‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 16 sur 311 · Cf. BALDENSPERGER, À. de V · texte numérisé non relu

Cf. BALDENSPERGER, À. de V

DRDUPUvVAA den 17:

mère, ouvrant, rêveuse et grave, ses grands yeux de velours noir. Un demi-siècle plus tard, au hasard d’une promenade, il trouvera chez un libraire une gravure (1) représentant un salon du dernier siècle et un vieux gentilhomme au masque voltairien, assis au coin du feu ; il y reconnaîtra une image tellement fidèle de son père et de son premier foyer qu’il achètera cette gravure pour la coller sur une page des Mémoires. Le chevalier recevait quelques personnes, « vieux amis, débris plus ou moins mutilés de la société d'autrefois et de la Cour de Louis XV (2)... Je touchais la main qui avait touché celle de Louis XV... Quelquefois, cela me donnait une sorte d’effroi religieux (3)... J’écoutais et je voyais tout avec grande attention et plaisir... les murs bien épais et noirs au. dehors, boisés et dorés en dedans (4) ».

Son père et sa mère étaient à peu près sa seule compagnie (5). «Jamais, a-t-il dit, la tendresse sévère et jalouse de mes parents ne me laissa dans ces premiers temps ni avec des compagnons de mon âge ni avec des domestiques » (6). Il a pourtant connu le petit Emile Deschamps, en jouant avec lui sous les ombrages de l'Elysée-Bourbon ; mais, famille bourgeoise, ralliée à l'Empire, les Deschamps ne plaisaient qu'à demi au chevalier (7). Sans confident, il s’exaltait silencieusement à admirer le monde mort que la famille déployait sous ses yeux ; « de là, dira-t-il plus tard, me vint une sorte de don-quichottisme qui m’éleva jusqu’à un degré incompréhensible de dévouement et de folie (8) ». Et il entrait, « seul, en silence et tout entier dans les secrètes demeures et les longues avenues de [ses] rêveries sans fin » (9).

Appartient à M. Marc Sangnier.

Dans Dupuy, À. de V., I, 25.

Dans Duruy, À. de V., I, 26.

5. « Moi seule, je t’ instrnieis jusqu’à l’âge de 8 ans », dira Mme de Vigny en 4815. (Mme de Vin y, Conseils à mon fils, dans le Sion, 1905, p. 24).

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