‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 14 sur 311 · Dupuy, {a Jeunesse des Romantiques · texte numérisé non relu

Dupuy, {a Jeunesse des Romantiques

2. «J'ai contribué, dit-il, à tout ce qui pouvait être avantageux à la République, mes infirmités me mettant dans la cruelle nécessité de ne jouer qu’un rôle passif (sic) ». (SÉcHé, 4. de V., I, 43-46). Le conventionnel Brival les fit relâcher (Dupuy, À. de V., 23).

3. Sur cet aïeul, dont M. E. Dupuy a rectifié le portrait, Vigny se trompa toujours (J. 210). Les Baraudin avaient donné au roi plusieurs officiers de marine. « Ta famille maternelle, mon ami, disait à son neveu Sophie de Baraudin en 1823, est une famille de Tritons, dont les hommes ont plus vécu sur l’eau que sur la terre » (Inédit). Us aimaient le Maine-Giraud pour sa proximité de la mer.

4. I wobtint sa liberté qu'après avoir supplié le conventionnel Boucher- Saint-Sauveur (SÉcHÉ, À. de V., I, 52).

5. Louis de Baraudin, du régiment d’Hector (v. ci-dessous chap. 11).

6. Antoine-Marie- Victor de Vigny fut tué en 1793, Alexandre en 1796 (Dupuy, A'Yde 20) à

7. Ainsi on croyait que Didier de Baraudin était mort en apprenant le supplice de son fils (J., 221) ; il succomba deux ans plus tard (Dupuy, La jeunesse des Rom., 169).

8. Cf. ce qu'il a dit de sa tante (v. ci-dessous, chap. n),.ou du supplice du duc d’'Enghien.

9. Est-il possible de dire, avec son petit-fils, qu’il était « immensément riche de terres en Beauce » ? (Corr., 1, 57).

LE CŒUR SAUVAGE a

jouissait de quelques biens-fonds (1), que la Révolution lui enleva.

En août 1794, gardé à vue dans sa maison avec sa femme, il se plaint de ne pouvoir toucher les revenus de ses rentes sur l’État qui, dit-il, constituent tout son avoir (2). Il avait encore, du chef de sa femme, le bien héréditaire du Maine-Giraud, évalué, en 1830, à une trentaine de mille francs (3). Le revenu total des Vigny était donc de quelques milliers de francs à peine ; le loyer de 700 frs. (4) consenti pour la santé de leur fils constituait une lourde dépense. Mais cet homme déchu, infirme et fier, ne voulut accepter aucune des besognes qui, sous Bonaparte, rendaient leur éclat à tant de nobles anciens (5) : il resta oublié et pauvre.

Le contraste entre la noblesse du nom et l'humilité présente, les vertus familiales et les malheurs injustes frappèrent l'enfant songeur d’une tristesse ineffaçable (6) ; il se demanda quelle force mystérieuse avait bien pu faire souffrir les innocents comme les coupables.

Comme pour accroître la permanence de l’obsession révolutionnaire, il reçut une éducation étrangement solitaire. L’Elysée- Bourbon était peuplé de nobles ruinés, mais ils formaient un cercle clos, en opposition doucement obstinée avec la vie extérieure. La duchesse de Richelieu y occupait un appartement de 1.200 francs. Le poëte a retenu l’image agrandie et solennisée de cette vie noble et stérile, tout entière tissée de grands souvenirs. Au centre du salon était son père, en costume Louis XVI, bas de soie, souliers à boucles d’or, cravate blanche, jabot et manchettes (7) ; en face de lui, sa

1. Il était fixé à Etampes au moment de son mariage, et sans doute, sur une terre de famille (Duruy, La Jeunesse, 157).

2. Selon le poète, la Gravelle en Beauce, aliénée en assignats, qui tombèrent à zéro, fut plus tard rachetée un million par le banquier Laffitte (J. 217).

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