Jbid., 11,354 4. Vision d’Hébal
5. Ville des Expiations, dans la France Littéraire, t. XII, p. 278. É
6. Il trouvait au surplus chez Ballanche un encouragement à résoudre le problème pratique des droits de l’oficier et du soldat. « Admettons par principe, lit-on dans les Prolégomènes à la Palingénésie, que, hors le temps de guerre, à moins d’être sur les lieux mêmes où la guerre se fait, le soldat n’est justiciable que des tribunaux communs à tous. Les soldats ne doivent jamais cesser d’être citoyens et d’en avoir toutes les prérogatives » (BALLANCHE, Œuvres, II, 291)
LE LIVRE ANTIMAISTRIEN 155
éducation barbare et brutale. (1) ». Il rabaisse la vertu essentelle de la guerre : le mérite de tuer l’ennemi. « Regardez, dit Renaud à son colonel, quelle différence y a-t-il entre moi et un assassin ? — Eh, sacredié, mon cher, que voulez-vous, c’est le métier, — C’est juste, répondis-je (2) ».
L’agonie du capitaine Renaud est une pathétique figuration du remords. « De combien d’assassinats se compose une grande bataille ?... C’est la guerre qui a tort et non pas nous (3) ». Dans les traits de son meurtrier, penché sur lui plein de repentir, il croit distinguer les traits de l’enfant russe (4). Et Jui, qui a donné toute sa vie à l’armée, lègue son bien à l’enfant qui l’a tué, « sous condition qu’il ne serait jamais militaire (5) ». Vigny n’a pas écrit une ligne qui témoigne d’un plus grand effort d’affranchissement de son origine.
En son nom propre, plus de vingt ans avant Hugo, il annonce un avenir de paix. « Bonaparte, dit-il, avait « arrêté le siècle dans sa marche (6) », car les grandeurs des conquérants sont, peut-être, éteintes pour toujours. Leur éclat passé s’affaiblit, à mesure que s’accroit, dans les esprits, le dédain de la guerre, et, dans les cœurs, le dégoût de ses cruautés froides (7) ». Dans un avenir très lointain, . l’homme de guerre cessera entièrement d’exister (8). Six ans avant Lamartine, il proclame que « le monde, en s’éclairant, s'élève à l’unité » ; car, au delà de la France est l’Europe, et, au delà, « la patrie de l’humanité, le globe, qui devient plus petit chaque jour, resserré dans la main de la civilisation (9) ».
À ces soldats désormais inutiles, la civilisation ouvrira «de grands travaux à l’intérieur du pays » — idée saint-simonienne (10) — où pourront s’employer ces éléments admirables qui s’endorment dans la stupide inactivité des casernes (11). L’individu affranchi dans la réconciliation des peuples, tel est l’idéal de cet optimisme robuste, qui rejette avec un dédain croissant l’emprise maistrienne : en 1832, l’« esprit falsificateur » était un « sphinx redoutable. cuirassé de dogmes de fer » ; en 1835, il n’est plus qu’un « sophiste » à demi-oublié (12).