NICOLE
Nicole, l'un des plus illustres cénobites de Port-Royal, naquit à Chartres, le 19 octobre 1623. Destiné à l'église, il vint à Paris en 1612 pour y étudier les subtilités scolastiques qu'on décorait alors du nom de philosophie. Il fit ses études au collège d'Harcourt et enseigna les Belles-Lettres et la philosophie à Port-Royal. Il prit une part active à la lutte des jansénistes et traduisit les Provinciales en latin. Il écrivit un Traité de la foi humaine, le Traité sur les moyens de conserver la paix avec les hommes et les célèbres Imaginaires (1664), suivies des Visionnaires.
En 1671 parut le premier des treize volumes de son traité le plus célèbre, les Essais de morale, dont a été extrait son Recueil de pensées.
Las de lutter contre les Jésuites, il écrivit à l'archevêque de Paris une lettre de soumission et mourut à soixante-dix ans d'une attaque de paralysie.
Bayle, dans son Dictionnaire historique, qualifia Nicole « l'une des plus belles plumes de l'Europe » et Mme de Sévigné parle des Essais de morale dans plus de vingt de ses lettres. Tantôt, elle écrit à sa fille que « ce livre est de la même étoffe que Pascal ; que cette étoffe est merveilleuse, qu'on ne s'en ennuie pas » ; tantôt,, « que le cœur humain n'a jamais été mieux anatomisé, que cette morale est délicieuse et le livre admirable ».
— Le bonheur ne nous est guère sensible en cette vie que par la délivrance du mal. Nous n'avons pas de biens
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réels et positifs. Heureux celui qui voit le jour, dit un aveugle ; mais un homme qui voit clair ne le dit plus. Heureux celui qui est sain, disent les malades ; mais, quand ils sont sains, ils ne sentent plus le bonheur de la santé.
— C'est un mauvais discours que celui dont on ne retient rien.
— Ce qu'on appelle dans le monde amitié et affection n'est le plus ordinairement que de beaux noms dont on couvre l'amour-propre et la véritable charité y a si peu de part que l'on pourrait presque dire que nous n'aimons dans les autres que nous-mêmes.
— Le plus sûr, pour conserver ses amis, est de les laisser agir comme ils l'entendent, d'avoir de la reconnaissance quand ils agissent bien et de n'en rien témoigner quand ils agissent autrement.
— Chacun a ses vues, ses principes, ses défauts et il faut peu s'occuper de ceux d'autrui, ayant tant de matière de s'occuper en soi-même.
— Non seulement, il n'y a pas de joie humaine qui soit éternelle ; mais, il n'y en a point qui soit durable. Ce n'est qu'une émotion passagère qui est bientôt suivie de dégoût et d'insensibilité.
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