MADEMOISELLE DE SOMMERY
Née au commencement du xvme siècle, Mlle de Sommery attirait chez elle très bonne compagnie et gens de la haute société. Elle était douée d'un esprit rare. Pourtant, elle trouvait que La Fontaine était un niais, Fénelon un bavard et Mme de Sévigné une caillette.
Elle publia, déjà âgée et pour premier ouvrage, son livre des Doutes l, qui montre qu'elle s'était nourrie de la lecture des Maximes de La Rochefoucauld et, plus encore, des Caractères de La Bruyère.
Ce recueil eut un véritable succès. S'il contient un assez grand nombre de pensées communes, l'expression a presque toujours de la précision, de la finesse et de l'élégance, un peu recherchée, à la vérité.
Mlle de Sommery a publié en 1785 (in-8°) les Lettres de Mme la comtesse de L*** à M. le comte de R*** sous le voile de l'anonyme. On attribue cet ouvrage, à tort, à Mmede Riecoboni et à Mme de Genlis.
Enfin, en 1788, elle a publié les Lettres de MUe de Tourville à Mme la comtesse de Lenoncourt et, en 1789, un conte asiatique intitulé : L'Oreille (3 petits volumes in-12, 1789). Elle mourut vers la fin de 1790.
Mlle de Sommery se mêlait de faire des vers mais sans trop de succès. Elle était fort laide.
Barbier indique encore d'elle : Lettre a Deslon, magnèti-
1. Doutes sur différentes opinions reçues dans la Société. Amsterdam et Paris, Gailleau, 1782, petit in-12 38 édition augmentée, Paris, Barrois l'aîné, 1784, 2 vol. petit in-12. (Ouvrage dédié aux Mânes de M. Saurin, de l'Académie française.)
leur (par M11, Kontette de Sommery, toujours anonyme), Glasiruw et Paris, 1781. m-8°.
M - d • Sommery Jetait liée au couvent, où sa pension était paye ■ par un ou une inconnue, avec une jeune iille qui, plus tard, épousa le maréchal de Brissac. Celle-ci prit avec elle M11' de Sommery et lui laissa à sa mort une rente de 4.000 livres qui lui permit de tenir salon et de s'adonner à ses goûts littéraires.
— Il en est de l'esprit comme du talent : il vaut mieux n'en point avoir du tout que de n'en avoir pas assez.
— 11 y a peu d'idées nouvelles et les idées nouvelles ne pourraient frapper que l'homme d'esprit. L homme médiocre a tout entendu dire ; il a tout vu partout.
— Il est possible d'apprendre à juger ; on n'apprend point à sentir.
— On reproche à certaines gens de juger les hommes. Que veut-on qu'ils jugent ? Les poissons ?
— Que de gens ont la réputation d'être méchants avec esquels on serait trop heureux de passer sa vie !
— On passe sa vie à disputer sur des objets qu'on est incapable d'entendre. Je parierais dix contre un que plus de la moitié des Glùckistes et des Piccinistes bat la mesure à faux.
— Que puis-je faire pour qu'on dise du bien de moi? — demandait une petite fille à sa camarade.
— Meurs ou va-t'en, — répondit-elle.
— En ne disant de mal que des gens de mérite, on ne )asse guère pour être méchant et je le conçois : c'est ne lire du mal que de fort peu de monde ; et, d'ailleurs, la critique du mérite trouve beaucoup d'approbateurs.
[*2i LA PENSÉE FRANÇAISE
— La compagnie d'une bête est cent fois moins à charge que ne Test celle d'un petit esprit. Causer avec lui me semble aussi difficile que de voyager à pied avec un cul-de-jatte.
— Les moins médisants sont, pour l'ordinaire, les plus mal pensants. Souvent, on n'épargne les autres que pour en être soi-même épargné.
— Fort peu de gens ont le courage d'oser être heureux.
— Avoir du talent est aujourd'hui la prétention dominante : on attend ce que produira cette louable et universelle émulation.
— Les bons domestiques n'ont jamais été communs ; depuis quelques années, les moins mauvais sont ceux qui s'en tiennent à ne pas servir leurs maîtres.
— La plus belle et la plus noble de toutes les professions serait celle de médecin... si elle était remplie.
— Vieillir n'est, pour le plus heureux, que différer de mourir.
— Beaucoup de maris trompent leurs femmes ; presque toutes les femmes trompent leurs maris, la coquette et la dévote par-dessus toutes les autres.
— Fort peu de femmes aiment leurs maris ; il n'y a presque point de maris qui, malgré leurs distractions, ne soient attachés à leurs femmes.
J'ai lu dans les yeux de presque toutes les femmes de ma connaissance une satisfaction secrète à la mort de leurs maris. Je n'ai point connu de mari qui ne fût plus ou moins touché de la mort de sa femme. Les plus impérieuses et les plus acariâtres sont presque toujours celles qu'on regrette le plus ; on ne s'en console point.
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L'humeur et la patience des hommes ont vraisemblablement besoin d'être exercées. La perte d'une femme douce et complaisante ne laisse pas le même vide.
— La fureur des vieilles femmes pour les modes et les parures est telle qu'on croit rencontrer à chaque pas Mm' Drouin l jouant le rôle d'Araminte 5.
— Plus les société sont limitées et plus on y trouve de gens de trop. On ne peut supporter les sots que dans la foule ; on sait qu'ils doivent s'y trouver en force même.
S'il fallait absolument se charger d'un sot entre mille, le plus sot d'entre les mille serait celui à qui je donnerais la préférence.
— Qui veut conserver de l'ascendant sur une femme ne doit pas la perdre de vue.
— Une âme élevée ne peut donner à son bienfaiteur un témoignage plus sûr de sa reconnaissance qu'en lui demandant de nouveaux bienfaits.
— La plus grande partie des succès que nous voyons obtenir devrait nous consoler de ceux que nous n'obtenons pas.
— L'estime ne concilie pas toujours l'amitié ; mais l'amitié ne peut subsister sans l'estime, et c'est un de ses avantages sur l'amour.