‹ La pensée françaiseChapitre 35 sur 155 · BOURDALOUE · texte numérisé non relu

BOURDALOUE

Né à Bourges, le 20 août 1632, mort à Paris, le 13 mai 1704. Entré à seize ans dans la société de Jésus, y achève ses études, et y occupe successivement les chaires d'humanités, de rhétorique, de philosophie et de théologie morale. Après avoir prêché quelque temps en province, il vient à Paris en 1669. Ses premiers sermons ont un succès prodigieux. Mme de Sévigné écrivait à sa fille « qu'elle n'avait jamais rien entendu de plus beau, de plus noble, de plus étonnant que les sermons du P. Bourdaloue ». Mandé à la Cour, il y prêcha l'Avent en 1670 et le Carême en 1672. Il parut dix fois devant le roi, chose inouïe, le même prédicateur étant rarement appelé plusieurs fois !

Dans les dernières années de sa vie, Bourdaloue abandonna la chaire et se consacra aux assemblées de charité, aux hôpitaux et aux prisons.

Le P. Bretonneau, jésuite, a publié deux éditions des œuvres de Bourdaloue, Tune en 14 vol. in-8a (Paris, 1707), l'autre en 15 vol. in-12. Quant aux Pensées1, ce sont des réflexions, ou plutôt des fragments de sermons qui étaient demeurés imparfaits et que Bourdaloue n'avait pas prêches.

— L'incrédulité de l'impie et du libertin s'accorde avec le désordre et la corruption de sa vie : donc elle ne vaut rien. En deux mots voilà sa condamnation.

1. Pensées du père Bourdaloue sur divers sujets de religion et de momie. Paris, 1734, et Bruxelles, 1740, 2 vol. in-12.

LA I'IAm'i française 87

— Le mondain dit : il faut que Dieu soit un maître bien exact et bien rigoureux puisqu'il ne pardonne rien sans pénitence. Et moi je dis, il faut que Dieu soit un maître bien indulgent et bien miséricordieux puisqu'on obtient de lui le pardon de tout par la pénitence.

— Vouloir accorder tout le luxe et tout le badinage du monde avec la dévotion cela n'est pas sans exemple, mais c'est l'aveuglement le plus déplorable. Hé ! ces parures peu modestes, ces manières si libres, si enjouées, si familières, les peut-on même accorder avec la réputation ?

— Notre vanité nous séduit et nous fait perdre l'estime du monde dans les choses mêmes où nous la cherchons et par les moyens que nous y employons. Une femme naturellement vaine s'ingère dans les conversations à parler de tout, à raisonner sur tout. Elle juge, elle prononce, elle décide, parce qu'elle se croit femme spirituelle et intelligente ; mais elle aurait beaucoup plus de raison et plus d'esprit si elle s'en croyait moins pourvue...

— La plupart des hommes sont beaucoup plus vifs dans leurs haines que dans leurs amitiés.

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