PRÉFACE
Le problème de l'intuition est aujourd’hui au premier plan de l'actualité parmi les philosophes. Mais piusteurs n’y votent que la matière d'effusions lyriques, landis que d'autres s'en font un objet de scandale intellectuel, Contre ceux-ci et contre ceux-là, le présent ouvrage prétend montrer que l'intuition bien comprise est pensée véritable, ayant sa discipline et sa méthode. Seulement — comme la métaphysique elle-même, qui en constitue l'œuvre principale et, par excellence, en manifeste le rôle nécessaire, — c’est la pensée « au delà du discours ».
Tel fut le titre particulier du premier volume, consacré à l'établissement de quelques principes. Celui-ci développera leurs conséquences d'ordre théorique et d'ordre pratique, en des analyses complémentaires portani sur les démarches d'invention, puis de vérification, enfin sur la valeur de la pensée intuitive el les moyens de s'élever par elle à un savoir absolu,
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La pensée intuitive est toujours à quelque degré une pensée qui invente. Réciproquement, pas d'invention, dans aucun domaine, qui ne comporte au moins un moment d’intuition, — lequel est même, si bref qu'il puisse paraître, le moment décisif. Nous avons précédemment signalé déjà au passage ce rapport d'étroite liaison, presque d'identité. L'heure est maintenant venue d'en approfondir le sens, et tout d'abord de noter les multiples faces du problème, puis de préciser sous quel biais il convient de l’étudier ici.
Plaçons-nous en premier lieu sur le terrain de la plus stricte positivité. Pour bien comprendre la science, pour en saisir l'esprit sous la lettre, pour substituer à l’idolâtrie intolérante et servile dont on l'entoure trop souvent le culte raisonnable auquel elle a droit, il ne suffit pas de l’envisager en critique et en professeur préoccupé surtout d'exposition rigoureuse ; mais il faut résolument se mettre au point de vue de l'invention, de la recherche créatrice, du dynamisme vivant par
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2 LA PENSÉE INTUITIVE ie
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lequel s’accomplit la genèse de la vérité. Car, si la science est par nature en continuel devenir, si la fécondité d’une théorie en constitue la principale valeur, si le propre du véritable savant consiste À tenir toujours les résultats pour provisoires et révisables, si le progrès et la convergence des mouvements de la pensée sont et en effet doivent être à ses yeux l'essen-
tiel, n'est-ce pas rester à la superficie des choses que de se bor-
ner, dans l'examen des méthodes, à l'analyse des formes dis-. cursives qui expriment le produit et non l'acte même de la découverte ? Toute la théorie des sciences, que propose la philosophie nouvelle inspirée de M. Bergson, tient justement dans cette substitution du point de vue de la pensée-action à celui de la pensée-discours.
Faisons un pas de plus. La critique nous dit bien comment chaque chose est donnée, mais non point du tout pourquoi est donné quelque chose. En un mot, elle suppose donné d’avance l'objet ‘dont elle entreprend l'analyse régressive ; de là son
impuissance radicale à en jamais rendre pleinement compte : une simple rétrospection n'y peut suffire. Présentons encore la même idée sous une autre forme. La réflexion sans doute est transparente à elle-même. Elle aperçoit donc ses propres conditions. Mais elle ne fait que les apercevoir : elle ne les pose pas. Bref, la réflexion n'est point donnée par soi, bien qu’elle discerne au dedans d'elle-même les conditions sous lesquelles elle est donnée à soi. D'où il suit que, si la réflexion constituait l’es-
- sence et Je tout de la pensée, celle-ci resterait suspendue à un X
transcendant de qui elle recevrait sa puissance de mouvement. et ses conditions de possibilité, déchue ainsi au rang de « chose ».
Tout cela force à conclure que, pour légitime que soit le point
de vue Résullal dans la théorie du savoir, du moins n’est-ce