Bucuez et Roux, Histoire parlementaire... IX, préface v
2. Pour Vigny aussi, la métaphysique de la Révolution a plus d’intérêt que la narration des faits (Recueil de Luppé, 16).
3. Bucuez et Roux, t. XXXIII (préface) p. v. Cette préface, publiée en 1837, renferme à la suite des lignes citées, une satire apparente de Stello. « L’art littéraire s'empare d’ailleurs de ces drames particuliers, il y trouve une source féconde d'émotions. et nous donne contre certaines époques et certains hommes ces haines irréfléchies et romanesques qui sont encore aujourd’hui le propre de tant de gens à l’égard de la Révolution » (v-vi). 4. Ibid. 5. Ibid., XXXI (préface) p. vi.
6. Ibid, XXXIIL, p. 1x-x. Vigny avait-il remarqué ce terme d’arien appliqué à Robespierre à l’époque même (1837) où il peignait l’évêque arien Aétius ?
7 bd. AUX NEETS;
8. Buchez exprime explicitement son adhésion à la thèse mennaisienne (Ibid., IX, préface, xiu-X) ; il remercie Ballanche de sa sympathie, « démarche. dont toute la philosophie doit le remercier » (Bucuez, o. L., X, préface, x1).
pire : «O paradoxes ! Que j'aime à vous voir sauter dans le cerveau ! (1) ».
Ainsi, il parait repousser également les justifications comme les condamnations de la Terreur. Quelle est donc sa doctrine ?
« Prenez au hasard, au fond d’un collège, quelque grand jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, tout plein de ses Spartiates et de ses Romains, délayés dans de vieilles phrases. faites-lui cadeau d’une petite guillotine. Après avoir un peu réfléchi il prendra d’une main son papier d’écolier et de l’autre son joujou, et, voyant qu’en effet l’on a peur, il tirera et poussera jusqu’à ce qu’on l’écrase lui et sa mécanique (2). Et à peine s’il sera un méchant homme. I1 sera même, à la rigueur, un homme vertueux » (3).
Le crime est donc moins dans les individus que dans les « nécessités dégoûtantes de leur position (4) ». Il est dans l’existence même du Pouvoir qui comporte des lois et des législateurs. Mais l’homme lui-même est-il condamnable ? L’infamnie de Robespierre vient de ce que le hasard le suscita maître de la France au moment où le Pouvoir maniait la guillotine ; la gloire de Napoléon vient de ce qu’il a conduit la Grande-Armée ; l’un s’est chargé de l’opprobre de tous les bas agents de la Convention, « dont [sone nom |[portera] toujours la honte (5) » ; l’autre, de la gloire anonyme de cent mille Capitaines Renaud. Il n’est pas plus rationnel de pleurer sur Chénier que de s’irriter contre Robespierre. « C’est une doctrine qui m’est particulière, Monsieur, qu'il n’y a ni héros ni monstre. Les enfants seuls doivent se servir de ces mots-là (6) » Que deviennent, dès lors, les valeurs morales traditionnelles ? «Tous les crimes et les vices viennent de faiblesse. Ils ne méritent donc que la pitié! (7)». Le crime n’apparaît plus que comme l'acte
HMS EE 422; 2. De Norvins dira de même : « Ils [Les Triumvirs] sont condamnés à lutter
sur la pente de cet abîme qui doit les engloutir. Mourir est devenu pour eux une destinée inévitable comme dans les grandes convulsions de la nature. Un froid délire les rend également indifférents à la mort qu’ils donnent et à celle qu’ils reçoivent ».
5. 45t,,118. Sur ce point, ilse rencontre avec Maistre : « Ceux qui ont établi la
Répubiique l’ont fait sans le vouloir et sans savoir ce qu’ils faisaient ; ils y ont été conduits par les événements ». (Considérations, 5-6). 6. St., 118. 7. J., p. 32, 1832 (faussement attribué à 1824),
irresponsable d’une organisation trop débile. On comprend le mot d’un critique : « Ni Lamartine, ni d’autres, ne jetèrent au brasier broussaille plus sèche (1) ».
Toute la précédente analyse postulait le déterminisme. Et voici que, par une contradiction inattendue, le Docteur-Nair va s’indigner et s’attendmir, comme sil croyait à la liberté. IL interprète ici non plus la pensée: aristocratique de Vigny, mais: sa pensée humanitaire, réfléchie, systématisée. jusqu’à devenir agressive. C'est: ce: que, dès 1826, Jeanne de Belfel balbutiaït dansleségarements du délire. lei, Vigny rejoint, Ballanche (2). « La vie, le feu sacré, le feu trois fois saint (3) », demeure, dans la ruine universelle des idées sociales, le seul culte debout, le seul élément possible des reconstructions futures. Puisque les erimes proviennent de la seule
faiblesse, la peine de mort est une usurpation. « Droit terrible de -
4. Dorison, Un symbole social, 51-52. Plusieurs contemporains avaient senti cesens révolutionnaire du livre. Pontmartin note Paffinité de Vigny avec certains postkantiens allemands : «Ce mélange daudace métaphysique et de douceur séraphique qui démolirait un monde, sans paraître se douter de la portée de:ses coups »(PONTMARTIN, 0. cit., 384). L’historien.conservateur Nettement distingue dans Stello une double révoite : « révolte de la raison humaine contre les énigmes philosophiques dont elle est entourée, révolte de la raison: individuelle contre les énigmes du monde social» (Hist. de le lit. fr. sous la Rest., 97. Molé protestera avec éclat contre la phrase : « Il n’y a ni héros, ni monstre ». L'auteur de a mauvaise, notice dela Biographie Didot verra dans Stello un « démenti hardiment sceptique donné aux tendances légitimistes des Poèmes et de Cing-Mars »)..
2. La critique de la peine de mort, dans Cing-Mars, n'élimine nullement Pin fluence de Ballanche puisque c’est dans l'Homme sans nom (1820) et même dans l’Essar sur les Institutions (1818) que Ballanche avait exposé sa théorie, Ballanche: condamne la peine de: mort en. partie parce que l’exemple du supplice fait des cendre dans les plus basses classes un instinct de la cruauté qui ne saurait être assez contenu, en partie parce que la guillotine est un « atroce mécanisme qui versa comme un automate le sang de tant de martyrs » : ‘deux arguments aristo cratiques (BALLANGHE, Œuvres, IL, 353). IL renouvelle cette critique. de P'Essai dans l'Homme sans: nom, en admettant quelques. dérogations pour læ « dure loi de nécessité». « L'instinct de la Société, affirme-t-il, est, à présent, contrela peine: de mort »(10:, 1, 423). Dans la Vision d'Hébal, c'est au nom du sang qui a: arrosé: le Golgotha (Vision d’Hébal, 102) qu’il réclame la fin des supplices ; enfin dans:la Ville des Expiations, « l’abolition de la peine de mort est la pensée générale, actuelle; ow plutôt c'est l& pensée:extérieure qui sert denveloppe à la pensée intime, à la pensée palingénésique: et profondément religieuse: de l'entière: évolution: dw christianisme » (france litt., 1832, I, 236 et suiv.).