‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifique ... 1923Chapitre 79 sur 117 · PET DPI SI SP SN RE · texte numérisé non relu

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Ce que veut être la sienne, c’est surtout une critique de la connaissance, une discrimination de ce qu’elle renferme d’incontestable à titre d’évidence (ivéeysta, perspicuitas, mani/fesium). On obtient ainsi les signes à partir desquels on pourra inférer ce qui n’est pas évident, surtout en ce qui concerne la physique. Sur cette base enfin on pourra fonder la règle de la vie (1). Or la source première de toutes nos idées, c’est la sensation représentative (pavrasia) et l’état affectif (xédos), plaisir ou douleur (2), qui sont encore sensation. La sensation en effet ne peut jamais être convaincue d’erreur, ni par le raisonnement, car il provient lui-même de la sensation, ni en opposant les sensations les unes aux autres, car chacune est enfermée dans sa sphère propre (3). La représentation et l’état affectif seraient d’ailleurs inexplicables sans une réalité (üxapyov) capable, en tant qu’agent, de les produire (4). Tout état du sujet est en effet, on le verra, partie d’un mécanisme naturel dont l’objet réel est le point de départ, et il est tel que le comporte le mouvement total. Il est donc toujours ce qu’il doit être et par suite toujours vrai, même s’il est le principe d’un faux jugement, même dans le rêve ou le délire (5). Ainsi, voilà la certitude première (fides prima), fondement et pierre angulaïre de toute vérité : dire, comme Démocrite, que les qualités sensibles sont pure convention, contester, avec les Sceptiques, qu’il y ait une vérité, c’est vouloir marcher la tête en bas, ou ébranler gratuitement l’assise même de notre salut (6). Nous tenons là une évidence irréfragable, une première règle, ou canon, de vérité (regula, norma), un critérium pour discerner (#ndictum) le vrai du faux.

Mais il y a une autre évidence, et par suite un autre critère: Panticipation (xpéAntw), ou prénotion (Lucrèce : noires).

(1) Cic., Fin., 1, 19, 63 sq. — (2) D. L., 34.

(3) Lucr., IV, 485-499 ; D, L., 31 sq.

(4) D. L., 32. Sexrus, M., VII, 208-205.

(5) Zbid., 208 sq. CXLVI, n. 252-254. Cf. Cic., Ac., II, 25, 80, (6) Lucr., IV, 462-479 502-512 ; SexTus, M., VII, 216.

C'est une sorte de pensée universelle qui s’est formée en nous, c’est-à-dire une remémoration de ce qui, du dehors, s’esi maintes fois présenté à nous. Si devant moi on dit « homme », « neige », « chaleur », je sais immédiatement de quoi on me parle, avant même de le percevoir ; mais je me le saurais pas, si auparavant je n’en avais eu souvent perception (1). En grande partie machinale, sans pourtant exclure le concours de la réflexion, la transformation des sensations particulières en notions a lieu selon la concomilance (meptxtwow), l’analogie, la similitude ou la fusion; de cette analyse nous n'avons, par malheur, gardé qu’unobscur schéma (2). Par étude du langage en connaîtra les notions naturelles; car les mots, loin d’être le produit d’une convention, ou, comme pour le pur nominalisme, des titres de classe, vides de tout contenu réel, condensent au contraire et traduisent, en rapport avec nos moyens naturels d'expression, différemment selon les régions et les races, l’action la plus ancienne des choses sur nous, et les nofions primiives (3). Cependant les anticipations ne vont pas seulement au-devant des choses : par l’appliçation de la pensée (Emfoln vic Dtavoiaçs, iniectus animi) elles semblent constituer une véritable intuition des nu His (oroiycix), démarquage empiriste de l'intuition aristotélique. Sans doute n'est-ce pas, comme l’ont dit quelques Épicuriens, un quatrième critère ; c’est du moins un guide pour toutes nos recherches: ainsi,

nous apercevons immédiatement que rien ne vient du néant

et n’y retourne; qu’il y a des corps simples et qu’ils doivent être indestructibles et indivisibles ; que les dieux, dont nous avons naturellement l’idée, ne peuvent être qu’immortels et bienheureux ; que le plaisir est le vrai bien (4), etc. Tandis que l'évidence, sous quelque forme que la nature Pimprime en nous, ne laisse aucune place à l’erreur, celle-ci

) D. L., 38. CXLVI, n. 255 sq. — (2) D. L., 32.

(8) LE, 37 sq., 76 én. D. L., 3t £n. Cic., Fin., II, 2, 6. (4) Surtout I, 38 sq., 50 ;. xë, 24 D. L., 31. Cic., Fin., L 9, 30. Luce., LE, 740,

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