-Champs où il composa ses fameuses Lettres provinciales. Il mourut à Paris, le 19 août 1662, âgé de trente-neuf ans, laissant, outre les ouvrages qui viennent d'être cités, ses célèbres Pensées sur la religion (1670, édition de Port-Royal).
— Il faut avoir une pensée de derrière et juger du tout par là en parlant cependant comme le peuple.
— L'homme est si grand que sa grandeur paraît même en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable ; il est vrai que c'est être misérable que de se connaître misérable ; mais, aussi, c'est être grand que de connaître qu'on est misérable. Ainsi, toutes ses misères
l v pi nséi E B INÇAISS 77
>rouvent sa grandeur ; ce sont misères de grand seigneur, misères d'un roi dépossédé.
— L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la lature ; mais, c'est un roseau pensant. 11 ne faut pas que univers entier s'arme pour l'écraser ; une vapeur, une ;outte d'eau suffît pour le tuer. Mais, quand l'univers écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui 3 tue parce qu'il sait qu'il meurt et l'avantage que l'uni- €rs a sur lui, l'univers n'en sait rien. Ainsi, toute notre ignité consiste dans la pensée. C'est de là qu'il faut nous élever, non de l'espace ou de la durée. Travaillons donc
bien penser : voilà le principe de la parole.
— La curiosité n'est que vanité, le plus souvent on e veut savoir que pour en parler. On ne voyagerait as sur la mer pour ne jamais rien en dire et pour le eul plaisir de voir, sans espérance de s'en entretenir imais avec personne.
— La vertu d'un homme ne doit pas se mesurer par es efforts, mais par ce qu'il fait d'ordinaire.
— Voulez-vous qu'on dise du bien de vous ? N'en dites oint.
— L'homme n'est ni ange ni bête et le malheur veut ue qui veut faire l'ange fait la bête.
— On se persuade mieux, pour l'ordinaire, par les lisons qu'on a trouvées soi-même que par celles qui mt venues dans l'esprit des autres.
— Se moquer de la philosophie, c'est vraiment phi- >sopher.
— La dernière chose qu'on trouve en faisant un ourage est de savoir celle qu'il faut mettre la première
78 LA PI'NSKK FH.W/.AISi:
— Je ne puis pardonner à Descartes ; il aurait bien voulu, dans toute sa philosophie, pouvoir se passer de Dieu, mais, il n'a pu s'empêcher de lui faire donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement ; après cela, il n'a plus que faire de Dieu.
— Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ; on le sent en mille manières. Il aime l'être universel naturellement et soi-même naturellement selon qu'il s'y adonne et il se durcit et contre l'un l'autre à son choix. Vous avez rejeté l'un et conservé l'autre : est-ce par raison ?
— Jamais on ne fait le mal si pleinement et si gaiement que quand on le fait par un faux principe de conscience.
— Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger.
— Les inventions des hommes vont en avançant de siècle en siècle. La bonté et la malice du monde en général restent la même.
— Le hasard donne les pensées ; le hasard les ôte ; point d'art pour conserver ni pour acquérir.
i. \ Pi N-i'i Pfl w; U81 " »