‹ La pensée françaiseChapitre 69 sur 155 · MADAME DE GENLIS · texte numérisé non relu

MADAME DE GENLIS

Stéphanie-Félicité Ducrest de Saint-Aubin, comtesse de Genlis, puis marquise de Sillery, naquit à Champcery, près d'Autun, en 1746. Son père forcé de vendre son château de Saint-Aubin, alla à Saint-Domingue et c'est en revenant de cette île avec une somme considérable qu'il fut pris par les Anglais et connut le comte de Genlis, antre prisonnier français, qui épousa sa fille. Mme de Genlis, nièce de Mme de Montesson, qu'avait épousée secrètement le duc d'Orléans, suivit sa tante au Palais-Royal. Elle accompagna la duchesse de Chartres en France et en Italie et les trois fils du duc de Chartres lui furent confiés avec le titre de gouverneur. Au début de la Révolution, Péthion. qui la protégeait, favorisa son passage en Angleterre. Bonaparte lui accorda avec une pension un logement à l'Arsenal. Le salon de Mlue de Genlis devint alors très brillant encore que sa publication de Y Influence des femmes dans la littérature et certaines critiques de la Biographie universelle lui eussent valu nombre d'inimitiés. Sous la Restauration, elle vécut du produit de ses ouvrages joint aune pension du duc d'Orléans et elle mourut à Paris, le 31 décembre 1831, à quatre-vingtcinq ans. Le mérite de Mme de Genlis comme auteur et spécialement comme penseur ■ est assez médiocre. Cette femme

1. Le petit La. Bruyère ou caractères et mœurs des enfants de ce siècle, suivi d'une seconde partie contenant un Recueil de pensées diverses, par Mme la comtesse de Genlis. Berlin, 1799.

Avec cette épigraphe ;

« Il ne faut point mettre un ridicule où il n'y en a point ; c'est se

(I ■ lettres, type éclatant du bas-bleu, a beaucoup trop écrit. La liste complète de ses œuvres emplit plusieurs colonnes des recueils bibliographiques. Citons cependant : Adèle et 'Théodore ou Lettres sur l'éducation, Paris, 1782, 3 vol., in-8 ; Les Mères rivales ou la Calomnie, Paris, 1800, 4 vol., in-8 ; Bélisaire, Paris, 1808, in-8 ; La duchesse de la Vallière, Paris, 1804, in-8; Mm& de Maintenon, pour servir de suite h V histoire de Madame ; Mli<: de Clermonl, nouvelle historique, Paris, 1802 ; MUe de la Fayette ou la suite de Louis XIII, Paris, 1813, etc., etc.

— Marivaux, dans son jargon si justement critiqué, a souvent dit d'excellentes choses, entre autres celle-ci que pour être assez bon, il faut l'être un peu trop.

— Les gens faibles et bornés sont nécessairement toujours ingrats.

— La bouffonnerie messied surtout aux vieilles gens et aux femmes de quelque âge qu'elles soient.

— S'il est vrai que la paix et la tranquillité soient les premiers des biens, le gouvernement purement populaire est le pire de tous.

— Nous ne devons pas souffrir que nos amis épousent nos querelles particulières ; mais, il est douloureux de ne pas avoir à les modérer à cet égard.

— Il n'y a guère de femmes qui n'aient pas au moins un secret de toilette.

— Il n'y a guère que les secrets cachés par Famourpropre qui soient exactement gardés.

gâter le goût, c'est corrompre son jugement et celui des autres ; mais le ridicule qui est quelque part, il faut l'y voir, l'en tirer avec grâce et d'une manière qui plaise et qui instruise. »

La Bruyère, chap. I.

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— Il y a des gens si orgueilleux, si remplis de fatuité qu'ils sont persuadés qu'on les hait dès qu'on n'est pas charmé d'eux.

— N'ayant pu détruire l'orgueil, la philosophie a pris le parti d'en faire une vertu.

— Depuis que j'existe, je n'ai jamais vu une personne d'un grand caractère craindre d'avoir l'air d'être menée ; mais, les gens faibles sont précisément ceux qui poussent cette crainte à l'excès ; et Dieu sait le parti que les intrigants savent tirer de cette sottise qui est surtout éminente chez les gens d'un rang élevé.

— Pompe funèbre, deux mots qui n'auraient jamais dû se trouver réunis. De la pompe dans une cérémonie qui nous démontre d'une manière si frappante le néant des grandeurs humaines et l'extravagance de la vanité !

