‹ La pensée intuitive ... (v. 2)Chapitre 29 sur 65 · CRÉATRICE · texte numérisé non relu

CRÉATRICE

De elle est dans le pouvoir de synthèse, L'un est capable d’unier un vaste ensemble, tandis que l’autre n’atteint jamais ce je degré de tension. Le premier seul réussit une immense condensation d'éléments, jusqu’à faire apparaître dans les données qu'il étreint une véritable qualité, objet de sensation, qui manifeste un besoin et une orientation de la science et qui | pousse irrésistiblement à des actions mentales créatrices de vé- rité. Voilà l’homme qui « domine » et par conséquent pos-. nn sède ou invente. À l'inverse, chez les autres, ou bien l’idée (si de d'aventure elle a surgi) ne lève pas parce qu'elle ressemble à une graine qui se dessèche et avorte faute d’un terrain conve- nable, ou bien aucun germe n'arrive même à se former parce # que l'esprit demeure comme étouffé sous l'excès de documents laissés en masse amorphe. Il ne suffit pas de voir tomber une pomme pour découvrir la gravitation universelle : il fautque … cette chute mette la mémoire en branle.

Voilà, sommairement décrits, les deux groupes de démarches : dont je parlais. Bien entendu, ils nouent entre eux d’étroits liens. Peut-être est-il à propos de reprendre là-dessus l'exemple de la découverte en physique. Ce sont les faits qui suggèrent les principes ; mais ce sont les principes qui déterminent les faits. Cercle sans rien de vicieux. Qu'il s'agisse d'invention ou de perception, la part du simple constat brut est petite : quelques traits, quelques lueurs ; mille expériences le prouvent ici, dont les enseignements demeurent applicables là. Dans les deux cas, le construit submerge bientôt le donné, celui-ci n'étant pour celui-là qu'une occasion indicatrice. . D'où cette conclusion capitale : un fait ne vaut scientifiquement que par le principe qui le traverse ; le « discernement » du fait, dirai-je, se confond avec la « mémoire » du principe.

Non pas, certes, que l'élément reçu soit négligable. Mais, d’abord, une hypothèse est requisé pour le faire surgir ; | puis, et surtout, nulle connaissance véritable ne s’en dégage s'il n'est mis en rapport avec une idée, comme l'idée réciproquement reste vaine si elle n'aboutit à des œuvres qui la pe cisent et l’ éprouvent,

Nous voici donc arrivés en définitive au moment de suivre, détail par détail, le travail complexe de l'inventeur pendant . la phase d'exécution. Je reprends, pour finir, une comparai- ; son des périodes par lesquelles il a dû passer. Ainsi se précisera tout à fait le langage qui s’impose à nous dorénavant,

L’inventeur devait acquérir d’abord une certaine puissance de perception immédiate ; et c'est à quoi tendait l’ascèse préparatoire dont l'analyse fut l’objet du premier chapitre. Il s'agit maintenant pour lui, cette puissance neuve de regard étant supposée acquise, de l’exercer effectivement. Nous sommes ainsi désormais devant le problème que pose le passage à la mise en œuvre, à la réalisation, depuis l’esquisse d'ouverture jusqu’au discours final. De là, — changement de langage que à j'ai déjà signalé, mais sur lequel je dois insister un peu, — une manière nouvelle d'entendre les mots tension et détente.

La tension étudiée au chapitre précédent était celle de l’esprit qui travaille à monter d’un état perceptif devenu habituel (et donc facilement routinier) à un état supérieur plus libre, par une sorte de rafraichissement ou rajeunissement des puissances de percevoir : la détente correspondante consistait en laisser-aller au jeu automatique d’un àrt de discours depuis longtemps familier, machinal. Ainsi une tension accompagnait le retour à l'immédiat ; et une détente, l’accès au discours. À présent, il va être question du passage à l'acte à

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