‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 145 sur 311 · Servitude, 162. 3. Serpitude, 170. &. Servitude · texte numérisé non relu

Servitude, 162. 3. Serpitude, 170. &. Servitude

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LE LIVRE ANTIMAISTRIEN 151

abjection ? Seul, un tout jeune homme, comme l'était Vigny en 1815, 'peut ignorer où 1l va et qui il est : « J'étais certain que, mon escadron étant là, là aussi était mon devoir (1) ». Seul, un croyant peut se reposer sur le Dieu des armées du soin de dicter des ordres justes à un général responsable (2).

Au début du Septième Entretien, Maistre, mettant en parallèle le soldat et le bourreau, s'étonne de la gloire de l’un et de l’ignominie de l’autre (3). Vigny a combattu, ailleurs, l’idée que le vrai Dieu bénisse l’effusion du sang (4) Ici, il conteste, d’abord, que le soldat soit tel que la dépeint Maistre. Sans doute, il concède que « le métier de la guerre (comme l’avait dit Maistre) ne tend nullement à dégrader celui qui l’exerce » ; que, « dans le commerce ordinaïre de la vie, les militaires sont souvent même plus obligeants que les autres hommes (5) » ; mais il lui semble très douteux que le monde modèrne entoure d’un honneur particulier « l’homme soldé (6) ». Le «gladiateur (7) » du pouvoir, selon un mot qu’il reprendra sans cesse, c’est le vieux commandant de Laurette, dont les camarades raillent l’abnégation méconnue (8) ; l’Adjudant, qui meurt dans l'indifférence de ses hommes ou de ses chefs (9), c’est surtout Renaud, la grande victime militaire, tué par «une grenouille. du ruisseau de Paris (10) ». «O Pouvoir ! dira plus tard Vigny... que sommes-nous, tous tant que nous sommes, sinon tes esclaves, tes gladiateurs ? Assis à ta porte, ou plutôt nousmêmes portes et barrières de ta forteresse, nous nous faisons briser par le peuple quand il se révolte. Lorsqu'il est vainqueur, on nous chasse du pied, on maudit nos nobles morts, frappés à la poitrine ou couchés sur le dos ; on les appelle assassins des faibles, assassins de notre frère, assassins de notre maître, le grand Peuple, le grand Souverain qui nous a enfantés et nous reprendra dans son sein. Les enfants nous prennent nos armes, et nous nous enfuyons en pleurant et brisant nos épées (11) ».

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