‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 151 sur 311 · III. — ÉBAUCHES D'UNE MORALE POSITIVE · texte numérisé non relu

III. — ÉBAUCHES D'UNE MORALE POSITIVE

Le simple citoyen peut rejeter partiellement — pourvu qu'il ait quelques rentes et peu d’ambition — l'emprise du Mensonge Social : l’Officier ne peut le faire. Le problème que l’Ordonnance du Docteur-Noir avait prétendu résoudre pour le Poète se pose donc avec sa gravité première devant l'officier. Mais, de même que le Docteur Noir excitait chez Stello la force qui permet de braver la Destinée, de même, dans Servitude, Vigny exalte l’énergie individuelle. Ses camarades «ont vécu et sont morts en hommes aussi forts que la nature en produisit jamais (1) ». S'il compare notre temps aux temps du Bas-Empire, c’est, à cette date, pour repousser une aussi injurieuse assimilation (2).

Vigny assiste, avec une sorte de pitié terrifiée, à la réaction catholique, qui commence depuis le ministère de Casimir Périer (3). Dès 1834, il avait dit de l’homme moderne : « Le christianisme est mort dans son cœur (4) ». Quel est donc le lien qui, dominant l’mdividu, sans descendre du ciel, lui apportera le réconfort d’une sorte de religion, forte comme une croyance positive ?

«Il y a dans les armées, dit-il, une passion particulière et qui leur donne la vie, c’est l’amour du danger (5) ».

L'amour du danger s'accompagne d’«une sorte de combat contre la Destinée » et, à cetitre, n’est que l’exaltation de l’Individu. Il enseigne à la conscience à mépriser la vie du corps, et, par là, mène à l’Abnégation. L’Abnégation permet à l’homme de sortir de lui-même ; elle sacrifie le bonheur individuel à l’empire.d’on ne sait quoi d’indéfinissable, qui peut être aussi bien la Pitié (6) que le désir de la gloire ou l'attachement du Séide à son maitre ; mais, si ces motifs de se sacrifier s’éteignent, « l’abnégation du guerrier est une croix plus lourde que celle du martyr ; il faut l’avoir portée longtemps pour en sentir la grandeur et le poids (7) »,

On voit poindre, en ces dernières lignes, le sens religieux de l’Abnégation. Qu'elle cesse d’être intelligible ; qu’elle s’impose à l'individu, par la vertu du milieu, sans autre fin qu’elle-même,

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