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génie, tient-il en part majeure à quelque richesse anormale de perception qui les fait échapper au rétrécissement utilitaire
du commun.
2° Mémoire et synthèse. — Bien connu est le rôle du souve-
nir dans la perception la plus banale : un rôle d'interprète ; et
il reste analogue dans celle de l'inventeur. On ne perçoit ja-
mais, du moins nettement, les faits d'une science qu'on ignore, manque de leur trouver une signification qui les organise avec
d’autres faits du même genre. Encore moins réussirait-on à
percevoir des faits nouveaux qu'une théorie ou une technique préalable n’appellerait pas. Aussi une culture de la mémoire est-elle nécessaire pour se préparer à l'invention, surtout la ‘ culture d’un certain type de mémoire variable avec la discipline en cause : pas de spécialisation (au bon sens du mot), donc pas de compétence ni de fécondité sans cela. Et l'apport propre de la mémoire en pareille affaire est celui d’une forme systématique, d'un cadre intelligible. À cet égard, j'y reviens, profonde s’accuse la différence entre simple érudition et vraie science. L'érudit, collectionneur de détails quelconques rapportés chacun à soi-même, ne possède guère que la « mémoire
pure » de M. Bergson, celle qui enregistre sans choix, qui
rêve sans agir. Mais le savant a la « mémoire motrice », la mémoire qui ne retient ou plutôt ne rappelle que la partie actuellement jouable du connu et qui insère efficacement le sou-
venir dans la sensation présente, la mémoire qui contracte le
passé jusqu'à en extraire l'utile sous forme de tendance pro- Jongée aussitôt en esquisses de mouvements. Qu'on me permette ici de reprendre une observation déjà faite naguère, La différence du maître au disciple n’est pas dans l’aptitude à saisir tel pas dialectique élémentaire, tel rapport, tel concept :
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