‹ La pensée françaiseChapitre 48 sur 155 · I.A ITNSI I KltANÇAISI J · texte numérisé non relu

I.A ITNSI I KltANÇAISI J

— Les grandes villes ont cet avantage que l'on peut se retourner. A-t-on mal choisi ses sociétés ? On en trouve d'autres.

— J'ai vu des gens mourir de chagrin de ce qu'on ne leur donnait pas des emplois qu'ils auraient été obligés de refuser si on les leur avait offerts.

— Une mère a-t-elle perdu sa beauté ? Vous la voyez qu'elle s'enorgueillit de celle de sa fille.

— L'amour veut recevoir autant qu'il donne : c'est le plus personnel de tous les intérêts, c'est là que l'on compare, que l'on compte, que la vanité se défie et ne se rassure jamais assez.

— Il ne faut point faire par les lois ce que l'on peut faire par les mœurs.

— Les lois inutiles affaiblissent les nécessaires.

— Quand on a été femme à Paris, on ne peut pas être femme ailleurs.

— La plupart des hommes sont plus capables de grandes actions que de bonnes.

— Haïr l'esprit et en faire trop de cas, deux choses qu'un prince doit éviter.

— Il faut bien connaître les préjugés de son siècle, afin de ne les choquer pas trop ni trop les suivre.

— Il ne faut rien faire que de raisonnable, mais il faut bien se garder de faire toutes les choses qui le sont.

— Le souper tue la moitié de Paris ; le dîner l'autre.

— Ce n'est pas les médecins qui nous manquent, c'est la médecine.

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— J'ai la maladie de faire des livres et d'en être honteux quand je les ai faits.

— Je n'aime pas les petits honneurs : on ne savait pas auparavant ce que vous méritiez ; mais ils vous fixent et décident au juste ce qui est fait pour vous.

— Dans la plupart des auteurs, je vois l'homme qui écrit, dans Montaigne, l'homme qui pense.

— La dévotion trouve pour faire de mauvaises actions des raisons qu'un simple honnête homme ne saurait trouver.

— J'ai toujours vu que, pour réussir dans le monde, il fallait avoir l'air fou et être sage.

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COEUILHE (1697-1749)

Cœuilhe (Etienne-Front), né à Périgueux, le 3 février 1697, président à l'élection de Périgueux, mourut le 7 avril 1749.

Outre les Pensées diverses l, on lui attribue quelquefois La Liberté des mers, poème (Paris, 1782, in-8). Il semble que cet ouvrage soit plutôt de son fils, Jean-Baptiste Cœuilhe, né à Périgueux, en 1727, fondateur de la bibliothèque de la ville de Périgueux et mort à Trélissac, en Tan X.

— Il semble que les sots font tout ce qu'ils peuvent pour paraître ce qu'ils sont, quand ils se trouvent avec des gens d'esprit.

— S'il nous est difficile de connaître les défauts des personnes que nous aimons, comment apercevrions-nous les nôtres ?

1. Pensées diverses par Etienne Cœuilhe, président à l'élection de Périgueux. A Paris, chez Mérigot fils, libraire, quai des Augustins.

Ce volume n'est pas daté, il n'en est fait mention ni dans la France littéraire de Quérard, ni dans les biographies de Michaud et de Didot. Mais l'éditeur annonçant qu'en 1727 Cœuilhe avait fait insérer environ deux cents de ces réflexions dans les Mémoires de littérature du P. Desmolets, on peut croire que cette nouvelle édition parut dans la seconde moitié du xvin9 siècle.

« Voici un livre, dit Bougeard (Moralistes oubliés), qu'il faudrait sauver tout entier de l'oubli, cette mer immense où sont englouties tant de richesses intellectuelles que c'est d'elle qu'il serait vrai de dire qu'elle enferme en son sein plus de trésors que les hommes n'en possèdent sur terre. »

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— Une femme peut être surprise d'avoir pris de l'amour, mais elle ne l'est jamais d'en avoir donné.

— Les fous reçoivent les conseils des sages, comme les sages reçoivent les conseils des fous.

— La vertu disparaît aussitôt qu'on veut la faire paraître.

— La plupart des vieilles gens parlent souvent de leur âge et de la mort ; mais il y en a peu qui veulent qu'on leur en parle.

— Il n'y a presque personne qui ne fût plus obligeant, s'il était plus assuré de la reconnaissance.

— Les plus habiles gens auraient fait de grandes sottises dans certaines occasions, si les sots n'avaient pris les devants.

— On loue la beauté d'une jeune fille avant même qu'elle s'en aperçoive ; mais, ensuite, elle s'obstine à l'admirer lorsque les autres n'y pensent plus.

— Nous reconnaissons les autres dans leurs défauts et nous tâchons toujours de nous reconnaître dans leurs bonnes qualités.

— Nous goûtons quelquefois mieux les douceurs de l'amitié quand nos amis nous racontent leurs peines que lorsqu'ils nous font le détail de leurs bonnes fortunes.

— La jalousie qui semble n'avoir pour objet que la personne que l'on aime prouve cependant mieux que toutes les autres passions que Ton n'aime que soi-même.

— La jalousie semble annoncer sans cesse qu'elle veut cacher un trésor qu'on peut enlever avec facilité.

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— Il est permis d'être plus habile que les autres, mais il est dangereux de le paraître.

— Les consolations ne font plaisir qu'à ceux qui sentent qu'ils ne seront pas longtemps alïligés.

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r.A PENSÉE FRANÇAISE

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