La remarque a été faite par M. Citoleux
7. Le mot de Robespierre, préparant son grand discours : « La mort est le commencement de l’immortalité »est cité par Nodier (0. eit., 293) ; le réquisitoire contre les études classiques, si souvent repris par Vigny après 1830, est déjà dans Nodier (Souvenirs, 1, 146).
De même que Vigny avait dit: «Dans la cohue républicaine, sittout homme jouait
‘au Pouvoir, tout homme du moins jetait sa tête au jeu » (St, 207), Nodier écrira :
« La frénésie «était presque partout, mais la mauvaise foi n’était presque nulle part » (Charloïte Corday, oct. 1833, Souvenirs, 1, 93) ; de même que Vigny répète trois fois que les terroristes sont des médiocres, Nodier ne voit « dans Robespierre qu’un médiocre porté par les événements » (Les députés en mission, Souvenirs, I, 307). Le passage de Robespierre à Napoléon, indiqué par Nodier (« Leur mom.
Qtog V0). EN RE
Nodier (1). Deux réserves. pourtant : Nodier a l’ plus libre et plus flottant que le penseur gentilhomme : il se vante lui-même de son « scepticisme », de son «écléctisme accommodant (2) » : il en résulte une bienveillance pour la Terreur que Vigny trouve excessive : « Je ne suis pas content, dit-il, des Souvenirs de Nodier (3) ». Nodier a été un imformateur généralement Sympathique, mais nullement un maître de Vigny. Que les défenseurs de lan II soient des historiens: comme Mignet ou d’aimables conteurs comme Nodier (4), Vigny ne voit en eux que € d’homnêtes enfants (5) qui n’ont que du blanciet du noir devant les yeux ».
Acceptera-t-il la thèse d’une: quatrième école, qui, constituée par des hommes « plus forts », «font à ces gens l'honneur de leur supposer une doctrine religieuse » ? Cette définition ne parait guère convenir qu’à Buchez, lié avec Vigny au moins jusqu’à la fin «de 1830, et qui avait dû confier au poète ses vues sur la Révolution, avant qu’il les ‘exprimât dans sa vaste compilation d’ÆHrstoire Parlementaire de la Révolution française. Selon. Vigny, :ces théoriciens classent les hommes de la Terreur en trois secte
8, Matérialistes, panthéistes ef chrétiens. C’est un classement de même 1 :
esprit à la fois
exprime à deux époques très rapprochées le pouvoir absolu » Vigny de Stello à Servitude (La Canne de Jonc).
1. Saint-Just est peint avec une certaine estime dans Stello, «les yeux et les pensées au ciel comme Le grand inquisiteur de la Liberté > (54, 259) ; et, plus encore, dans un Poème à faire, comme « l’ardent républicain aux ch au «nom terrible » (J., 241). Nodier a encouragé cette sympathie en appelant Saint-Just «grand citoyen » (0. c., 334) et en le peignant comme le protecteur de l’enfance et le défenseur du droït (v. Euloge Schneider).
2. Souvenirs de la Réo. et de l’Empire, avertissement de la 3e édition.
&. L'Histoire de la Révolution Française de Thiers a paru de 1824 à 1827, et sa Sévérité pour les « triumvirs » a peut-être contribué à la sympathie peu explicable que Vigny a toujours montrée à cet avocat de la bourgeoisie. Thiers mentionne — fait assez rare alors — parmi les victimes de Robespierre, «le jeune André Chénier qui laissa d’admirables ébauches » (0. c.,1&°46d, 1846, 18 vol, in-120, t. V, 344) ; il juge Robespierre «un des êtres les plus odieux qui aient dominé les hommes » (1bid., p. 368) ; mais il insiste sur sa lAcheté plus encore que sur sa cruauté. «Si Robespierre eût osé, en homme d'action, se lever et marchersur la Convention, eile eût été en péril. Mais il n’était ‘qu'un rhéteur » (Zbid., 361). E explique son échec par le fait que « Notre révolution était trop vaste pour. le même homme » (ibid., 363-364). Robespierre aurait nourritun impuissant désir de jouerles Napoléons. Il admet pourtantique « comme tous les usurpateurs, äl aurait été forcé de faire succéder aux horreurs des factions un régime calnre et doux » (1014.36).
5. Ce mot conviendrait à Nodier .que Barthélémy définissait : « Enfant aux cheveux gris... » (Le Poète et l'Emeute, Nérnésis, 149).
) sera effectué par
eveux blonds »,
ordre que fera bientôt Buchez, avec le désir continu de donner une interprétation morale ou métaphysique des actes de la Convention. Pour Buchez et Roux, un enseignement émane de la première révolution, et le seul moyen d’en recueillir le fruit est de dégager les «problèmes de pure métaphysique » (1) que cache le tissu des événements : jusqu'ici Vigny et Buchez sont d’accord (2). Mais, pour Buchez, « la somme de bien (dans la Révolution) dépasse de beaucoup la somme de mal. Le bien fut le fait de l'immense majorité et le bénéfice en revient à nous tous et fut acquis à toujours. Le mal fut le fait de quelques-uns et ne produisit que des souffrances passagères et individuelles (3) ». Vigny avait des raisons personnelles de ne pas négliger ces souffrances. Buchez constate la contradiction intime de la Révolution proclamant, d’une part, les «principes de liberté et de fraternité enseignés dans l'Evangile » et livrée, d’autre part, aux « prédictions infâmes », à «l’athéisme triomphant (4) ». Le matérialisme ou l’athéisme (le mal), c’est Hébert et Chaumette ; le spiritualisme (le bien), ce fut Robespierre et Saint-Just. Aux yeux du vulgaire, reconnait Buchez, «ce serait chose monstrueuse de voir présenter partout comme des moralistes ce Robespierre et ce Saint-Just. C’est qu’il ne saurait pas que ces hommes furent, autant qu’ils le purent, les ennemis du philosophisme athéiste qui dépouilla les Eglises (5) ». Buchez estime que le christianisme fut comme la limite vers laquelle tendit Robespierre sans pouvoir l’atteindre, car lui et ses amis étaient « de simples déistes, ou plutôt de nouveaux ariens (6) ». En résumé, la Révolution a été le conflit de deux doctrines « qui sont encore en présence aujourd’hui... le matérialisme.….. et le spiritualisme (7) ». Vigny ne se donne pas la peine de discuter une théorie si apparentée pourtant à la pensée de Lamennais ou de Ballanche (8) ; il sou-