‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 144 sur 311 · Servitude, 189. 8. Stello · texte numérisé non relu

Servitude, 189. 8. Stello

9. Tel, l’Antinapoléon, recueil de faits ou d’anecdotes relatifs à Napoléon Bona-

parte. par un Corse (Paris, Tiger, 1815) : «[En 1813], ilse rendit à Fontainebleau et, feignant les sentiments les plus pieux... il conjura son prisonnier de se rendre à ses ardentes prières. Pie VII, qui connaissait notre jongleur, ne lui répondit que par ce mot : Comædia. Se voyant démasqué, [Napoléon] entra dans une fureur épouvantable, et poussa même l’insolence et l’oubli jusqu’à maltraiter le Pape;

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et c’est en royaliste que Vigny se plait à faire de Napoléon un «type. populaire et grotesque qui le livre aux jouets d’enfants et le laissera peut-être un jour fabuleux et impossible comme l’informe Polichinelle (1) ». En bafouant lidole bourgeoise, il continue sa sourde opposition au régime de juillet. Mais, désormais, ce n’est plus au nom du roi qu’il critique l'Empereur ; c’est au nom des droits de l’Individu dégradé par le Séidisme, au nom de lHumanité qu’extermine le conquérant : ce sont là principes révolutionnaires, et non pas traditionnels. Ainsi, après avoir fait à Napoléon une opposition de droite, Vigny s’apprête à lui faire une opposition de gauche. Même attitude envers la monarchie de juillet. Vigny la combat, d’abord, comme trop libérale, puis comme trop conservatrice. De 1830 à 1837, sa pensée a pu paraître immobile paree qu’il a gardé les mêmes adversaires; en réalité, peu s’en faut qu'il se soit déplacé d’un point extrême à l’autre de l’horizon politique. Il se rappelait son enthousiasme d’adolescent, excusé seulement par un entraînement universel ; si l'Empire n’était pas tombé à temps, il aurait dû dire, comme son capitaine Renaud : « Je sentis qu’il était mon maître (2) ». Le voici page impérial : « Son approche m'enivrait, sa présence me magnétisait (3}» Or Napoléon n’est pas qu'un homme de guerre ; sa grandeur s’abolit « dans ses froides ruses, ses pièges misérables, et ses noirceurs de roué » (4). Car le Pouvoir avilit l’homme qui l’exerce et ceux qui l’approchent (5). Mais d’où vient le Séidisme ? D’un « grand besoin d’action et d’une grande paresse de réflexion (6) ». Stello s’apprêtait lui-même à se faire le «séide » d’un homme politique, quand le Docteur-Noir l’a écarté du danger. Renaud va se cacher « dans les rangs inconnus de l'infanterie de ligne (7) ». Sa dégradation inconsciente le sauve seule du désespoir. Si ses « joies sauvages » sont flétries à jamais par une brusque révélation du crime de la guerre, que reste-t-il à ce soldat qui ne supporte sa servitude qu’en s’aveuglant sur son

mais le Saint-Père, avec le même calme, ne lui répondit que par le mot: Ta gædia, » Le même pamphlet définit ainsi l Empereur : « Prenez du sang de Robespierre, De la cervelle de Néron, Ajoutez du cœur de Tibère, Vous aurez un Napoléon » (Antinapoléon, 76). Sur l'influence possible de Chateaubriand (De Bonaparte et des Bourbons), voy. BALDENSPERGER, Eclaircissements, 280-281.

1. Servitude, 178. Ce n’est pas sans raison que Loménie a pu rapprocher, du Richelieu de Cing-Mars, le Napoléon de Servitude— (et illes critique tous deux), «espèce de croquemitaine tantôt féroce, tantôt goguenard, et passant subitement de la plus grossière fureur au plus extrême abattement, » (Galerie des contemp.., À, de V., 25).

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