‹ La pensée françaiseChapitre 81 sur 155 · KÉRATRY · texte numérisé non relu

KÉRATRY

« Dans la littérature, le genre des pensées détachées est le plus facile de tous. » On ne le dirait toujours pas à lire les Quelques pensées l de Kératry.

Kératry (Auguste-Hilarion de) naquit à Rennes en 1769, fit ses études de droit dans cette ville. Quand éclata la Révolution, il vint à Paris (1790) où il se lia avec Bernardin de Saint-Pierre. Revenu en Bretagne, il fut emprisonné au moment de la Terreur. Bientôt libéré, il fut emprisonné de nouveau en 1793. Mais ce second emprisonnement ne dura que quelques mois. De Kératry se consacre alors à la littérature. En 1818, il est élu membre de la Chambre : il vote avec les libéraux et attaque les cléricaux dans le Courrier français.

Battu en 1824, il fut réélu en 1827 et prit une part active à la Révolution de juillet. Conseiller d'Etat en 1830, il entra à la Chambre des Pairs en 1837. Elu à la Législative dans le Finistère, en 1849, il se retira de la vie politique après le coup d'Etat. Il mourut à Port-Marly en 1859. Outre de imombreux articles dans les journaux et les encyclopédies et ses Quelques pensées, de Kératry a laissé :

Contes et Idylles (1791) ; Lysus et Cydippe (1801) ; Instructions morales et physiologiques (1817) ; Documents pour servir à Vhisloire de France (1820) ; Du beau dans les arts

1. Quelques pensées, par M. de Kératry. Paris. M. Tenré, libraire, *ue du Paon, n° 1, 1833.

Avec cette épigraphe :

... Quae légat ipsa, Lycoris.

Virgile : Bucoliques.

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d'imitation | 1822); Examen philosophique des considération*

sur le sentiment du sublime et du beau dans le rapport des caractères, des tempéraments des sexes, etc., d'Emmanuel Kant (1823) ; Le Dernier des Beaumanoir (1824), etc.

— Pour se suffire à soi-même, il faut être plante, polype ou Dieu.

— Dites que si un homme ne connaît pas les défauts d'uDe femme dans la société de laquelle il vit, probablement, il Faime ; dites que, s'il vient à les connaître, il a cessé de Faimer ; dites encore que, s'il les a connus dès le principe et que, toutefois, il s'y soit attaché, il Faimera longtemps.

— Les gouvernements et leurs chefs n'ont de pouvoir que celui qu'on leur croit ; car le pouvoir ne se donne pas mais il se prend : il ne s'agit que d'y mettre de l'opportunité.

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VICOMTE D.YZARX-FREISSINET

Les Pensées grises l du Vicomte d'Yzarn-Freissinet, an- I i sous-préfet, à qui Barbey d'Aurevilly dédia la Vieille Maîtresse parurent en 1856. Dans la dédicace à M,ne la marquise de Boissy, l'auteur disait :

« Après les pensées de La Rochefoucauld, La Bruyère et Yauvenargues, on devrait regarder ce genre comme épuisé et passer son temps à relire ces grands moralistes, non à essayer de faire encore ce qu'ils n'ont que trop bien fait pour leurs imprudents imitateurs, mais enfin, un livre de :>lus jeté dans le vaste cimetière des livres est à peine un malheur, à peine un événement ; celui-ci es' petit, c'est une excuse, il est même fort petit et c'est une plus grande excuse. »

Outre ses Pensées grises, M. d'Yzarn-Freissinet a publié : Coup d'œil sur les landes de Gascogne, Paris, 1837, in-8.

— On oublie vite la mort des autres pour n'avoir pas à penser à la sienne.

— Une conversion est ce qu'un adversaire appelle une apostasie.

1. Pensées grises par le Vicomte d'Yzarn-Freissinet. Paris, Amyot, Avec cette épigraphe :

In peritara. vivimus.

SÉNÈQUB.

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— Le panthéisme est devenu la pudeur des athées. Ils cherchent à voir Dieu dans tout parce qu'ils craignent fort qu'il ne soit nulle part.

— Avec la pensée de la mort, il n'y a pas de but qui mérite un eifort.

— Croire assez au bonheur pour se donner la peine de le poursuivre, voilà tout le bonheur, il n'y en a pas d'autre.

— L'amour se fait avec le cœur et se défait avec les sens.

— Un homme aimable cache la moitié de son esprit pour faire passer l'autre moitié.

— Les diamants sur une tête laide sont comme un phare sur un écueil : ils avertissent.

— On s'ennuie trop dans le monde pour n'y dire que la vérité.

— On exerce moins de séduction par de grandes vertus que par de petites qualités.

— Dans la solitude on se pleure toujours un peu.

— Les femmes qui se disent incomprises sont celles que les hommes comprennent le mieux.

— La jalousie est un aveu secret qu'on se fait à soimême de son infériorité.

— En amour on se fait esclave pour arriver à être despote.

— L'esprit ne sert guère qu'à s'ennuyer beaucoup avec ceux qui n'en ont pas.

— On a toujours un peu la qualité qu'on admire beaucoup.

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— Il n'y a pas de fautes que n'excuse celui auquel on les confie.

— L'art est le sentiment des choses humaines uni au pressentiment des choses divines.

— Il ne faut pas être trop incrédule : il y a des faits vrais quoiqu'ils soient dans l'histoire.

— A Paris, on n'a pas le temps d'être très sensible.

— La sévérité des femmes pour les femmes excite et provoque la générosité des hommes.

— En amour, on se tourmente même de choses auxquelles on ne croit pas.

— On quitte son logis lassé de soi-même ; on y rentre lassé des autres.

— Avec un peu de philosophie, on ne dédaigne rien : avec beaucoup de philosophie, on dédaigne tout.

— En politique le peuple n'a pas des opinions, mais des émotions.

— Vauvenargues a dit vrai : « les grandes pensées viennent du cœur », mais c'est l'esprit qui va les y chercher.

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