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BEAUGHÊNE

Edme-Pierre Chauvot de Beauchêne, naquit aux Archalis, près de Villeneuve-le-Roi (Yonne), en 1748. Il suivit pendant quelques années la carrière des armes, puis se fit recevoir docteur à Montpellier. Il vint ensuite à Paris et, avant la Révolution, était médecin des écuries de Monsieur. Elu membre de la commune de Paris en 1789, il fit partie d'une députation envoyée à Goblentz pour inviter les princes à rentrer en France. Bientôt, effrayé de la violence du mouvement révolutionnaire, il se retira dans une propriété qu'il possédait aux environs de Sens. Il ne revint à Paris qu'après le 9 thermidor. Sous l'Empire, Beauchêne devint médecin en chef du Gros-Caillou, médecin du Corps législatif, de l'Ecole normale, du bureau de bienfaisance de sa section. Louis XVIII le choisit pour un de ses médecins consultants. Il fut, enfin, admis à la Société royale de médecine. Beauchêne fournit de nombreux articles à divers journaux et, notamment, à la Quotidienne.

Outre ses Maximes \ Beauchêne a laissé un ouvrage sur V Influence des affections de Vame sur les maladies nerveuses des femmes, in-8, Paris, 1781, 3e édition, 1798, qui fut traduit en allemand.

1. Maximes, réflexions et pensées diverses, par M. Beauchêne premier médecin consultant du roi. Troisième édition, corrigée et augmentée. A Paris, chez Goujon, libraire de LL. AA. RR. Mme la duchesse du Berry et Mme la duchesse d'Orléans, rue du Bac, 33, 1819.

Avec cette épigraphe :

Desolata est terra quia nullus est qui recogitet corde.

Ecclésiaste.

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— Los gens heureux ont un défaut dont ils ne se corrigent jamais : c'est de croire que les malheureux le sont toujours par leur faute.

— Celle qui s'applaudit de son triomphe rougit rarement de sa défaite.

— Celui qui s'empresse de parler invite les autres à se taire mais non à l'écouter.

— En amour, les femmes ne tiennent compte que des préférences.

— Savoir résister aux femmes c'est donner une meilleure opinion de son caractère que de son cœur.

— Voulez-vous savoir ce que les hommes pensent ? N'écoutez pas ce qu'ils disent, examinez ce qu'ils font.

— Beaucoup de gens traitent leurs amis comme les cartes qu'ils jettent quand la partie est finie et même quand ils lont gagnée.

— On ne va jamais si loin que quand on ne sait où l'on va.

— La timidité se compose du désir de plaire et de la crainte de ne pas réussir.

— Dès que les hommes sont réunis, même en sociétés savantes, ils deviennent peuple.

— Plus nous parlons de notre mérite, moins on y croit.

— Pour qu'un livre ait du succès, il faut qu'on en puisse dire du bien et du mal. Ceux qui le louent sont contents ; ceux qui le critiquent le sont peut-être encore plus.

— Vouloir devenir bon, c'est déjà l'être.

18 i LA PENSÉE FRANÇAISE

— Si vous reprochez à votre ami ses défauts ou ses vices, vous courez risque de vous brouiller avec lui ; si vous l'avertissez de ses ridicules, vous pouvez être certain qu'il ne vous le pardonnera pas.

— Le caractère s'affaiblit souvent dans la même proportion que les lumières se multiplient.

— Ce que les femmes aiment le plus c'est d'être louées pour des talents ou des qualités qu'elles n'ont pas. Cette sorte de louange leur offre la preuve qu'elles ont séduit notre raison qu'elles considèrent ordinairement comme une ennemie.

— Le sens de l'odorat est celui qui a le plus d'affinité avec les facultés voluptueuses.

— Une faiblesse peut quelquefois être plus excusable dans une femme que la coquetterie qui l'en garantit.

— Tant qu'on aime une femme on lui parle beaucoup d'elle ; quand on ne l'aime plus, on lui parle beaucoup de soi...

— 11 est peut-être moins difficile de triompher de la vertu d'une femme que de son aversion.

— On aime quelquefois les femmes à cause des défauts qu'on leur connaît et des qualités qu'on leur suppose. ,

— La femme que l'on aime le plus est souvent celle à laquelle on le dit le moins.

— Cléon se vante d'avoir des amis ; mais, essayez de les louer et vous verrez son embarras.

— L'ambition se compose peut-être plus de la crainte d'être surpassé que de l'envie de surpasser les autres.

I \ PENSÉE ll( INÇA1

— Ceux qui croient que l'argent fait tout, sont, sans doute, disposés à tout faire pour de l'argent.

— Les esclaves et les tyrans se font mutuellement peur.

186 I.A 11 NSl'.l FHANÇAISi:

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