RIVAROL
Antoine, comte de Rivarol, naquit en 1754, à Bagnols, en Languedoc. Il vint à Paris en 1775 et il était déjà apprécié dans les salons quand il publia le Discours sur Vuniversalité de la langue française qui partagea le prix proposé par l'Académie de Berlin en 1785. La même année, il publia sa traduction de VEnfer de Dante. Se livrant à son goût pour la satire, il combattit les écrivains de son temps dans son Petit almanach de nos grands hommes (1788, in-12). De concert avec Peltier et Ghampcenetz, il défendit la monarchie dans les Actes des Apôtres. Obligé de s'exiler, il gagna Hambourg où il collabora au Spectateur du Nord. De Hambourg, il passa à Berlin où il mourut en 1801.
Outre les ouvrages qui viennent d'être cités, Rivarol avait publié une Parodie du songe d'Athalie (1787); deux Lettres à Necker, l'une sur Vimportance des opinions religieuses, l'autre sur la morale ; Lettre à la noblesse française (1792); De la vie politique de M. de Lafayette (1792) ; Prospectus du nouveau dictionnaire de la langue française suivi d'un discours sur les facultés intellectuelles et morales de Vhomme (Hambourg, 1797). Rivarol composa également des Poésies.
Les œuvres de Rivarol, comprenant ses Maximes et pensées, ont été recueillies par Fayol et Chênedollé, en 1808 (5 vol. in-8), et le Tableau des travaux de V Assemblée Constituante, que Rivarol avait établi en 1798, a été réimprimé dans la Collection des Mémoires sur la Révolution.
LA PI ASM 1 | ANÇ.MSI- 1S7
— La plupart de nos impies ne font que des dévots révoltés.
— Les visions ont un heureux instinct : elles ne viennent qu'à ceux qui doivent y croire.
— La mémoire est toujours aux ordres du cœur.
— La raison est historienne, mais les passions sont actrices.
— On n'a pas le droit d'une chose impossible.
— L'homme est le seul animal qui fasse du feu, ce qui lui a donné l'empire du monde.
— Le dévot croit aux visions d'autrui : le philosophe ne croit qu'aux siennes.
— Les philosophes sont plus anatomistes que médecins : ils dissèquent et ne guérissent pas.
— On ne déraisonne jamais mieux que lorsqu'on a beaucoup de raison à perdre ; comme on ne se ruine jamais mieux que lorsqu'on a beaucoup de fortune.
— Rien n'étonne quand tout étonne : c'est l'état des enfants.
— Les sots, les paysans et les sauvages se croient bien plus loin des bêtes que le philosophe.
— La paresse n'est, dans certains esprits, que le dégoût de la vie ; dans d'autres, c'en est le mépris.
— Les esprits extraordinaires tiennent grand compte des choses communes et familières, et les esprits communs n'aiment et ne cherchent que les choses extraordinaires.
— La raison se compose de vérités qu'il faut dire et de vérités qu'il faut taire.
— La distraction tient à une grande passion ou à une grande insensibilité.
— Les gens du monde emploient mieux leurs loisirs que leur temps ; les pauvres n'ont pas de loisirs.
— Tout le monde s'agite pour trouver enfin le repos • mais il y a des hommes si paresseux qu'ils mettent le but au début.
— On a de la fortune sans bonheur comme on a des femmes sans amour.
— 11 y a des gens qui n'ont de leur fortune que la crainte de la perdre.
— Le mépris doit être le plus mystérieux de nos sentiments.
— Les jeunes gens auprès des femmes sont des riches honteux et les vieillards des pauvres effrontés.
— On corrompt la fille innocente avec des propos libres et l'amour délicat séduit la femme galante : fruit nouveau pour l'une et l'autre. ,
— C'est de la familiarité que naissent les plus tendres amitiés et les plus fortes haines.
— Les sots devraient avoir pour les gens d'esprit une méfiance égale au mépris que ceux-ci ont pour eux.
— Un bon esprit paraît souvent heureux comme un homme bien fait paraît adroit.
— L'estomac est le sol où germe la pensée.
— H y a des vertus qu'on ne peut exercer que quand on est riche.
— Quelles raisons a-t-il eues de se tuer ? — Il faut de si fortes raisons pour vivre qu'il n'en faut pas pour mourir.
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— Le chat ne nous caresse pas : il se caresse à nous.
— Il naît plus d'hommes que de femmes en Europe : cela seul y condamne les femmes à l'infidélité.
— Il faut écarter les sots ; ce sont eux qui ont commencé. Ils ont fait vingt blessures avant d'en recevoir une.
— La plus mauvaise roue faif le plus de bruit.
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