‹ La pensée françaiseChapitre 49 sur 155 · MADAME DE WARENS · texte numérisé non relu

MADAME DE WARENS

Louise-Eléonore de La Tour du Fil naquit à Vevey, en 1699, et mourut aux Gharmettes, en 1764. Mariée toute jeune à M. de Warens, elle ne tarda guère à abandonner son mari et alla implorer le roi de Piémont qui lui assura une pension de 1.500 livres. Après s'être convertie au catholicisme, elle eut, un instant, le dessein de se retirer dans un couvent. Mais la vie recluse ne put retenir « la bonne maman », trop éprise de liberté. Elle s'installa alors dans la petite maison à la porte de laquelle J.-J. Rousseau devait venir frapper, le jour des Rameaux de l'année 1728. Nous renvoyons aux Confessions les lecteurs curieux de se remémorer les rapports du « petit » et de Mme de Warens. Ils ne sauraient regretter l'occasion qui leur sera ainsi offerte de relire ces singuliers mémoires.

Nous nous bornerons à faire remarquer que, selon l'opinion de M. Albert Metzger *, « les pensées ne sont probablement pas de Mme de Warens ; insérées à la suite des Mémoires, elles ont été, comme eux, mises en œuvre par Amédée Doppet. En les publiant, Doppet les avait corrigées et augmentées. »

— On enseigne tout aux enfants, excepté ce qu'ils doivent savoir.

1. Les Pensées de Mm0 de Warens, A. Metzger, Lyon, s. d. (1888), in-2.

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— Avilir son élève par le châtiment, c'est le disposer à être un mauvais sujet.

— L'homme est naturellement fou ; il naît avec toutes les qualités sociales ; tout le monde trouve la vertu belle; et, quels que soient les égarements du vice, celui qui y est plongé se plaît encore à se masquer des charmes de la vertu.

— L'homme reçoit une éducation bien différente de celle qu'on donne à la femme : l'un apprend à commander, on élève l'autre à obéir. Tout irait à merveille si chaque sexe remplissait sa tâche.

— Beaucoup de personnes lisent, mais il y en a fort peu qui sachent lire.

— 11 y a de bons et de mauvais livres. Ceux qui renferment des obscénités sont les seuls qu'on doive proscrire, ils n'ont d'autre but que de faire goûter le libertinage. Malheureux celui à qui on est forcé de les défendre, car s'il était vertueux, il les aurait toujours méprisés.

— Un livre n'a souvent de vogue que parce qu'il est défendu ; c'est prêter du talent à un auteur que de le persécuter.

— Les richesses sont le mobile de toutes les actions. La vertu ne se vend pas, il est vrai ; mais la bonne réputation s'achète. Un homme riche a bientôt des honneurs, son coffre-fort parle pour lui, et ne fût-il, dans le fond, qu'un sot, la dépense qu'il a faite a plus d'éloquence que la raison.

DENESLE

Denesle, né à Meaux, en 1702, écrivit tant en vers qu'en prose un grand nombre d'ouvrages. Son Arislippe moderne ou Réflexions sur les mœurs du siècle, paru en 1738, fut plusieurs fois réimprimé l. C'est un ouvrage assez médiocre, peut-être à clé, dans le genre Caractères. Parm i les autres ouvrages de Denesle citons UEtourneau (1736); le Curieux puni (1737) ; La Présomption punie (1737) ; Cerbère (1743); Les Préjugés du public (1747) ; Examen du matérialisme (1754) ; Analyse de Vesprit du Jansénisme (1760) ; Préjugés des anciens et des nouveaux philosophes sur la nature de l'âme humaine (1765); Les préjugés du public sur V honneur (1766). Denesle mourut à Paris, en 1767.

— Règle générale, l'esprit, le mérite, la bonne mine se morfondent à la porte des Belles s'ils ne sont pas en, état de paraître avec décence, c'est-à-dire avec dépense. Un homme qui veut aimer et être aimé doit faire vœu de pauvreté et ne plus compter à soi tout ce qu'il possède.

— Pour savoir combien de mauvaises affaires l'amour traîne à sa suite, je ne voudrais consulter que les register du greffe criminel.

1. L'Aristippe moderne, à Paris, au Palais, chez Grégoire, Antoine Dupuis, GrancTSalle, au Saint-Esprit, et Grange, Salle Mercière, à la Sainte-Famille, MDCCXXX VII'. Dédié à M. Romani, ministre du duc de Modène.

— Alcippe s'étonnait qu'il y eût des hommes qui ne voulussent pas se marier. Alcippe a pris une femme ; il s'étonne qu'il y ait des hommes qui veulent se marier.

— C'est une mode, une coutume de se plaindre de la rareté des amis comme de la rareté de Fargent : avec cette différence que ceux qui veulent faire croire qu'ils n'ont point d'argent en ont souvent beaucoup et que ceux qui avaient un petit nombre d'amis n'en ont souvent point du tout.

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