RP PP SP PP PI
pas le seul point de vue possible, ni le plus profond. A côté de lui, et plus fondamental encore, est le point de vue Position, Productivité, Genèse. On l’a trop facilement considéré comme inaccessible. Je voudrais montrer le contraire. Lui seul permet d'atteindre jusque dans son intimité secrète la vraie nature autonome de la connaissance.
La même conclusion s'impose encore au psychologue et au métaphysicien. L'esprit est essentiellement liberté : est-ce le connaître que d'en connaître seulement les œuvres, non les démarches ? La vie est réalisation graduelle plutôt que réalité faite : est-ce la connaître que d’en connaître seulement les choses, non les progrès ? L'invention humaine constitue le type relativement simple sur lequel à peu près seul nous pouvons pressentir le mystère profond de l'être.
D'ailleurs, qu'est-ce que la philosophie, sinon justement l'esprit d'invention devenu conscient de ses initiatives et de ses pouvoirs, pénétré d’une lumière qui le manifeste à luimême, bref la faculté d'invention se faisant maitresse de soi ? Perception, connaissance, moralité, tout conduit à la même définition. Saisir le principe de progrès par où s'effectuent la vérification dans l’ordre du savoir, la réalisation dans l’ordre de l’être, voilà le rôle spécifique et l'office propre du philosophe. Son but est moins d'obtenir des résultats (bien que parfois il en atteigne) que d'arriver à prendre graduellement conscience et maîtrise de la secrète force, de la puissance intérieure, de l'esprit de vie, d’où naissent tous les résultats et que nul résultat n’épuise. La science, elle, aboutit surtout à des résultats : c'est même peut-être, au moins d'un certain point de vue, ce qui la caractérise. Alors l’histoire des découvertes, la psychologie des inventions importent peu ; une critique d’après
coup, purement discursive et régressive, peut suffire, Maisla philosophie de la science ne saurait s’en tenir là, encore moins la philosophie proprement dite. [1 lui faut un retour intégral aux sources vives de la pensée-action. Ce retour la constitue. Pa âme, le soufle créateur, la liberté souveraine, la grâce efficace, voilà ce qu’elle doit chercher avant tout. Et le mouvement n’est connaissable au fond que par la marche. De sorte qu'à son plus haut sommet la philosophie, pour s'achever, se | tourne en pur élan vécu, en effort de genèse effective, toutefois 1. au sein de la pleine lumière spirituelle, non plus dans la nuit de l'instinct ou le crépuscule du discours ; et ainsi le problème de l'invention apparaît comme son problème culminant. 5 On voit que ce problème surgit de tous les horizons, se pose à tous les étages de la connaissance. Ai-je donc besoin de dire que le mot «invention » veut être ici entendu au sens le plus large ? Rien de l’acception étriquée, abusivement restreinie Ra qui le réserve aux trouvailles de l'ingéniosité mécanique. Rien non plus, dès lors, qui en confine l'emploi dans la zone de l’intelligence opposée à l'instinct et bornée au discours. C'estbien, ; au contraire, d'authentique pensée intuitive qu'avec le pro- … blème de l'invention il va s’agir. Observer sur le vif les démarches de l'intuition, tel sera notre dessein. Qu'’elles comportent a méthode et conduite : nous avons naguère entrepris de le mettre en évidence. Nulle occasion meilleure d'achever la rene s: LES Ainsi l’œuvre à tenter se dessine d'elle-même : établir, au moins dans ses grandes lignes, cette Logique de li nn rêvée jadis par Leibniz et trop négligée jusqu’à ce jour (1).
(1) On verra d’ailleurs combien nous serons conduits à nous écarter dela voie où Leibniz cherchait cette logique.
Se at ET Es te ne NO TE à
ORDRES RDS RSS RS ee
LA DISCIPLINE DE L'INVENTION 5 ET ETS ST PT PTT PERD L Te
Moins que toute autre, la philosophie qui se dégage de nos réflexions antérieures peut s'abstenir devant le devoir d’entreprendre une pareille tâche. Son effort pour dépasser l’intellectualisme abstrait de la raison raisonnante requiert un examen direct de la vie intuitive en ce qu'elle a de plus concret ; son positivisme élargi, mais véritable, son idéalisme expérimental exigent une étude approfondie de la pensée dans l’acte même de position créatrice et dans les démarches d'expérience vérifiante. Mais je resterai forcément très bref sur un problème si nouveau à la fois et si complexe. Quelques indications rapides ne visant qu'à définir un principe, c’est tout ce que je promets. Il faudrait un gros livre — et combien difficile à écrire ! — pour entrer tant soit peu davantage dans le détail de la question. Je ne l’essaierai pas, désireux plutôt d’esquisser des aperçus féconds que de fournir des solutions complètes et définitives. Réunir un petit nombre d'observations psychologiques choisies parmi les plus simples qu'’appelle un tel sujet, voir dans quelle mesure et quel sens elles suggèrent des règles pour la conduite de l'esprit, et encore me borner presque uniquement aux considérations générales de pur savoir spéculatif sans insister beaucoup sur ce qu'offre de particulier la recherche de la vérité artistique ou morale, surtout sans aborder l'analyse de l’inconsciente invention qui aboutit à la constitution du monde biologique et du sens commun : voilà tout mon projet.
On s’étonnera peut-être que j'emploie encore lé mot Logique en des circonstances qui diffèrent si profondément de celles qu'il suppose d'habitude, Si je le conserve çà et là, c’est dans le sens large, familier aux Anciens : art d'arriver au vrai, art de bien conduire sa pensée, ou, plus brièvement, art de penser.
AA
6 | LA PENSÉE INTUITIVE Ne NA,
Je ne songe pas à l’acception technique précisée par les logi- ne | ciens modernes. Au reste, j'utiliserai de préférence le terme plus exact de « discipline ». RO
Quel peut être cependant l'intérêt pratique de l'étide à ainsi désignée ? Au premier aspect, sa prétention a quelque chose d'un paradoxe. IL est classique en effet de rapprocher instinct et génie. Or, autant dire — semblera-t-il — qu'on ne saurait trouver en l'espèce matière à leçons de méthode. Et assurément nous devrions ainsi conclure, si une distinction ne s'imposait entre le fort et le faible des vues romantiques. Reconnaître dans le génie une « force de la nature » apparentée à la vie elle-même : rien de mieux. S’ensuit-il que cette force échappe à toute conduite ? N’exagérons pas les apparences de fatalité purement subie. Qu'il soit possible d’apprendre à inventer, l’analogie de la création mystique aide sans doute, mulatis mulandis, à voir comment et jusqu'où. Nulle application de règles ne sanctifie automatiquement, n'introduit au mystère de l'union parfaite ex opere operato ; indiscutable est néanmoins l'utilité des réflexions sur l’art de se conduire dans l'effort spirituel ; mais une fois qu’on a prévu la route à suivre, les obstacles à craindre, les moyens à mettre en œuvre, il y a encore à faire ce qu’on a seulement défini, à réaliser la préparation requise pour que le don créateur puisse être enfin reçu. Eh bien ! Le cas de la recherche et de l'invention spéculatives paraît, à maints égards, semblable ; et, ici comme là, le succès varie avec le courage, avec la persévérance, avec les aptitudes, avec la diversité même des vocations : mais cela ne signifie en. aucune manière que l’observation et l'imitation des maîtres ne puissent profiter à tous.
Il n'est jamais vain de réfléchir aux méthodes, bien que