‹ La pensée françaiseChapitre 99 sur 155 · D'HOUDETOT · texte numérisé non relu

D'HOUDETOT

César -François -Adolphe, comte d'IIoudetot, naquit le 31 août 1799. Profondément dévoué à la Monarchie de Juillet, il aida le roi Louis-Philippe à s'embarquer pour l'Angleterre après la Révolution de Février. Grand chasseur, très versé dans les questions de vénerie, Adolphe d'Houdetot s'occupait également de science balistique et il avait inventé un canon porte-amarre pour le sauvetage des naufragés. Le recueil de maximes1 qu'il publia en 1853 est tout à fait remarquable. Il mourut au Havre, le 30 juillet 1869, laissant divers ouvrages dont les plus importants sont :

Types militaires français (1844) ; Le Chasseur rustique (1847); La Petite vénerie (1848); Le Tir au fusil de chasse, à la carabine et au pistolet (1849); Ronfleur et le Havre ou Huit jours d'une royale infortune (1850) ; La Chasse au chien courant (1855).

— L'expérience a l'utilité d'un billet de loterie après le tirage.

— Il faut adoucir l'éclat de sa supériorité : tout mérite blesse l'égalité.

1. Epreuves du cœur humain ou Dix épines pour une fleur, par Adolphe d'Houdetot, auteur du Chasseur rustique, de la Petite vénerie, etc. Paris, Charpentier, 1853. Avec cette Dédicace à son frère Frédéric :

« Le petit opuscule que je te dédie, frère, contiendrait encore plus d'épines si ta prévoyante sollicitude ne les avait écartées du chemin de ma vie. »

i \ il nsi'.i iiiwai-r 267

— Les grands sont comme les femmes : il ne faut les bouder qu'autant qu'on est certain d'être aimé d'eux.

— Les larmes que tu m'auras fait répandre durant ta vie couleront en moins à l'heure de ta mort.

— La vengeance exige un certain courage : combien de gens ne sont magnanimes que par lâcheté.

— L'envie est ce qui ressemble le plus à l'amour : être envié, c'est presque être aimé.

— Si tu ne peux te faire aimer beaucoup, fais-toi craindre un peu.

— La première condition pour consoler un malheureux <;'est d'être malheureux soi-même.

— Les femmes ne peuvent entendre prononcer le mot amour sans croire qu'on sonne à leur porte.

— Les plus grands triomphes des femmes ressemblent un peu trop à des défaites.

— Nous ne devons demander raisonnablement à notre prochain que de ne pas nous faire de mal inutilement.

— Le vieillard qui fuit les fêtes assiste d'ordinaire à tous les enterrements : c'est un commencement de politesse qu'il se fait à lui-même.

— Par l'habitude qu'on a de voir les gens, on finit par ne plus penser à eux : l'absence fait ressouvenir.

— A un homme on demande son amitié pour obtenir un peu moins ; à une femme, pour obtenir un peu plus.

— En amour, l'autorité revient de droit à celui qui aime le moins.

— Il est si doux d'être aimé qu'on se contente même de l'apparence.

-2f)S i. a P] \>i':i ik \\<; U31

— Les bavards sont les plus discrets des hommes : ils parlent pour ne rien dire.

— Nos actions ne sont jamais aussi bonnes ni aussi mauvaises qu'elles le paraissent.

— L'homme qui ne peut plus rien dicte ses dernières volontés... Quel orgueil !

— Un mensonge ne trompe bien que celui qui le fait.

— En ménage, à quoi sert l'esprit d'une femme ? A faire passer son mari pour un sot.

— L'égoïste a autant de cœur qu'un autre, mais il n'en a que pour lui.

— La modestie sincère est un suicide : on est toujours pris au mot.

— Les pensées et les maximes peuvent se rencontrer, mais elles ne se saluent pas, de peur de se reconnaître.

— Un parent pauvre est toujours un parent éloigné,

— Les cages ont été faites pour les oiseaux, mais les oiseaux ne sont pas faits pour les cages.

— On n'ose plus offenser ceux qui pardonnent toujours.

— Je demande qu'on interdise aux menteurs de dire la vérité.

i \ pi \<n PB v\<; \:-

DOUDAN (XIMÊNES) l (1800-1872)

Né à Douai en 1800, mort à Paris en 187*2.

Il était maître répétiteur au collège Henri IV lorsqu'il fut choisi pour être précepteur du jeune Louis-Alphonse de Rocca, né du second mariage de Mme de Staël.

Après lS.'ii). Doudan dirigea le cabinet politique du duc de Broglie au ministère de l'Instruction publique, puis aux AiFaires Etrangères et à la présidence du Conseil. Il refusa une place de maître des requêtes au Conseil d'Etat. Le duc le conserva alors comme secrétaire intime et le chargea de surveiller l'éducation de MM." Paul et Albert de Broglie. Le reste de sa vie se partagea paisiblement entre Coppet, Broglie et Paris et il mourut n'ayant publié que quelques articles. Après sa mort, on réunit ses lettres et divers essais sous le titre de Mélanges'el lettres qui eurent un grand retentissement. « Doudan s'y révèle, a-t-on dit, comme un écrivain délicat et fin, observateur sagace et clairvoyant, mais sceptique. »

— Une image trop continue donne de la défiance. Elle a Pair de gouverner l'écrivain et de le mener à l'erreur.

— Tout au dehors dit à l'individu qu'il n'est rien. Tout au dedans lui persuade qu'il est tout.

1. Pensées, Essais et Maximes. Paris, Calmann-Lévy, 1880. Pensées et fragments, suivis des Révolutions du Goût. Paris, Calmann-Lévy,

-270 i \ PBN8ÉE li: ITfÇAISl

— L'homme a encore plus le désir de la beauté qu'il n'en a la connaissance ; de là, les caprices de la mode.

— Chaque philosophie donne un nouvel aspect aux religions.

— L'inconvénient des amis qui nous connaissent de longtemps est qu'ils jugent de toutes nos actions, de toutes nos paroles, par la connaissance qu'ils ont de notre caractère. Ils nous jugent sur des préventions. Les étrangers ne nous prennent que comme des êtres raisonnables.

— Les vieilles idées sont des préjugés, et les nouvelles des caprices.

— Il y a une prétendue bienveillance dans les jugements sur les uns qui vient d'hostilité contre les autres.

— Une erreur n'est pas seulement une erreur. Elle déforme dans quelque mesure l'instrument dans lequel elle pénètre, c'est-à-dire l'intelligence.

i \ pi nsi! i i; UfÇ MSI 127 1

Page 1