‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 192 sur 311 · NT CE PP CS PE · texte numérisé non relu

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richesse (1), il se reprend bientôt, songeant à lui, sans doute (2).Et il cite à l’appui l’exemple de Jean-J acques, pour qui, en dépit dela Sauvage, il garde une prédilection (3). Comme type de cette aristo- ‘cratie nouvelle il se cite volontiers lui-même, oublieux déjà de sa noblesse de naissance (4). Il est flatté d’avoir été choisi comme Correspondant par le prince héritier de Bavière, sans qu’aucun

titre ou emploi officiel Le mît en lumière (9) ; il est plus ‘heureux

encore de pouvoir jouer auprès du prince ce rôle double, de maître par la pensée et de vassal par le rang, unissant ainsiles deux éléments de sa nature : le gentilhomme qui veut servir et Je poète qui veut guider. Son désir est évident de transformer cette simple consultation Httéraire en une sorte d'enseignement moral et politique (6). Rien, ou presque rien, dans cette correspondance qui sente le courtisan (7) ; au contraire, une assurance élégante, et qui, sous le voile d’une déférence courtoise, laisse percer quelquefois la désinvolture (8). « J'ai réussi à prouver, écrira-t-l l’année suivante, qu’on peut être uniquement poète ou homme de lettres et marcher de pair avec-ce qu’il ya de plus haut dans la société (9) ».

Ce ‘culte de Pesprit n’est pas insoucieux des besoïns matériels ; loin de là. On peut aisément mesurer l’évolution des idées de Vigny, de 1832 à 1842, par la diversité des solutions qu’il propose au problème de Stello : le supplice du poète. En 1832, Stello n’incitait guère Gilbert ou Chatterton qu’à une vengeance à main armée (10). Dès 1834, l’auteur de Chatterton se défend de tomber dans « l’idéologie » : il réclame, pour le poète, « du pain » :« j’espère être assez positif (11) ». Peut-on espérer, pourtant, que la littérature devienne jamais une carrière ? Non, répond Vigny en 1838 (12); mais, dès

3. I reproche à Voltaire sa frivolité mondaine (Inédit ; cf. la Maison du Berger, 2° partie) ; à Frédéric IT, qu’il lit à la même époque, ses vgrossièretés philo- Sophiques » sur les prêtres « gobe-Dieu » et « l’infâme » (Tnédrt).

4. T., 144 (8 nov. 1839). L’ambassadeur de Bavière, Jenison, menacé de rappel, avait prié Vigny d’intercéder auprès de son souverain.

6. 1 commence par juger le Romantisme, mais les noms de Chateaubriand et de La Mennais, de Saint-Simon et de Fourier élargissent le cadre deson tableau ; il plaide pour M. de Jenison, son ami, et demande au prince un secret qu’il promet de-garder en retour. Ses espérances et ses ambitions paraissaient plus vives encore en 1837 quand commencèrent ces relations : Vigny se défie de tout ce qui pourait être « un traité, un marché » (J., 111),

‘7. T’éloge de Joseph de Maïstre (Corr., 1, 117) ést surprenant sous sa plume, à pareïlle-date.

‘8. T y appelle l’intélligence « cette reine du monde actuel » (Corr., I, 141).

9. J.,149 (1840). 10, 41.,412. 11. Dernière nuit de travail, 12, J., 129,

l’année suivante, il croit possible de faire assurer par l'État à l’écrivain les moyens d’une existence « régulière et invariable (1) » ; et, en 1841, plein de l’idée d’embrigader le poète, comme tout travailleur, dans les cadres d’une société hiérarchisée et possédante, il demande au marquis de Lagrange « s’il pourra exister pour les lettres quelque chose qui ressemble à une carrière (2) » : car tel est son esprit. Encore un an, et il se présentera (1842) à l’Académie.

Le 45 janvier 1841, ému par la misère de la fille de Sédaine, il saisissait la Chambre des Députés d’une réclamation contre la limitation à dix ans de la propriété littéraire au profit des héritiers de l’auteur ; il réclamait la perpétuité (3), assimilant la propriété des œuvres à celle de la terre, sacrée entre toutes (4). Il y glissait son propre éloge comme dramaturge (5), reprenait la thèse de Chatterton, et souhaitait qu’une bourse de quinze cents francs fût attribuée pendant trois ans à tout poète pauvre dont l’œuvre révèlerait un « mérite supérieur (6) ». Il rapprochaïit, assez curieuse ment, l’homme de lettres, non plus des ouvriers, comme dans Chatterton, mais des bourgeois auxquels il s’adressait. Etait-ce par politique ? Ou l'esprit qui dicta la Sauvage adoucissait-il pour un instant ses préventions contre la classe qui détient la puissance économique ? « Eh quoi, disait-il, le bourgeois a bien cessé d’être vassal : l'écrivain a dû cesser d’être bateleur (7) ».

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