‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 122 sur 311 · MUR ENS OLEHTION IMPARFAITE · texte numérisé non relu

MUR ENS OLEHTION IMPARFAITE

Chateaubriand avait déjà, en exaltant Moïse, exprimé la grandeur de l’homme en qui palpite un Dieu emprisonné : « Quels préceptes pour le sage | Et quel tableau pour le “poète ! (1) ». Me de Staël avait, en étudiant la « poésie allemande », analysé ainsi le caractère prophétique de la Cassandre de Schiller : « On voit dans cette ode le mal que fait éprouver à un être mortel la prescience d’un Dieu. La douleur de la prophétesse n'est-elle pas ressentie par tous ceux dont l'esprit esi supérieur et le caractère passionné ?.. Le véritable oénie, celui du sentiment, est victime de lui-même, quand il ne le serait pas des autres (2) ». Byron a illustré par toute son œuvre la solitude et la noble tristesse des destinées supérieures : il montrait une bonté dédaigneuse pour ses insulteurs : « Celui qui surpasse l'humanité doit voir d’en haut la haine de ceux qui sont au-dessous (3) ». Enfin, et surtout, son ami Shelley avait pris la défense de la poésie en termes que retint l’auteur de Stéllo (4).

Shelley a de la poésie une conception intuitive et presque bergsonienne avant la lettre : « La poésie, dit-il, lève le voile qui cache la beauté du monde et fait que les objets familiers cessent d’être familiers (5)». À la poésie, il assigne un rôle social : « Le plus infaillible héraut, compagnon et séide du réveil d’un grand peuple, ja-

1. Génie du Christianisme, 4re Partie, liv. II, chap. 1v. 2. De l'Allemagne, II, chap. xnt.

3. Childe-H arold, I, 45, cité par M. Estève. 4. Cf. Dorison, Un symbole social, 35-37.

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