Seroitude, 132. 10, Seroitude, 139. 11. Servitude
LE LIVRE ANTIMAISTRIEN 149
respect est d’une débilité symbolique (1) : le christianisme achève de mourir. Sa dernière force guerrière est tombée solenellement à Malte sous les coups de Napoléon (2). Il ne maintient son empire que sur les esprits frustes et naïvement esclaves, comme celui de l'adjudant. Le déporté du Marat rougit de se signer (3) ; le capitaine Renaud meurt sans confession. Pourtant, Vigny doit à sa formation biblique de pénétrer sans cesse son expérience militaire de souvenirs d’allégories ou religieux : les régiments sont des « couvents » ; une sorte de religiosité féminine adoucit singulièrement le front du soldat : devant «tant de beaux jeunes hommes, dira-t-il quelque part, marchant en silence, les yeux baissés, souriant à l’idée du combat qu’ils vont livrer sans haine et sans injure, on croirait voir défiler une « légion d’anges (4) ». L'idée de l’ange ou du martyr flotte confusément en lui. Une ébauche, très vague, qui eût fait de Servitude « un livre comme l’Imitation (5) » conserve « quelque influence maistrienne (6) », au moins en apparence. Mais Vigny, pas plus que Timoléon, ne croit à la Providence, et le Pape pleure sur le «christianisme mourant qui abandonnaït la terre à l’égoisme et au hasard (7) ».
Quatre ans auparavant, le Docteur-Noir contemplait déjà « l'édifice démantelé de l’Église romaine (8) » : loin d’attester une renaissance de pensée religieuse, Servitude prépare Daphné.