‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 10 sur 311 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

M. Dorison avait ouvert une voie qui restait à parcourir. Montrer en quoi ce moraliste épique fut obsédé par la vie contemporaine, restituer à chacun des moments de sa pensée sa place dans le courant spirituel de son temps ; expliquer l’homme autant par les événements qui le pressent que par les livres qu’il a lus, retrouver dans cet esprit individuel les différentes familles d’esprits du siècle, montrer comment et pourquoi elles se sont substituées l’une à l’autre dans la génération de sa vie intérieure, voilà ce qui n’avait été tenté que de façon très sporadique, et la tâche qu’on s’est proposée

Nous avons pu lire, grâce à une intervention d’une extrême bienveillance, les Mémoires inédits. On en trouvera ci-dessous plusieurs discrets fragments. Sans doute, Vigny craignait les publications posthumes (1). Mais le même Vigny a, dans ses Notes intimes, émis le regret que certaines correspondances, dignes d’être publiées, ne l’aient jamais été : « par là, dit-il, nous sommes privés des trésors d'émotion, des secrètes ardeurs, des familiarités de la vie intime, si remplies de délices et de tendresses… » (2). Ne croirait-on pas qu’il parle pour lui-même ? Au reste, si, de toute évidence, les joies et les peines de l’homme privé n’appartiennent qu’à lui, et si notre devoir absolu est de jeter sur elles le silence qu’il avait désiré, le penseur ne s’appartient plus : il appartient à ceux qu’il a contribué à’ instruire ; il ne doit pas se refuser à éclairer, pour autant qu’il est en lui, telle leçon qu’il a laissée obscure, telle page que des scrupules politiques ou sociaux ne lui ont pas permis d’achever.

Quand les dieux veulent bien s’abattre sur les mondes, Ils n’y doivent laisser que des traces profondes,

et ce n’est pas la faute des fidèles, si leur piété cherche à approfondir ces traces.

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