‹ La pensée humaine, ses formes et ses problèmes;Chapitre 59 sur 60 · Adonis, etc. p. 154 et suiv. ; 283 et suiv · texte numérisé non relu

Adonis, etc. p. 154 et suiv. ; 283 et suiv

3. Die iranische Religion {Kultur der Gegenwart, I, 3, 1), p. 82.

ÉVALUATION 393

Pour le philosophe, le témoignage des personnalités religieuses est plus intéressant que le coup d'oeil que les métamorphoses des dieux et des formes du culte permettent de jeter dans les processus .de l'àme. Ce témoignage nous montre, d'une façon immédiate, ce qui donne à la religion sa valeur pour l'homme. Il ne nous apprend pas quelle a été l'origine historique de la religion. Au contraire, il suppose généralement qu'une religion historique déterminée et sa prédication sont données. Mais nous pouvons comprendre, ce qui est plus important pour le philosophe, la place que la religion, telle qu'elle existe chez de grandes personnalités, occupe dans la vie de l'esprit. Quand la vie religieuse a un caractère purement instinctif et qu'elle est déterminée immédiatement par le culte et la tradition, la réflexion que suppose ce témoignage personnel n'est pas possible. Mais à l'endroit où s'éveille la réflexion, tandis que l'homme vit encore entièrement dans le traditionnel, il y a possibilité pour un témoignage de première main. Nous avons ainsi dans les Confessions de saint Augustin la tentative faite par un homme de génie, absorbé tout entier par la pensée religieuse, pour prendre conscience, par la réflexion, de la façon dont s'est opérée l'évolution religieuse par laquelle il a passé et des motifs qui l'ont inspiré. Il va de soi que de pareils témoignages individuels doivent être soumis à une critique psychologique et historique et qu'ils ne prennent toute leur signification que lorsqu'ils ont été comparés à d'autres « confessions ». Les formes de religion individuelles ne peuvent être comprises qu'en connexité avec l'histoire générale de la religion. Et il y a justement un grand intérêt à rechercher l'influence qu'ont eu, les unes sur les autres, la tradition et les personnalités, c'est-à-dire l'élément social et l'élément individuel, dans la religion. J'ai consacré une partie de mon ouvrage sur la Philosophie de la Religion à des recherches de ce genre en utilisant une série d'exemples historiques1. On

1. Philosophie de la Religion (traduction française), § 56-64 : L'expérience religieuse et la tradition. — Je ne comprends pas comment M. Wundt [Mythus und Religion. Vôlkerpsychologie, II, 3, p. 728) peut m'attribuer la pensée qu'on puisse, à l'aide de la psychologie individuelle seulement et en mettant de côté l'histoire, découvrir l'origine de la religion ; je n'ai pris cette voie que pour savoir ce qu'une religion donnée, à une époque don-

394 LES PROBLÈMES DE LA PENSÉE

ne comprend bien un pareil phénomène que comme suite d'une action réciproque de ce genre. Quelque importance que nous attribuions à la « psychologie des peuples », il ne nous faut jamais oublier qu'un peuple est composé d'individus et que la vie de 1 ame d'un peuple se passe dans leur âme. Il est donc précieux de pouvoir pénétrer à l'un de ces foyers de la vie de l'âme d'un peuple.

On ne peut savoir si la conception de la vie qu'aura l'avenir découlera des religions du passé sans qu'il y ait rupture ou s'il apparaîtra quelque chose de tout à fait nouveau, une forme de vie spirituelle pour laquelle nous n'avons pas encore de nom. Mais la psychologie de la religion nous amène à constater que, de même que le travail intellectuel est une continuation de l'évolution du monde dans la pensée humaine, que le travail esthétique en est la continuation dans l'imagination humaine (148, note), il y a dans la foi religieuse aussi bien que dans les conceptions de la vie qui en sont les équivalents, un effort pour maintenir la pensée de l'évolution au delà du domaine où régnent la pensée et la volonté humaines. Un pareil effort peut être nécessaire pour utiliser les analogies qui ne trouvent pas leur confirmation dans l'expérience. Une conception de la vie qui unit la vie personnelle la plus intérieure aux pensées les plus universelles ne peut trouver son expression que dans la poésie. Mais pour que cette poésie ait quelque signification, il faut que ce soit une poésie de la vie à laquelle tous les efforts du domaine de la pensée et de la volonté apportent leur contribution. Il est donné à bien peu de créer cette poésie de la vie ; mais les aspirations de tous les hommes de bonne foi contribuent à la former.

née, a pu être pour des personnalités importantes qui en étaient toutes remplies. Je suis heureux de pouvoir me réclamer d'un savant comme M. Wilamowitz-Moellendorff qui a suivi le même chemin. Pour comprendre la signification religieuse d'Hercule, il ne s'est pas contenté des formes et des mythes, mais il a cherché un grand esprit, possédé du dieu et il l'a trouvé en Pindare : « Aus dem ersten nemeischen Gedichte habe ich den Herakles verstanden » Euripides Herakles, 1, p. 107.

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